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31 octobre 2026 6 31 /10 /octobre /2026 08:36

"Cependant le bruit redouble, les portes des deux tours s'enfoncent, d'effrayantes figures pénètrent dans la chambre... Fontanis se jette à genoux, il implore sa grâce, il demande la vie.

- Scélérat, lui dit un de ces fantômes d'une voix effrayante, la pitié fut-elle connue de ton coeur quand tu condamnas injustement tant de malheureux, leur effroyable sort te touchait-il, en étais-tu moins vain, moins orgueilleux, moins gourmand, moins crapuleux le jour où tes arrêts injustes plongeaient dans l'infortune ou dans le tombeau les victimes de ton rigorisme imbécile, et d'où naissait en toi cette dangereuse impunité de ta puissance instantanée, de cette force illusoire qu'assure un moment l'opinion et que détruit aussitôt la philosophie ?... Souffre que nous agissions dans les mêmes principes, et soumets-toi puisque tu es le plus faible.

A ces mots, quatre de ces esprits physiques s'emparent vigoureusement de Fontanis, et le mettent en un instant nu comme la main, sans en tirer autre chose que des pleurs, des cris et une sueur fétide qui le couvrait des pieds à la tête.

- Qu'en ferons-nous maintenant, dit l'un d'eux.

- Attends, répondit celui qui avait l'air du chef, j'ai ici la liste des quatre principaux meurtres qu'il a commis juridiquement, lisons-la lui.

En 1750, il condamna à la roue un malheureux qui n'avait jamais eu d'autre tort que de lui avoir refusé sa fille dont le scélérat voulait abuser.

En 1754, il proposa à un homme de lui sauver la vie pour deux mille écus ; celui-ci ne les pouvant donner, il le fit pendre.

En 1760, sachant qu'un homme de sa ville avait tenu quelque propos sur son compte, il le condamna au feu l'année d'après comme sodomite, quoique ce malheureux eût une femme et une troupe d'enfants, toutes choses démentant son crime.

En 1772, un jeune homme de distinction de la province ayant voulu par une vengeance badine étriller une courtisane qui lui avait fait un mauvais présent, cet indigne butor fit de cette plaisanterie une affaire criminelle, il traita la chose de meurtre, d'empoisonnement, entraîna tous ses confrères à cette ridicule opinion, perdit le jeune homme, le ruina et le fit condamner par contumace à la mort, ne pouvant venir à bout de saisir sa personne.

Voilà ses principaux crimes, décidez, mes amis."


Marquis de Sade ("Historiettes, contes et fabliaux" 1788)


Voyez qu'on n'a pas attendu le XXe siècle pour attaquer la magistrature et s'en prendre aux puissants. Les contes du marquis de Sade se moquent aussi des prêtres qui prêchent la morale en s'épargnant de la suivre. Je vous recommande en particulier "L'instituteur philosophe", vous découvrirez comment un abbé explique la Trinité à son élève. Enfin, je partage avec vous cette biographie très intéressante de Michel Delon sur la vie tumultueuse du marquis :

"Issu, du côté paternel, d’une ancienne famille aristocratique provençale et lié par sa mère à la maison de Condé, Donatien Alphonse François de Sade semblait avoir tout pour réussir. C’était compter sans les difficultés économiques de nobles montant à Paris et rêvant d’une carrière de cour. C’était compter sans une inadaptation radicale dont on ne sait si elle est sociale ou psychologique : le père avait échoué dans une carrière diplomatique, la carrière militaire du fils tourne court dans des rumeurs de scandale. L’esprit de révolte le pousse dans des aventures libertines avec des courtisanes. Son mariage arrangé avec une riche héritière n’apaise pas le mal-être qui s’exaspère dans des violences relevant du droit commun : une séance de flagellation, compliquée de sacrilège, le dimanche de Pâques 1768, le mène en prison ; une séance avec son domestique et des prostituées à Marseille en 1772 enclenche une dynamique judiciaire qui ne s’achève qu’avec la fin de l’Ancien Régime. Des cavales en Italie, une existence de hors-la-loi en Provence après une évasion ne font que retarder l’incarcération. Arrêté sous une fausse inculpation d’empoisonnement, il est condamné à mort pour des relations homosexuelles avec son valet. La condamnation est commuée, mais, lassées du scandale et des dettes, la famille et surtout la belle-famille obtiennent une lettre de cachet qui relègue Sade à Vincennes, puis à la Bastille sans perspective fixe de libération.

