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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:25

L’Arrache-Cœur comme roman champêtre de l’Apocalypse Agricole

 Les toutes nouvelles méthodes pédagogiques (6)

 La  pédagogie, dans l’Arrache Cœur, présente des méthodes originales, adaptées aux classes sociales, mais toutes répressives, quelles que soient  les intentions manifestées. Ainsi le désarroi auquel doit faire face l’éducation actuelle hésite entre le principe de précaution, et la répression la plus féroce. Mais dans les deux cas, nous sommes en face d’une société sans imagination, sans âme, (le mot « âme » est comme interdit, de la même façon que la « honte » dans le livre de Vian) qui n’a qu’une solution : la prison et la violence extrême.

 Les principes de précaution

Clémentine élève ses trumeaux, avec trois fois plus de précautions que s’il y en avait un seul.

Ce qui est d’une logique imparable. Le premier contact avec l’alimentation est douloureux, mais Clémentine aime la douleur (« cela soulageait un peu » dit-elle, après la première tétée). Comme elle aime le silence ou les bruits incongrus (« il fit un vilain remue ménage avec sa bouche »). D’ailleurs elle agit en tortionnaire et en chef d’état dictateur :

« Clémentine avait droit de vie et de mort sur les trois choses ». Sous entendus « les trois enfants ».

Elle a cependant un objectif pédagogique : « Dans six mois il faut qu’ils sachent marcher. Dans un an, ils liront ». Elle en veut spécialement au petit dernier, qui est sorti sans billet de retard : « Celui-là, il faudra le mater au départ. J’aurai du mal avec lui. »

 A chacun sa tâche !

Jacquemort a trouvé au moins une explication, un sens à son existence : « le rôle d’un psychiatre, c’est clair, c’est de psychiatrer »

Ainsi le langage se réduit à un rapport entre question et réponse, ce qui simplifie grandement la conversation. A la question : « Où est Blanche ?», la réponse sort automatiquement : « Elle est dans la lavanderie, en train de lavander. »

  Les Apprentis, fonctionnent comme de pures mécaniques. Le maréchal continue de ferrander, le menuisier continue de menuiser, et réfléchit de façon tout aussi mécanique, à propos de la fabrication des lits :

 

« - C’est moins coûteux à la main. Tandis que des machines ça revient cher, tandis que des ordures comme celui-ci, on en a treize à la douzaine… »

 

Et c’est ce que ne disent pas les Maîtres du monde en 2013, mais ils le font dire par le biais des « idiots de service » de façon détournée, dans tous les médias ou presque. L’aspect prophétique de Boris apparaît très clairement, à condition de lire avec soin, toute l’œuvre, et peut-être spécialement l’Arrache Cœur.

  Et voilà qui rappelle « L’Ecume des jours », il y est question d’un « boucher » et « d’une vitrine de propagande pour l’Assistance Publique ».

On est tenté de faire la comparaison avec les « hommes machines » du peintre Fernand Léger, dont les articulations sont identiques à des roulements de mécaniques.

Le menuisier peut alors conclure : « -A la ville on ne croit plus en Dieu ! » ce qui fait écho à ce Dieu de Céline, qui, mis en exergue à « l’Ecole des Cadavres », nous donne cette précision :

 « Dieu est en réparation ».

Un apprenti tombe-t-il de fatigue ? Une vieille boîte de conserve pleine d’eau sera l’unique remède. Jacquemort au retour du village, aperçoit une petite fille qui sort en chantant : « Elle portait un broc émaillé aussi grand qu’elle. Au retour elle ne chanterait plus ».

 Dans cet univers complètement imaginaire, mais profondément vrai, le menuisier ne tient aucun compte des ordres et laisse libre cours à sa fantaisie. A la question de Clémentine, voici la réponse de Jacquemort :

« -Je crois qu’il les (les lits) a faits à son idée…Deux places face à la route et l’autre en travers ».

Le paradis, ce serait donc l’autoroute ? Avec un barrage de police ?

