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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 08:18

Les départs et les retours de week-end nous ont habitués à cette expression pourtant rarement expliquée : le chassé-croisé. Ca donne évidemment envie de chercher et j’ai été surpris d’apprendre que le mot  date de… 1835. J’ai été moins étonné que la formation en ait été la suivante : ce sont bien les deux verbes, « chasser » et « croiser » qui ont été ici, à l’origine de ce nom.

Oui, mais en 1835,  les week-ends étaient rares, d’autant plus que le mot lui-même n’est apparu qu’en 1905. D’ailleurs on disait plutôt « la fin de semaine », ou la « semaine anglaise ». Raymond Queneau écrivait « ouiquenne », au nom de la défense du langage populaire parlé !

 En fait il faut aller chercher le sens premier du mot. « Chasser » désigne une danse, ou plus précisément le « temps où une jambe exécute un pas glissé tandis que l’autre se rapproche ».

Pour le chassé-croisé, Robert donne cette définition : « Pas figuré où le cavalier et sa danseuse passent alternativement l’un devant l’autre. ». Par extension, c’est donc l’échange réciproque et simultané de place. Ouf ! Je suis déçu. J’avais rêvé à une véritable chasse, parmi tant d’autres, mais la plus pacifique, celle par laquelle on désignait la poursuite amoureuse par exemple.

 Eh bien non ! pas question d’amour dans cette expression ! Alors où ils vont, tous ces gens ? Ils se remplacent les uns les autres, et en plus il ne font que se croiser ! Aucune rencontre, aucun contact direct.

  Les uns quittent leur domicile pour des séjours vers des lieux prévus par l’industrie touristique, tandis que les autres en reviennent, et le même phénomène se reproduit régulièrement, pratiquement toutes les semaines,  avec une densité variable. Je suis toujours étonné de la pauvreté de cette existence.

 Peut-être est-il utile de rappeler le sens du mot « touriste », qui nous vient de l’anglais « tourist », de « tour » qui signifie « voyage ». A ce propos, le voyage est bien français. Sous la forme « veiage », (1080) il peut se traduire exactement par « chemin à parcourir ». Il suppose un déplacement vers un lieu éloigné, pour « voir du pays » et apprendre à connaître le monde. On peut rappeler le fameux voyage de Montaigne, au milieu du 16ème siècle. Il se rend à Plombières dans les Vosges, continue par la Suisse, l’Italie, Venise et Rome. Le prétexte en était de « prendre les eaux » c'est-à-dire de soigner une maladie des reins. Le voyage était une aventure et l’on se déplaçait avec une escorte, c'est-à-dire une troupe armée chargée de veiller à la sécurité du voyageur. Ce privilège était réservé aux plus riches car les pauvres n’allaient pas plus loin que leur village.

Aujourd’hui aussi on prétend veiller sans cesse à notre sécurité, mais de façon bien différente. Les moyens mis en place  (radars, caméras) constituent une sorte de racket permanent qui vise à vous faire payer le plus cher possible. Simple question : le « voyage » est-il encore formateur ? La réponse doit être mitigée. Il s’agit bien plus de faire fonctionner un secteur de l’activité économique, et ces longs défilés de véhicules automobiles suivent des itinéraires prévus, et souvent payants pour aboutir vers des lieux souvent identiques. Si bien que ces migrations saisonnières et très provisoires ont pris l’aspect d’une fuite devant des conditions de vie de plus en plus concentrationnaires. On donne généralement, à la radio la longueur des « bouchons » et des « ralentissements », un peu comme s’il y avait un record à battre. La vraie question est alors : ces voyages-là correspondent-ils à une nécessité réelle ? Certains  proposent une réduction drastique (l’anglais « drastic » : radical, rigoureux) des déplacements inutiles, sur route mais également en avion, sous peine de voir très vite notre cadre de vie définitivement détruit et notre planète invivable.

Je ne suis pas bien gai, heureusement, il y a la canicule, ou, au moins, la chaleur. Elle était autrefois une qualité dans les relations humaines, et il n’était pas insultant, dans les milieux populaires de dire d’une femme qu’elle était « chaleureuse » ou carrément « chaude ». On précisait même, plus vulgairement l’organe de production de ce mode de chauffage gratuit. On disait qu’elle « avait le feu au cul ». Je conseille aux mâles d’éviter cependant les femmes portées à de trop hautes températures. Ils risqueraient de se retrouver avec une merguez entre les cuisses. C’est du moins une histoire qu’on m’a racontée mais j’ai, comme vous, de la peine à la croire.

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