Ce n’est sans doute pas la prison qui transforme le libertin en philosophe et en écrivain. C’est elle qui le contraint à la lecture, à la réflexion, à la création. Dès sa jeunesse, il s’est passionné pour le théâtre, il a composé des pièces, il s’est nourri de la liberté intellectuelle du temps. L’immobilité systématise ses idées.

L’insurrection de juillet 1789 pousse l’administration à évacuer le prisonnier à Charenton dont seule la suppression des lettres de cachet lui ouvre les portes en avril 1790. Le marquis, devenu comte et chef de famille par la mort de son père, doit vite se changer en citoyen Sade. Il milite dans une section révolutionnaire. Jusqu’où a-t-il cru à la possibilité de changer la société ? À partir de quand a-t-il joué au jacobin ? Fidèle au prisonnier dans la détresse, sa femme s’est séparée du citoyen libre. Elle demande le divorce qui vient d’être établi et qui impose à Sade un strict contrôle de ses ressources.

Par nécessité et par conviction, le ci-devant devient écrivain. Il publie anonymement Justine ou les malheurs de la vertu (1791) qui dénonce les illusions de tout ordre providentiel, et prépare l’édition d’Aline et Valcour qu’il annonce sur la page de titre comme « composé à la Bastille un an avant la Révolution de France ». Il désavoue le premier texte et s’affiche comme l’auteur du second. Mais le propos est sans doute le même dans les deux. L’un décrit complaisamment les agressions sexuelles dont est victime la pieuse héroïne. L’autre suggère les mêmes sévices vécus par les héroïnes. Rattrapé par la Terreur et par son passé, Sade est arrêté pour modérantisme et comme homme de l’Ancien Régime. Condamné à mort, il échappe de peu à la guillotine.

Libéré par le changement politique, il publie en 1795 La Philosophie dans le boudoir, éducation libertine de la jeune Eugénie, à laquelle est lu le pamphlet "Français encore un effort si vous voulez être républicains", et Aline et Valcour, rapidement remanié pour l’adapter à la situation. Justine sidère le public et connaît un succès de scandale que Sade prolonge en amplifiant le texte, en l’aggravant et en le dédoublant dans La Nouvelle Justine (1799), suivie de l’Histoire de Juliette, sa sœur, ou les prospérités du vice (1801). Le roman devient une épopée du mal, décrit successivement du point de vue de la sœur vertueuse et de la scélérate Juliette.

Le pouvoir en train de se réconcilier avec la papauté et de rétablir l’ordre moral ne supporte pas le succès de Sade. Il enferme, définitivement cette fois, l’écrivain scandaleux qui ne renonce jamais à explorer ses hantises. Les écrits les plus violents ont été saisis et détruits, telles Les Journées de Florbelle, mais nous restent trois romans historiques dans le goût des romans noirs du temps. Sade sera redécouvert par les romantiques frénétiques comme Petrus Borel, par Flaubert, Baudelaire et leurs proches, avant d’être chanté par Apollinaire et les surréalistes, d’inquiéter les existentialistes, puis de servir de référence au groupe Tel Quel. Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux ? a-t-on demandé. Parce que c’est un de nos plus grands conteurs de la cruauté et de l’absurde, un infatigable dénonciateur de tous les dogmes, un maître de l’humour noir et un poète de nos pires angoisses."
 

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31 octobre 2026 6 31 /10 /octobre /2026 08:32

La Haute Autorité de santé (HAS) a été chargée par le ministère de la Santé d’établir un référentiel de bonnes pratiques pour la mise en place du suicide assisté ou de l’euthanasie. La démarche s’apparente à celle suivie pour un médicament à visée thérapeutique, à la différence près que la finalité est ici inversée : on recherche simplement « une mort propre », ce qui constitue une grande première en matière de santé !

Ce document soupèse les avantages et inconvénients de telle ou telle pratique. Par exemple, dans le cadre d’un suicide assisté, le patient pourra choisir de boire une solution contenant 15 g de phénobarbital. Cela entraînera normalement un coma profond avec blocage respiratoire et choc cardiovasculaire, puis le décès en moins d’une demi-heure. Toutefois, la potion est amère, également au sens propre, et le produit peut provoquer des vomissements qu’il faudra tenter de prévenir.