Un mauvais traitement réservé à Culblanc et à Clémentine elle-même

Les employés et pas seulement les apprentis sont de véritables esclaves. Ainsi quand les Salopiots recrachent leur purée au lait, Culblanc a l’audace de leur faire une remarque. Elle s’entend répondre, après avoir dit :

 « -Qui va nettoyer vos cochonneries ? » par une réponse qui ne s’embarrasse pas de politesses inutiles : (extrait)

« -Et qui va nettoyer vos cochonneries ?...

-C’est toi, dit Citroën…

Clémentine entra, elle avait écouté la fin.

« -Naturellement c’est vous, dit-elle, s’adressant à Culblanc. Vous êtes là pour ça…Ils ont bien le droit de s’amuser, ces pauvres chéris. Vous trouvez qu’il fait si beau ?

-Ca n’a pas le sens commun, dit Culblanc.

-Ca suffit, vous pouvez retourner à votre repassage. Je m’occuperai d’eux. »

On voit que le travail est permanent. Après un ultime :

« -Bavez mes minets, si ça vous amuse, bavez… »

Mais les enfants, qualifiés, on le sait, de Salopiots, ils sont faits pour emmerder tout le monde y compris leur mère, qu’ils vont obliger à « jouer au petit train » où elle sera confinée au rôle de sifflet. Citroën sera le conducteur.

Quand Clémentine menace de pleurer, elle se voit répliquer vertement :

« -Tu ne sais pas pleurer. Toi, tu fais hû hû hû…nous on fait ah ! »

Mais décidément Clémentine ne sait pas jouer à faire l’enfant. Aussi quand on passe au jeu du bateau, Clémentine, qui commande pourtant à toute la maisonnée, obéit à ses enfants, qui portent pourtant des prénoms adorables…

Le monde entier est dangereux ! Il faut en faire une vaste prison!

 Car lorsque Clémentine se met à penser à cet univers de tous les dangers, elle va instituer un vrai régime sécuritaire, concentrationnaire.

Tout est dangereux. Seul, le rien, semble-t-il, ne présente pas de dangers. Nous sommes bien en 2013. On rêve de construire une très vaste prison avec impossibilité de sortir même hors du système solaire.

On ne prononce pas le mot « délinquant » mais on le remplace par d’hypothétiques victimes, dues à des constructions mentales ahurissantes. La vie elle-même est un crime, ou au moins une catastrophe. C’est particulièrement évident au chapitre VI, daté du 107 avroût, qui commence par la phrase « Comme je suis inquiète… »

 La différence avec tous les « principes de précaution » de 2013 réside dans le fait que Clémentine est réellement en proie à une inquiétude, alors que nos « maîtres du monde » sont parfaitement conscients de leurs actes.

 Le plus comiquement tragique de ces systèmes est banalisé par la formule désormais claire comme l’eau d’une fable de la Fontaine :

 « -Voulez-vous boire un verre ? appelle la réponse immédiate :

-Oui, mais avec modération !

 Et les voisins reprennent en chœur, comme pour une pièce jouée sur une scène de théâtre : « Avec modération ! »

 Ils souhaitent faire de l’univers entier un camp disciplinaire. Et c’est largement commencé, avec les réseaux routiers, les panneaux indiquant les itinéraires à suivre, toutes les restrictions, assorties de nouvelles effrayantes, comme cette dangereuse maladie dont une seule chauve souris de la planète est atteinte.

Créer la Terreur et la présenter comme  naturelle et dangereuse, car on veut montrer que la nature est dangereuse, et Monsanto parfaitement inoffensif. Voici des exemples de Boris Vian, qui montrent l’outrance du langage, lequel conduit l’imagination, par quelques exemples poussés jusqu’à l’absurde.

 Le délire de Clémentine (première période)

 Le délire de Clémentine est ainsi voisin du délire célinien…Je prendrai un seul exemple, et vous verrez.

 Vian commence avec une anecdote vraisemblable : la peur du puits.

