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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 09:39

tour-de-france-20121.jpgLe « Tour de France ça ressemble pus à rin ». C’est ce que dit le père Gaston (et il est pas le seul, dans les villages de campagne, il y en a plein des pères Gaston).

Et il ajoute : « Le Tour de France, on le courait entre deux guerres seulement, mais on se débrouillait pour qu’il fasse le Tour de la France.

Car la France existait, d’ailleurs on avait installé des monuments « Morts pour la France ». C’est bien la preuve !

Le père Gaston ajoutait : « D’ailleurs on s’est fait étriper pour la France ! »

Roland Barthes avait écrit un texte dans « Mythologies », intitulé : « Le Tour de France comme épopée ».

Et le public était content, et il disait son contentement en écrivant à l’Equipe, où Antoine Blondin et d’autres, comme René Fallet, écrivaient, en français. L’Equipe était le plus grand quotidien littéraire de l’été !

Maintenant, on cauchemarde sur le parcours du Tour de France. Vous avez jeté un œil ? Il y a belle lurette qu’il ne fait plus guère le tour de l’Hexagone. Regardez en 2013 : trois étapes en Corse. Puis Nice, Marseille et un petit morceau de Pyrénées. Ensuite, c’est la voie des voyages, j’espère qu’ils pédalent au décollage, minimum respect, comme disait le regretté Philippe Murray.

Tout ça les conduit à Saint Gildas des Bois (si, vérifiez sur la carte, ça existe !). Ensuite, ils prennent le train, le TGV, les coureurs, pour aller à Fougères, puis, ils redescendent à Tours et à Saint Amand Montrond. (Trente kilomètres d’aéroplane…) ils s’aperçoivent qu’ils ont oublié quelque chose : les Alpes, le Mont Ventoux, Annecy et l’Alpe d’Huez !... ils n’ont plus la géographie dans ce qui leur reste de cervelle, bouffée par les amphétamines et l’E.P.O. les drogues multiples et l’absence d’enseignement… Ils ont perdu le Nord et le Sud, oublié leur GPS.

D’Annecy, ils reprendront l’avion pour Versailles, devant un public d’abrutis, qui vont croire qu’ils sont passés par la Lorraine, les Vosges, les plaines du Nord avec les croix blanches des cimetières militaires, que c’est si beau, les victimes des guerres pourvu qu’on se donne la peine de bien les aligner au garde à vous !

Car les Nouveaux Cons français ignorent de plus en plus la géographie, mais leurs anciens à eux connaissaient les villes des frontières, les préfectures des départements, et on ne pouvait pas les enculer aussi facilement ! Alors ils le racontaient aux suivants !

Ils l’avaient payée de leur peau la « ligne bleue des Vosges »… et la bataille de la Marne et les taxis qui vont avec… certains, parmi les plus vieux se souvenaient, par ouï-dire, d’Azincourt, de Bouvines, de Marignan, de Verdun… L’Obsolescence, c’est de la Novlangue, ça veut dire l’ignorance du passé, n’était pas encore à la mode !

Ainsi le « Tour de France comme épopée », un chapitre de « Mythologies », de Roland Barthes, paru en 1957, rappelait les vieilles légendes de l’Odyssée, les vieux combats héroïques des Temps Anciens, et on voit bien la rupture avec cette civilisation, en complète décrépitude. Cela avait de la gueule, pourtant et ça faisait des repères pour les habitants des técis et tous ceux qui « hallucinaient grave », ceux qui racontaient que des « histoires de ouf », comme on dit à la Caisse d’Epargne. On élisait Coletto, le coureur le plus élégant, le simple fantassin Géminiani, qui s’inclinait toujours devant son maître, l’éternel second, un Belge, le mondain Lauredi, qui refusait la main tendue par Louison, d’un geste noble.

Le Tour de France, à ses débuts, et cela avait été ravivé par la Seconde Guerre Mondiale, avait intégré un patriotisme bouillant d’héroïsme, et surtout, bouillant de vitalité.

Le peuple y avait sa place ! On retraçait exactement les frontières et un détail au moins révélait une géographie historique : pas d’Allemands dans le Tour de France, avant que le deuil soit terminé, dans les années 60, l’intrusion de Rudi Altig, en douce.

Et une ironie assez cinglante devant les Italiens, qualifiés de « « macaronis ». Les champions italiens n’étaient pas rejetés, au contraire, mais le fascisme italien n’avait pas connu la brutalité policière du militarisme allemand. On rappelait qu’ils avaient eux-mêmes procédé au nettoyage, en pendant Mussolini par les pieds, puis conscients de leur erreur, l’avaient retourné dans l’autre sens.

C’était de bonnes pâtes, les Ritals.

On leur rappelait volontiers la défaite de « Caporetto » mais Bartali et Fausto Coppi avaient racheté ça, le premier en gagnant deux Tours de France, un avant la Seconde guerre mondiale et l’autre après. D’autant qu’il y avait eu une vague d’immigration italienne et on s’était habitué à ce qu’ils fussent des champions. On les admirait avec méfiance.

Mais finalement ce sont les Belges qu’on admettait le mieux et les Suisses, qui étaient restés carrément neutres. Koblet, le pédaleur de charme, et Kubler étaient francisés.

Les Espagnols de Franco durent attendre la victoire de Bahamontès en 1959.

Pourtant c’est le tracé qui se révélait le plus patriotique : des incursions en Italie, en Suisse, en Belgique étaient courantes. Elles retraçaient la « victoire » de 1945… On y allait cependant très doucement, chaque année un peu plus loin dans ces pays alliés, mais jamais on ne franchissait le Rhin allemand ! Il était à nous le prétendu « Rhin allemand » !

Aujourd’hui, nous assistons, à travers le Tour de France 2013, au démantèlement de la France elle-même et ça en devient ridicule. La « Grande Boucle » n’est plus bouclée !

La France n’est plus qu’une carcasse !

Elle a perdu de son aura à cause de la drogue médicale, mais surtout à cause de la mondialisation du coup de pédale.

Et je regrette d’autant plus la mort de Roland Barthes, qui allait si loin dans l’histoire qu’il retrouvait des « épithètes de nature » et des métaphores antiques, qui constituaient le fondement de notre histoire : Koblet, le « pédaleur de Charme », déjà cité, Charly Gaul, « l’Archange de la Montagne », Bahamontès « l’Aigle de Tolède… » et je ne parle pas des Bretons si courageux, Robic le Malchanceux… Ils retournaient aux Celtes, avec Bobet le Francien.

La carte du Tour de France aujourd’hui, en 2013, nous dit la déchéance de la culture occidentale. La France a été dynamitée. Sans compter qu’on avait des écrivains, des stylistes, Antoine Blondin ou René Fallet, purs produits de ce qu’on croyait être une race… une race accueillante aux polonais, comme Stablinski ou Walkoviak… Pas de vrai racisme en effet.

Mais pas d’Américains avant Greg Lemond et son sourire bon enfant, et surtout aucun yankee, avant le dévastateur Amstrong…

Du coup le Tour passera à La Champenoise (36) à Nouans les Fontaines (41) à Orgeville en Beauce (45). Il survolera, en attendant le napalm et autres petites gâteries, qui donnent du piment à la guerre d’aujourd’hui…

On espère des drones à Villefavant…(36100). On va rigoler haut et fort.

Ah mais, c’est pas parce qu’il n’y a plus d’usines en France que les autres doivent se payer notre gueule...

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