Le suicide aux barbituriques souvent associés à l’alcool ne date pas d’hier. Si le patient préfère la voie veineuse avec des produits équivalents, il devra déclencher lui-même le dispositif d’injection. Cette deuxième méthode est plus rapide. Les échecs sont possibles ; il a donc fallu envisager des alternatives. Récemment, aux États-Unis, une condamnée à mort a résisté à des doses massives de barbituriques injectées et elle s’est réveillée après cinq jours de coma. Les « bonnes pratiques » consisteront alors, en cas d’échec de l’ingestion orale, à compléter le « traitement » par une injection complémentaire intraveineuse. Et si c’est la voie injectable qui échoue, un curare sera ajouté afin de provoquer une paralysie respiratoire. On basculera alors, en l’absence de consentement explicite de l’intéressé devenu inconscient, du suicide assisté à l’euthanasie. Mais au point où l’on en est…

Le document définitif doit être publié au début de l’année 2027. L’ensemble des modalités y sera détaillé : prix du médicament, rémunération du professionnel (doit-on encore dire « de santé » ?). La HAS poursuit ses travaux sur le choix des molécules en retenant des critères de rapidité, d’absence de douleur et de détresse respiratoire. Les pharmaciens hospitaliers seront responsables de la délivrance et de la traçabilité des produits.

Actuellement selon la loi, le médecin demeure le seul décideur, un compte rendu des discussions n’est pas exigé, la loi se contente d’un simple accord non tracé du patient.
 

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31 octobre 2026 6 31 /10 /octobre /2026 08:20

Alors que la rapporteuse spéciale à l’ONU, Francesca Albanese, a présenté son dernier rapport, intitulé « La vérité sous les décombres » et dénonce le « médiacide » mené par Israël depuis octobre 2023, l’Agence Média Palestine s’est entretenue avec Vanessa Ripoche, secrétaire générale du Syndicat National des Journalistes (SNJ).Ce rapport pointe, outre les exactions commises par l’armée israélienne envers les journalistes palestiniens et la légitimation par des médias israéliens d’une propagande génocidaire, « le rôle joué par les médias internationaux dans la mise à l’écart des voix palestiniennes et la reproduction des discours israéliens, la normalisation des contre-vérités juridiques, ce qui finit par légitimer les atrocités. » 

Une accusation que le Syndicat national des journalistes (SNJ) reprend à son compte  dans un communiqué publié le 16 octobre dernier, dénonçant dans la couverture médiatique française « une couverture partisane, l’invisibilisation des Palestiniens, et la minimisation des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis par Israël en Palestine, avec la censure quasi généralisée du mot génocide. »

Le SNJ affirme avoir observé, dès octobre 2023, un « déséquilibre » dans le traitement de l’information, que ce soit dans le temps consacré, les termes employés ou l’angle pris pour couvrir l’actualité à Gaza et en Cisjordanie occupée. 

« On a senti, clairement, une volonté de légitimer la réponse israélienne au 7 octobre », résume-t-il, évoquant des lignes éditoriales qui laissent peu de marge de manœuvre aux journalistes et des pressions exercées par la direction de certains médias, citant par exemple le cas TV5 Monde (dénoncé par le SNJ en novembre 2023).

« Il y a une réelle volonté de certains médias de ne pas fâcher Israël et de protéger son pouvoir. Les conditions économiques de la presse française sont aussi à déplorer et créent des conditions dans lesquelles les journalistes n’ont pas le temps de faire leur travail. Sur les chaînes d’info en continu, les plateaux sont occupés par des gens qui parlent plutôt que par des documentaires, tout simplement parce que c’est moins cher à produire. Et puis, il faut alimenter en permanence ces chaînes, et Israël a les moyens de fournir du contenu, des intervenants et des éléments, quand l’accès à des sources palestiniennes est rendu plus difficile. » 

C’est précisément cette question d’accès que l'ONU pointe dans son rapport, déplorant que les médias occidentaux « puisent abondamment dans des sources israéliennes », que « les responsables et les groupes de pression israéliens bénéficient d’un accès privilégié à la direction des médias », d'où résultent une représentation asymétrique et l'adoption du prisme et des éléments de langage israéliens.