 Tous les puits étaient généralement recouverts. Clémentine évidemment redoute les puits, mais elle enchaîne sans aucune cohérence. Les salopiots peuvent avoir mangé des fruits empoisonnés, et ça devient carrément hystérique, car les enfants peuvent aussi avoir reçu une flèche dans l’œil, si un autre enfant joue sur le chemin avec une arbalète, attraper la tuberculose, si un bacille de Kock se met en travers. Mais on part dans un autre sens, ces braves petits peuvent avoir perdu connaissance en respirant des fleurs trop parfumées, ou encore et là on passe à nouveau à un autre domaine, ils peuvent se faire piquer par un scorpion ! ramené par le grand père du pays des scorpions, et on revient à des activités moins folles : ils peuvent courir trop vite et se casser une jambe…

  Et après l’emploi du conditionnel, qui n’exprime qu’une éventualité, voilà que les malheurs possibles sont devenus réels avec l’utilisation du mode indicatif : « ils vont aller au fond du jardin » et suit un enchaînement de circonstances ahurissantes. Sous une pierre, il y a une larve jaune, qui s’envole vers le village, ensuite on passe au taureau furieux, et les grandes causes produisant de petits effets, apparemment petits, voilà le taureau furieux, échappé des mythologies de l’antiquité, tout ça pour aboutir à un fragment de métal minuscule mais animé, et ça se termine provisoirement par l’arrachage d’une aile de fourmi volante, qui s’abat dans le jardin, provoquant une catastrophe, et en tout cas, le retour à la conscience de Clémentine :

« -Eh oui, ce n’est pas arrivé cette fois, mais c’était plausible. »

On peut s’attendre à une fin du monde, parce que la vie n’est qu’un immense parcours piégé et il faut prendre des mesures préventives.

En 2013, puisque tout le travail va bientôt être réalisé par des machines informatisées, il va bien falloir conserver (voire former) des services de surveillance, au nom du fameux principe de précaution, qui va produire des lois et des décrets d’application mettant en garde contre les productions matérielles.

Boris Vian, ingénieur et poète, voit arriver cet univers de surproduction matérielle et policière. La guerre va donc se généraliser, par la victoire du Néant sur l’Etre, pour parler le partrien.

 (La prochaine fois, nous étudierons les conséquences extrêmes de cette civilisation.)

 

 

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:21

Nous avons parfois l'impression que les grandes puissances sont trop fortes et que les résistances ne pourront l'emporter. Un sentiment qui nous est aussi insufflé par les médias. En réalité, dans une économie capitaliste en crise profonde, les contradictions s'intensifient entre ces grandes puissances qui prétendent décider à notre place. L'article d'aujourd'hui éclaire une de ces contradictions : entre alliés, la confiance fout le camp !

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:13

 

Chacun s'interroge sur les événements d'Egypte. Badia Benjelloun analyse ici l'échec (annoncé) des Frères musulmans, les motivations de l'armée (mais est-elle unie?), le conflit croissant entre Qatar et Arabie saoudite ainsi que l'influence des Etats-Unis qui semble décliner. Une chose me frappe : Syrie, Libye, Irak et maintenant aussi l'Egypte tous plongés dans le chaos. Qui donc y gagne sinon Israël et les Etats-Unis ? Est-ce un hasard si Obama a envoyé comme ambassadeur en Egypte Robert Ford qui a auparavant travaillé à Bagdad, organisant la plongée de ce pays dans le chaos et la division ?

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Voir aussi le débat sur l'Egypte dans notre livre Israel, parlons-en ! deuxième édition

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:12

On imagine aisément qu’un commentateur sportif du service public ne se permettrait sans doute pas, à l’issue d’une de ces courtes interviews réalisées quelques minutes après la fin d’une épreuve, de lancer le plus sérieusement du monde un « Allah Akbar » en guise d’au revoir à un athlète étranger et musulman, sans que cela choque nombre de téléspectateurs.
L’impayable et très catholique Nelson Monfort s’est, lui, autorisé à adresser à un concurrent américain du triple saut, à deux reprises, un surprenant « God bless you » (« Dieu vous bénisse »). Un proche avenir nous dira si cela a choqué dans les foyers de la République laïque.
Côté athlètes, les compétitions sont désormais devenues pour eux autant de festivals de bondieuseries et de singeries liturgiques de toute sorte. Et que j’t’embrasse la sainte médaille accrochée au cou, et que j’me lance dans une série de signes de croix, et que j’m’agenouille fesses en l’air vers La Mecque, et que j’t’embrasse la pelouse ou la piste, et que j’te dirige le doigt et le regard vers le ciel, etc.
Si l’on s’en tient aux statistiques, 120 000 enfants sont morts de faim durant la semaine qu’ont duré les championnats du monde d’athlétisme. Comment un croyant peut-il en arriver à penser que son dieu tout-puissant laisse se commettre une telle horreur, parmi d’autres, dans le même temps où Il veillerait à lui faire remporter l’épreuve dans laquelle il est engagé ? Indécent, non ?

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:09

De mieux en mieux, des "anarchistes", "communistes libertaires" et "anarcho-syndicalistes", dont quelques bretons, diffusent une pétition pour dénoncer... l'islamophobie. Extraits : "Les conséquences de l’islamophobie sont grandes pour celles et ceux qui la subissent : des lois liberticides votées ces dernières années jusqu’aux discriminations insidieuses, parfois flagrantes (par exemple : les quatre animateurs de Gennevilliers suspendus car […]

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:05

La fraude fiscale atteindrait entre 60 et 80 milliards d'euros en France, selon un rapport de Solidaires-Finances publiques publié ce mardi. Soit près de 20% des recettes fiscales brutes. « La fraude a toujours un temps d'avance », a expliqué à l'AFP Vincent Drezet, le secrétaire général de Solidarité-Finances publiques (ex-Snui), qui a revu à la hausse les montants qui échappent annuellement au fisc français depuis son dernier rapport sur la question publié en 2008.

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La fortune d'Arnault multipliée par 7 en 10 ans
Selon le classement de Challenges, les 500 plus grandes fortunes françaises détiennent 280 milliards d'euros, soit 15% du PIB.
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 10:20

L’expression « traversée du désert » était utilisée il y a... quarante ans, pour les hommes politiques qui ne parvenaient pas à retrouver leur ancienne notoriété. Rarement ils traversaient le désert à dos de chameau, mais l’expression était belle et faisait rêver d’un De Gaulle à cheval sur un chameau ou un dromadaire !

Aujourd’hui, la formule a été banalisée pour plusieurs activités dont la principale est le « désert médical » et, secondairement, le « désert culturel. »

Commençons par la première et, peut-être la plus essentielle. Le désert médical existe bel et bien, avec ou sans chameau, et j’en ai fait l’expérience. Il est désormais quasi impossible de trouver un « médecin référent » (une innovation, qui permet au moins de remplir les urgences pour de très petits bobos, amplifiés par la médicalisation à outrance des médias : une griffure de mouche, une morsure de ver luisant, et voici des « maladies orphelines », une épidémie chez les chauves souris, qui ne frappe qu’une seule de ces chiroptères !). Quand un médecin généraliste part en retraite, il faut partir vite au cimetière, attention les places sont rares même à la campagne. L’aventure m’est arrivée, comme elle a dû arriver à beaucoup de patients potentiels dans la Région Centre, qui paraît pourtant facile d’accès. Où va-t-on disperser mes cendres, quand le jour sera venu ? Là est la question ! Il ne fallait pas naître, ce que Sophocle avait déjà conseillé en 500 avant Jésus Christ. Mais on n’écoute plus les vieux.

Erreur !... Le généraliste, que l’on appelait encore il y a peu « médecin de famille » est un oiseau rare, qui est indispensable à l’accès au médecin spécialiste, dans les dix mois qui viennent, durée nécessaire à l’obtention d’un Rendez-Vous : le désert médical est vaste ! En outre, je n’ai rien contre les médecins du quart monde, mais il est moins facile de comprendre un homme de l’art, qui ne connaît la langue française que de façon très approximative. Bien sûr, je suis antiraciste, comme tout le monde, mais l’obstacle de la langue est là.