 

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24 octobre 2026 6 24 /10 /octobre /2026 09:58

Il semblerait que les émeutiers arrêtés le 17 octobre ne parlent pas français. J'ai lu à ce propos le commentaire d'un journaliste de Libération qui, en une seule phrase, cumulait deux fautes de sens assez graves pour une personne de sa profession. "Ceux qui cassaient avaient tous un air de familiarité". Un air de famille aurait suffi. Et la seconde : "Ils étaient en grande partie des hommes racisés, noirs et arabes". Voulait-il dire des hommes de couleur ou exprimer l'idée qu'ils étaient opprimés à cause de leur race, ce qui ne serait pas approprié pour des gens qui défoncent les vitrines sans la contrainte de leur oppresseur.

J'ai entendu dans l'émission "Envoyé spécial" de jeudi dernier une collaboratrice du ministre de l'Intérieur parler de la "volumétrie des manifestants". Et concernant un fait divers récent, j'ai lu dans le Figaro qu'un homme était mort "sous la pluralité de coups de couteau".

Ces représentants de la classe dominante qui débitent autant de fautes de français en si peu de lignes devraient nous inquiéter bien davantage que les Noirs qui dévalisent les magasins. Ceux-là au moins n'ont pas la prétention de nous gouverner.
 

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11 octobre 2026 7 11 /10 /octobre /2026 13:43

Arrêtez de me faire rire, j'ai les lèvres gercées. Aucun jeune n'a jamais eu envie de s'enfermer dans une salle de classe pour entendre le ronron sinistre d'un éducastreur. S'il restait à l'école, c'était sous la contrainte et pour s'en éloigner le plus vite possible dès que la sonnerie retentissait. Je n'ai jamais vu un élève rechigner à sortir de classe, même avec le prof le plus émérite (si, si, il y en a).

La proximité d'un bahut me fiche encore la nausée cinquante ans plus tard. Et de les voir cramer sur mon écran de télé ne m'arrache pas les larmes des yeux quand je pense à tous les mômes qui ont pu souffrir à l'intérieur. La vraie vie est ailleurs, l'apprentissage, l'instruction aussi. Il faudrait d'ailleurs leur trouver d'autres mots moins rébarbatifs.

Le ministre vient de repêcher 3000 profs sans emplois, paumés dans la nature, qu'aucun logiciel n'avait pu localiser jusqu'à maintenant. On dirait bien qu'il nous prend pour des cons, ce ministre dont j'ai déjà oublié le nom. Bon, les élèves vont pouvoir les expédier rapidos en arrêt maladie et tout cela nous ramènera à la case départ. Autant de progrès sans progression, comme chantait Jehan Jonas. Allez voir qui c'est, si vous êtes passés à côté de ce chanteur irremplaçable !
 

 

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11 octobre 2026 7 11 /10 /octobre /2026 13:27

Voici que les ministres s’insultent entre eux, et montrent une ignorance complètement inconnue jusqu’à ce jour, de la connaissance de la langue française. 

Entre Amara qui dit que « c’est dégueulasse », en parlant des mesures que son maître a prises à propos de l’ADN et Devedjian qui en traite une autre de « salope », c’est à qui sera le plus bête dans la course à la décadence de la culture. 

En effet, ces abrutis, que moi, en tant que simple citoyen, j’ai le droit de traiter de « sales cons » sans états d’âmes, voire de « vieille moule mal lavée » ou de «petite bite racornie », ne doivent en aucun cas, puisqu’ils sont ministres, manquer de respect au langage ministériel, que l’on peut qualifier de « soutenu ». Et ça se comprend, car aux yeux de l’étranger, nous passons tous pour des pauvres types ignorants, des pitres, des moins que rien. La connaissance du français, c’est la connaissance des registres (bas latin « regesta » : rapporté, inscrit) de langage, c’est à dire des « tons », des caractères particuliers d’une «tonalité de langage », adaptée à une situation  donnée.

Les hommes politiques instruits, de Gaulle par exemple, savaient manier la langue française. 
Les généraux de l’OAS, il les appelait « un quarteron de généraux félons ». Le félon faisait référence à la gravité de la notion de traîtrise dans l’univers de la chevalerie. Il redonnait au mot son sens premier. Du coup, il nous instruisait. Quand il parlait du « volapuk » (de l’anglais « world » et « puk », de l’anglais «speak » : parler) tout le monde se jetait sur son dictionnaire. 
Car le volapuk, inventé en 1879, était une des langues artificielles internationales, qui a moins bien réussi que l’espéranto, et qui désignait un mélange de langues sur le mode péjoratif. De même, Mitterrand n’était pas un illettré, bien loin de là ! Il avait aussi ses formules, par exemple des citations ou des inventions : « Il faut laisser le temps au temps ». On peut déplorer qu’il l’ait laissé loin dans le temps, le temps du socialisme. Mais il ne nous a jamais ridiculisés. Quant à Georges Marchais, ce sont les médias capitalistes qui l’ont dévalorisé. Car, parler des « grands monopoles capitalistes », c’est une expression scientifique parfaitement noble. 