Et quand on habite Châteauroux, c’est mon cas, il est plus facile d’obtenir un Rendez Vous dans la région Ile de France, et surtout plus rapidement. Ainsi la mortalité par cancer, sur laquelle nos élites comptent pour améliorer la démographie, est-elle plus importante dans le Berry. Car la Sécurité Sociale ne rembourse plus intégralement dès qu’on sort des limites de sa Région. Et beaucoup se résignent à se laisser soigner, je devrais dire mourir, sur place, pour des raisons affectives que je peux comprendre. Pourtant, sauf incident, la ville de Châteauroux est desservie par une ligne de chemin de fer importante (Paris-Toulouse) et l’autoroute A 10 puis A71 et pour finir l’autoroute gratuite, A20, à partir de Vierzon. C’est donc un désert bien équipé en voies de communication. Les Centres hospitaliers spécialisés dans les traitements des cancers n’existent pas en Région Centre. Il faut aller à la capitale, ou à Clermont-Ferrand, pour bénéficier des soins comparables à ceux de l’Institut Curie, Villejuif et Saint Cloud.

Je ne mets pas en cause la valeur des praticiens, qui va de « nul » à « très intéressé par l’argent » (certains dépassent allègrement les honoraires). Mais je constate qu’ils répugnent à s’installer ailleurs que dans la région Ile de France et sur les bords de la « Grande Bleue ». Pourtant il y a longtemps que les paysans berrichons ne sortent plus la fourche dès qu’ils aperçoivent un « étranger ». D’ailleurs ils n’ont plus de fourches mais des équipements sophistiqués qu’ils commencent à télécommander, sans avoir à se salir les mains. Pourtant, ils se les lavent, ces cochons, ce qui prouve qu’ils ne sont pas anti-arabes, et utilisent de nombreux « traitements » de Mr Monsanto (je parle des céréaliers, et non des petits éleveurs voués à la prolétarisation).

Les céréaliers commencent à travailler directement sur ordinateur. L’agriculteur effectue donc un télétravail ! Ce qui lui évite de constater les erreurs dans les prédictions météorologiques.  La Terre ? Il ne connaît plus. Les villages sont peuplés de chômeurs vagues, qui n’ont plus de bistrots, qui ne se connaissent pas et sont donc incités à devenir alcooliques sur place. C’est un nouveau métier pour les nouveaux ruraux.

Alors en fin de journée la population est un peu chargée !

Je sens que je me fais des amis dans le monde paysan mais je peux me permettre d’ajouter que j’ai participé aux moissons jusqu’à l’âge de 43 ans ! Car la pénibilité avait ses compensations… Ah ! c’était agréable d’admirer les faneuses par en dessous, comme dans « Entracte », le ballet de René Clair ! C’était agréable de boire un petit verre quand on avait manipulé des sacs de 100 kilos ! D’ailleurs, les travailleurs agricoles chantaient en travaillant !

Observons maintenant la transition avec le désert culturel !

Il peut être admiré lors des nombreuses émissions consacrées à la gastronomie, en compagnie de Julie Andrieu, je prends l’exemple au hasard. Le cas de Julie me paraît moins grave, à cause de son côté anthropologique, populaire souvent, que celui des Grands Chefs étoilés

Ces Chefs étoilés ne vivent pas à la belle étoile. Ils sont spécialisés dans l’appréciation des sens et des saveurs en particulier, alors que 2 à 3 milliards d’êtres humains continuent de crever de faim dans des favelas, qu’ils n’ont pas même le courage de balayer ! Et qui ne passent jamais l’aspirateur ! Ah ! les salauds de pauvres !

Et toutes ces adorables créatures qui écrivent ! Tout individu invité à la télévision à une heure de grande écoute arrive, la face modeste, un peu gêné, mais c’est bien différent vu de l’arrière : il dissimule un livre, de sa dernière cuvée (ou couvée, l’un ou l’autre se dit ou se disent ainsi que le rapporta Vaugelas sur son lit de mort !). Il l’a souvent fait rédiger par un « nègre », pas celui de votre enfance qui riait aux éclats sur les boîtes de Banania !... Souvent, le nègre n’est même pas noir !

Et il glisse des peaux de banane sous les pieds du génie qu’il est supposé porter au Pinacle. C’est ce qui est arrivé à BHL, auteur d’une « Vie sexuelle d’Emmanuel Kant » qui a développé sa conception du Botulisme, élaborée par Jean Baptiste Botul et qu’il a présentée Rue d’Ulm, mystifiant une Directrice de cette prestigieuse Ecole !!!

Mais il y a pire encore, dans la décadence culturelle du livre, avec les auteurs régionaux, locaux, cantonaux… qui sont les cantonniers sur la voie triomphale du succès départemental !

Rien à dire de méchant sur ceux qui, humblement, s’adonnent aux « travaux ennuyeux et faciles… ». Ils contribuent à faire connaître les anonymes qui l’ont mérité.

Mais dès lors qu’ils montent sur leurs grands chevaux, qu’ils ont des prétentions littéraires panthéoniques, au niveau national, ils font frémir les populations vraiment cultivées, et l’on est en droit de s’interroger sur la dégradation du langage.

Ce texte est rédigé sur un mode plaisant, je l’espère, mais il contient des vérités graves.

(parution dans "Révolution prolétarienne". Directeur Jean Moreau. Siège social: 26, rue des Rosiers 75004 Paris)

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 10:17
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 10:03

L’Arrache Cœur comme roman champêtre de l’Apocalypse Agricole

   Les médecins et la religion comme médecines définitives (5)

 

La médecine du Travail !

Cette expression n’enchante pas Boris Vian, pour des raisons d’abord personnelles. Ils n’ont pas réussi d’autre traitement que de lui prédire qu’il mourrait avant 40 ans. Boris leur a obéi, par crainte des représailles, le 22 juin 1959. Et le travail, au sens le plus courant est vu comme une exploitation ignoble. Seul, l'activité créatrice apparaît comme heureuse, puisqu'elle est animée d'une passion. Et ici, c'est la passion du mal.

Simple erreur d'interprétation!

Il poursuit les médecins de son ironie féroce depuis « l’Ecume des Jours » jusqu’à « l’Automne à Pékin », en passant par « l’Arrache Cœur ». Dans les deux premiers livres cités, le médecin est un expérimentateur, qui mêle la technologie à l'art: il met au point des modèles réduits d'avions. Dans l'Arrache Coeur, dont le nom est déjà tout un programme, sadique, brutal, sanguinaire, cette opération du coeur est au niveau de "l'arrachage", activité villageoise traditionnelle, qui concerne les végétaux et les animaux: l'oeil du lapin, les betteraves, les pommes de terre etc.

D'autre part, chacun connaît les honteuses tricheries sur les congés de maladies : les patients sont malhonnêtes ? On va les soigner!

Le professeur Mange Manche, un précurseur

On connaît la goinfrerie du Professeur MangeManche, dont le logo est inhabituel : il se représente en vorace prêt à manger n’importe quoi, voire un manche de pelle. Dans « L’Ecume » on assiste à une description du quartier de la Chirurgie, annoncé par des relents d’éther, et la menace, pour Colin et Chloé de visiter le « quartier de la grosse chirurgie » ! Dans "l’Automne à Pékin", le médecin tient un compte exact de ses clients. Quand il voit que le nombre de ses patients décédés excède le nombre des patients sauvés par ses soins, il meurt !

Il faut savoir que ses études sont un peu décalées : il utilise uniquement pour objet d'études, les modèles réduits d’avions.

Dans l’Arrache Cœur c’est encore plus simple. Le Travail est sa propre Médecine et il est efficace : tous les clients potentiels meurent jeunes, avant d'être malades. Boris a donc inventé le "Principe de précaution". Il faut dire qu’on ne connaît qu’un psychiatre, Jacquemort. Et les Apprentis sont traités suivant la méthode  des brutalités diverses et de la malnutrition, qui fait merveille chez les Pauvres.

Tandis que les Vieux sont l’objet de brimades : ils servent à amuser les enfants ! Les « vieux travailleurs » ne sont pas protégés mais exposés à toutes les violences. Ils sont l'objet d'une foire au bétail, on les détaille comme s'il s'agissait d'un Comice Agricole. Vian a pressenti le mépris du vieux et les mauvais traitements qui lui sont dispensés aujourd'hui sous une autre appellation, la "Maison de retraite" qui est elle-même l'objet d'une enseigne évoquant des jours heureux : "Paradis du troisième âge" ou "Rivages du bonheur éternel" ou encore "la Forêt enchantée"...

Le maréchal-ferrant comme médecin spécialiste.

Vian insiste à plusieurs reprises dans sa parodie du dialogue douloureux et on comprend qu’Alain Robbe-Grillet avait édité « L’Automne à Pékin ». Boris était en pleine Nouvelle Vague !