Je crois que c’est avec Jacques Chirac que ça a commencé à se dégrader, mais c’était presque amusant, car il ne s’agissait pas d’une grossièreté indigne, mais d’une bizarrerie de son nègre de communication : «abracadabrantesque » était tout de même un néologisme d’Arthur Rimbaud. 

D’ailleurs cette dégradation du langage apparaît dans les associations militantes. Je ne suis pas du tout admiratif devant la formule « Ni putes ni soumises». Dans d’autres contextes on peut, avec plaisir se traiter de « fils de pute» et encore faut-il faire très attention. La « pute » est une prostituée, que je me garderais bien de mépriser, et je réserverais ce mot pour une œuvre de fiction. La prostituée est un être humain, souvent une esclave. Les femmes du monde (mais quel « monde » ?) qui méprisent les « putes » sont souvent bien plus prostituées que les malheureuses qui font le trottoir. Elles font le boudoir, elles, et se vendent aux bandits qui nous gouvernent ou 
à d’autres riches qui sont fatalement, dans ce système, les plus grands escrocs du monde. 

Et d’ailleurs il y a des erreurs. Les « chiennes de garde » commettent un contresens, en reprenant la formule du communiste Paul Nizan, qui employait l’expression « chiens de garde du capitalisme ». Les « chiennes de garde » ont une connotation bizarre, qui donne l’impression qu’elles n’ont pas compris ce qu’elles souhaitent signifier. C’est une très mauvaise formule, 
employée peut-être par antiphrase (ironie) mais je n’aime pas ça du tout. Parce qu’après tout c’est une insulte contre les chiens, qui sont pour ainsi dire l’emblème des anarchistes et les compagnons des solitaires. 

Il n’y a pas de déshonneur à être chien, il y a du déshonneur à être de garde. Garde contre quoi ? Ce sont les hommes qui ont dressé les chiens en policiers. 
J’allais en oublier « dégueulasse ». Eh bien, le peuple, vous et moi, a le droit, et le devoir de dire : Sarkozy est dégueulasse. Mais il n’y pas que lui, il y a tous ses ministres, y compris cette Amara et cette Rachida, qui font preuve en plus de « félonie ». 
Nous avons, nous, citoyens d’en bas, le devoir d’insulte, le devoir d’utiliser les termes les plus bas pour désigner nos chefs, dont la bassesse est révoltante. Ça ne nous fera jamais mépriser des étrangers, au contraire. 
Les révolutionnaires de 89-93 n’hésitaient pas, en particulier les conventionnels Marat et Hébert. 
Contre les salauds, il faut écrire sale ! 

Parce que, en dehors du langage, dites-moi un peu quels moyens vous avez de vous débarrasser de cette monstrueuse exploitation des pauvres que, pour l’instant, tout le monde accepte. 
Pas de pitié pour les putasseries ! 
Au fait « dégueulasse », ça vient de « dégueuler », et de « gueule », dont l’une des définitions d’Alain Rey est qualifiée « d’injurieuse », notamment « gueule de raie », qui signifie « gueule de raie des fesses, raie du cul ». 
Alain Rey, toujours subtil et drôle, dit que « gueule de raie » est « senti » (sic) comme vigoureux mais non argotique. 
Eh bien Amara, je la sens d’ici : elle pue. Sinon, elle aurait démissionné. Mais elle n’a pas d’odorat, et l’on sait que pour beaucoup l’argent n’a pas d’odeur. 
Pour moi, si. 

 

Rolland Hénault ("Articles 2009-2006" Editions de l'impossible)
 

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13 septembre 2026 7 13 /09 /septembre /2026 07:57
Jean-Michel Auxiètre présentera son nouveau livre à
l'Espace Auteurs L’Harmattan – 21 bis rue des Ecoles – 75005 PARIS à 18h00.
Elizabeth viendra aussi et même qu'elle chantera. Martine accueillera tout le monde dans une salle étroite où il faudra se serrer pour faire tenir la foule. 
Alors venez de bonne heure !

 

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6 septembre 2026 7 06 /09 /septembre /2026 16:47

Jusqu’au milieu des années 1990, l’influence de la CIA sur Hollywood était surtout informelle ou secrète (financement de films anticommunistes pendant la guerre froide, comme l’adaptation d’Animal Farm via des fonds détournés, ou interventions d’agents comme Edward Lansdale sur The Quiet American pour inverser le sens anti-américain du roman de Graham Greene).

En 1996, sous l’administration Clinton, l’agence crée officiellement un poste de Entertainment Industry Liaison au sein de son Office of Public Affairs. Le premier titulaire est Chase Brandon, un ancien officier clandestin (cousin de Tommy Lee Jones, ce qui facilite les contacts). Son successeur Paul Barry et les équipes suivantes poursuivent le même travail.

L’objectif déclaré est double : « corriger les misconceptions » (l’image d’une CIA machiavélique, incompétente ou criminelle) et favoriser le recrutement en montrant l’agence sous un jour héroïque, compétent, intègre et indispensable. Sur le site de la CIA (section Entertainment Industry Liaison), on lit explicitement : l’agence aide les créateurs à gagner en authenticité, à « débunker les mythes », et propose même des « inspirations pour de futurs storylines » centrées sur ses succès historiques (tunnel de Berlin, opérations au Laos, etc.).

Observons que ce principe est d’ailleurs reprit par les services en France, à l’image de la valorisation qui va croissante dans le cinéma et les séries, de la police et de son rôle violent et répressif, mais aussi des services secrets et de leurs actions en dehors des cadres formels censés garantir les libertés et la vie humaine.

Contrairement au Pentagone (qui dispose d’un arsenal matériel – porte-avions, hélicoptères, bases – qu’il échange contre un contrôle strict des scripts via des Production Assistance Agreements), la CIA a peu de levier matériel. Elle n’offre que l’accès à ses consultants techniques, à son siège de Langley pour le tournage, à des rencontres avec des agents, et à des informations non classifiées. Son influence est donc maximale en amont, au stade de la préproduction, quand les idées se forment.

La CIA propose des storylines centrées sur ses « succès » et sur des éléments de langage positifs : l’agence comme organisation nécessaire face à un monde chaotique, ses « échecs connus mais ses succès secrets », le patriotisme, l’intégrité, la diversité des talents, le « tradecraft » (techniques d’espionnage). Sur son site, une rubrique « Now Playing » listait des pistes de scénarios. Chase Brandon passait des heures au téléphone à « pitcher » des concepts à des écrivains. Dans certains cas extrêmes, il est allé plus loin : pour The Recruit (2003, avec Al Pacino et Colin Farrell), Brandon a rédigé le traitement original de l’histoire et les premières versions du scénario (il n’est crédité que de « technical advisor »). Le film intègre des répliques sur les « nouvelles menaces post-soviétiques », justifie le budget de défense et réfute l’idée d’un échec de la CIA avant le 11-Septembre. 

Quand un projet est plus avancé, la CIA examine les scripts pour s’assurer qu’ils s’alignent sur son « Strategic Intent » (service, intégrité, excellence, mission de recrutement). Elle demande des changements : suppression d’éléments négatifs (manuels de torture dans Meet the Parents pour le personnage de Robert De Niro), atténuation de critiques, renforcement de l’image héroïque. Pour Zero Dark Thirty (2012), le scénariste Mark Boal a partagé le script et des détails ; des e-mails internes de la CIA montrent qu’il a utilisé des « talking points» approuvés par la Maison-Blanche sur le raid contre Ben Laden, et que l’agence a obtenu la suppression de scènes gênantes (officier ivre tirant en l’air, usage de chiens dans les interrogatoires). Le film met en avant l’efficacité de la CIA et relativise la torture. 

L’accès (tournage à Langley, consultants sur le plateau, information exclusive) est conditionné à une coopération. Les films et séries qui acceptent sortent avec une crédibilité accrue et une image positive de l’agence. Résultat : depuis les années 2000, on observe un basculement net de la CIA « diabolique » des années 1970-1990 vers des portraits de professionnels dévoués, souvent plus compétents que leurs homologues politiques ou militaires. Des films comme Argo, The Sum of All Fears, The Recruit ou des séries post-11-Septembre intègrent ces éléments de langage : la CIA comme bouclier indispensable, les menaces externes (terrorisme, États voyous) comme justification permanente, le secret comme vertu.