Les dialogues sont introduits par une caricature simple :

« Maréchala, le Ferrant » ou « Ferranda le Maréchal ».

Le fer renforce le patient, et l’enclume est évoquée indirectement comme un appareil médical ! On ferre donc les chevaux mais aussi les hommes, en particulier les enfants.

Il applique un « remède de cheval » à ses clients, jeunes ou vieux, et il est emblématique des professions de la vraie Bonne Santé Virile, quand il découvre l’insulte envers les Apprentis et qu’il les utilise comme des cibles ainsi que le font les militaires en temps de guerre…

 Nous sommes déjà dans cette « France Forte » dans laquelle le grand criminel-bienfaiteur de l’humanité va briller. (ici, on trouve encore la France Forte Siné mensuel Version originale…) ou « Faut que ça saigne » (Le tango des Joyeux Bouchers).

Or, la description doit être exclue du « nouveau roman », puisque cette attitude littéraire, cette "posture" consiste simplement à tout détruire, ouvrant la voie à la philosophie de la "déconstruction": le dialogue, la description, les gestes dans leur totalité, le récit dans sa décomposition...

Du symbolisme des couleurs…

On ne marche pas, on glisse, ce qui est une marche mal maîtrisée. Dans «L’Ecume des jours », la glissade est une approche du Grand Nettoyage », dans la piscine Molitor. On fait appel aux « Varlets Nettoyeurs ».

Dans l’Arrache Cœur, Vian toujours obsédé par « le mouvement qui déplace les lignes » (Baudelaire) et l’harmonie divine, a bousculé le paysage intérieur des étables : les vaches sont à l’étage, et ainsi peut-on récupérer plus aisément leurs fientes.

Du coup, les animaux, soumis aux lois physiques, aux lois morales sont accessibles à la punition : si les chèvres  ont été "sages", elles méritent de faire de l’autostop, symbole de liberté, comme les cochons (souvenir de « La Ferme des Animaux » de Georges Orwell ?) qui se sont bien tenus. Mais le Cheval est crucifié par ce qu’il a « fauté », plus gravement, c'est-à-dire qu’il a « monté » des vaches, sa punition est considérée comme juste !

 (« Fauter », traduit en catholique romain, désigne l’acte sexuel, or le cheval est désigné par le mot « étalon ». « Fauter est son métier » fait observer Jacquemort… en vain.)

Quant à la rivière rouge, elle n’est pas un modèle de la Mer Rouge.

Elle est une représentation du Mal et d’ailleurs elle est le lieu de la révolte pour celui qui n’a pas éprouvé de honte au cours de la vente des vieillards. La couleur rouge est une punition : les cardinaux sont vêtus de rouge, pour exorciser le Mal, mais aussi les révoltés du Front Populaire !

Le Diable est rouge et Dieu est lumière, tandis que le Noir est la couleur des Anarchistes.

Malraux a pu dire que Jésus était « le seul anarchiste qui avait réussi ».

N’oublions pas que Jésus a été crucifié pour avoir « chassé les marchands du temple ». L'argent est donc foncièrement mauvais!

La messe, comme combat de boxe entre le Bien et le Mal

Le bedeau et le prêtre se livrent, sur scène, à une représentation, une mascarade de lutte, prosaïque par son caractère essentiellement sportif.

Et le public, composé de paysans surtout, sacralise cette empoignade, si bien organisée. On demande au Curé de faire tomber la pluie pour sauver les sainfoins.

Grotesque, cette attitude ? En 1976, au cours de la sécheresse du début de l’été, l’Evêque de Limoges a pris le Saint Sacrement dans ses mains et a conduit le peuple des paysans en direction de Couzeix, ver le Nord de la ville. D’autres exemples, plus récents, en 2012, à St Junien.

Tous les paroissiens sont tombés en prières, et comme il finit toujours par pleuvoir un jour ou l’autre, les plus croyants d’entre eux ont admis que c’était un effet de la Providence divine.

Il n’empêche que la cérémonie de l’Arrache Cœur est grotesque.

La colère gronde.

Laissez-la gronder.

Heureusement il reste un moyen radical et réaliste, c’est la prière, qui dit assez clairement que son  emploi est efficace d’abord chez les riches.

C’est une observation encore courante en 2013 !

Dieu est à nos côtés…

A condition d’être riche, évidemment.

Cette remarque n’est pas seulement valable dans le 16ème Arrondissement de Paris, car les Pauvres affluent à tous les pèlerinages, ce qui provoque souvent des accidents regrettables, comme on l’a vu à St Jacques de Compostelle, car les Pauvres se bousculent dans les trains,  afin d’être les premiers servis.

Alors que Dieu a dit : les Premiers seront les derniers…

Dans « L’Ecume des jours », Vian avait déjà observé cette particularité de la religion. Le mariage entre Chloé et Colin se déroule dans la richesse. Mais quand Colin ne dispose plus que de 20 doublezons… Avec cette somme dérisoire, on a droit à une cérémonie volontairement bâclée. Je prends un seul exemple, les porteurs :

« -…on voyait, par les trous de leurs uniformes, les poils rouges de leurs vilaines jambes noueuses et ils saluèrent Colin en lui tapant sur le ventre, comme prévu au règlement des enterrements pauvres… »

Il existe un règlement spécial pour les Pauvres, qui doivent être doublement punis, et les détails de la punition font même l'objet d'un code qui leur est particulier.

Le cercueil est d’occasion (C’est pour cela, pensa Colin, que la boîte a tant de bosses ) parce qu’on a pris l’habitude de les jeter par les fenêtres. Et même, c'est prévu dans le code pénal spécial pauvres.

Dans « l’Arrache Cœur », c’est la prière qui est l’élément le plus révélateur :

 « -Le chant du canon

Le chant du départ

La chandelle nazale

Le chancre moule

Le chantre mouille

La chambre mousse. »

« Le curé, debout devant l’autel, battait la mesure. Une vingtaine d’enfants chantaient en chœur un cantique de première communion… »

Les paroles sont qualifiées d’astucieuses par Boris lui-même, et l'on entendra ces mots par "dérision suprême". Mais je sens que vous ne pouvez plus tenir, alors voilà, voilà le vrai « Cantique des Cantiques » :

L’aubépine, c’est une fleur

La graisse, c’est du gras

La merde, c’est du bonheur

Jésus c’est mieux que tout ça.

L’herbe c’est pour les bêtes

La viande, c’est pour papa

Les cheveux c’est pour la tête

Jésus, c’est mieux que tout ça.

Jésus, c’est du rabiuxe

Jésus, c’est en pluxe

Jésus, c’est du luxe…

Chacun appréciera la haute inspiration de cette poésie, à la gloire de Jésus. Je reviendrai sur le « Grand combat » entre le Bien et le mal. Ne vous en faites pas, nous n’avons pas épuisé le sujet. Boris Vian est inépuisable !

Il est le « surmâle » de la prière !

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 10:00

Le Tri­bunal de grande ins­tance de Per­pignan a pro­noncé la relaxe des trois inculpés : Jeanne, Yamina et Bernard, pour­suivis pour avoir appelé au boycott citoyen contre la poli­tique d’Israël. Il a, se faisant, refusé de suivre les réqui­si­tions du Pro­cureur qui réclamait une peine de principe. Il a donc, comme à Mul­house en 2010, refusé l’interprétation aber­rante et scan­da­leuse de la loi for­mulée dans la cir­cu­laire Alliot-​​Marie qui osait qua­lifier des actions citoyennes contre la poli­tique d’un État violant le droit inter­na­tional d’« inci­tation à la haine… et à la dis­cri­mi­nation » et appelait à leur répression.

C’est une vic­toire impor­tante du mou­vement de soli­darité. Main­tenant, il est temps que cette cir­cu­laire, qui a pu être qua­lifiée de « coup d’état judi­ciaire », soit abrogée et qu’ainsi prenne fin une gros­sière mani­pu­lation politique.

 L’AFPS pour sa part pour­suivra, notamment avec le boycott citoyen, son action mul­ti­forme pour une paix juste au Proche-​​Orient qui passe néces­sai­rement par des sanc­tions fortes contre un État colonial et expansionniste.

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