Par osmose narrative, les spectateurs absorbent, film après film, une vision de la CIA (et plus largement de l’État américain) comme force nécessaire, compétente et morale. C’est documenté, assumé par l’agence elle-même, et c’est le quotidien du bain permanent des cerveaux de la jeunesse occidentale, par trempage permanent via Netflix & Cie.
 

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6 septembre 2026 7 06 /09 /septembre /2026 16:44

Le littoral du sud de la Bretagne sera-t-il bientôt encerclé par un vaste champ d’éoliennes géantes en mer ? Un projet a en effet été lancé en 2020 et il est désormais fortement avancé. Mais l’affaire fait grand bruit dans la région et la contestation monte en puissance depuis l’ouverture, le 17 août, de l’enquête publique (qui se tiendra jusqu’au 28 septembre) concernant le tracé des liaisons terrestres et sous-marines, ainsi que la localisation des postes électriques en mer et à terre du second parc du projet, Bretagne Sud 2. Le premier parc, d’une puissance de 250 MW, avait été attribué en 2024 à Pennavel et se situe à 19 kilomètres à l’ouest de Belle-Île-en-mer, faisant face à la presqu’île de Quiberon et à Lorient.

Dans la continuité de ce premier parc, le projet Bretagne Sud 2, qui fait toujours l’objet d’appels d’offres, se situera au sud de l’île de Groix et doit fournir une puissance de 500 MW. RTE France (Réseau de transport d’électricité) a prévu de raccorder les deux parcs puis de les relier au réseau terrestre national via un unique poste électrique en mer.

Les parties prenantes, ainsi que les relais de l’écologisme au sein du gouvernement, espéraient avoir raison, à l’usure, des premières réticences locales. Mais depuis plusieurs mois, et notamment depuis le début de l’enquête publique à la mi-août, la contestation s’amplifie. De nombreuses associations locales, dont certaines créées pour l’occasion, se sont engagées contre le projet, parmi lesquelles on trouve : Gardiens du Large, Génie du Lieu, Gerveur Da Viken, PIEBIEM (Préserver l'identité environnementale de Bretagne Sud et des îles contre l'éolien en mer), Réseau Énergie, Terre et mer, ou encore UBED (Union belliloise pour l'environnement et le développement).

Les élus locaux sont, eux aussi, de plus en plus nombreux à rejoindre le mouvement, mais certains avaient déjà fait savoir publiquement leur opposition au projet, il y a déjà un an. En octobre 2025, consultés par leur préfet, les élus de la Communauté de Belle-Île lui répondaient de façon laconique : « Je vous propose d'indiquer nous opposer au projet compte tenu de l'atteinte paysagère portée par le poste de livraison en mer qui sera visible depuis un ensemble de sites patrimoniaux de Belle-Île […], l'atteinte portée aux paysages maritimes […], alors même que la collectivité a réalisé des aménagements touristiques pour mettre en valeur ce patrimoine. » Depuis, la plupart des communes concernées ont répondu à l’identique, parmi lesquelles Erdeven, Groix, Quiberon, Plouharnel, Plouhinec et Saint-Pierre Quiberon.

Le 14 février 2026, une manifestion anti-éoliennes réunissait plus de 2.000 personnes à Quiberon, dont des élus locaux, avec pour mot d’ordre « nos paysages ne sont pas à vendre ».

Cet été, la contestation a incontestablement connu une montée en puissance. Fin juillet, plusieurs associations ont déposé plusieurs recours contentieux auprès du Conseil d’État sur plusieurs points critiques. Et le 7 août dernier, c’est un renfort de poids qui rejoignait le mouvement. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le président du conseil départemental du Morbihan, David Lappartient, indiquait avoir déposé quatre recours contre le projet. « Le département du Morbihan n’acceptera pas le saccage qui est prévu par l’État et son complice, le conseil régional de Bretagne, pour altérer de manière définitive l’ensemble des paysages emblématiques de Belle-Île-en-Mer et plus largement de l’ensemble des côtes du Morbihan », déclarait l’élu LR, qui faisait par ailleurs remarquer « qu'il s’agit bien de l’argent de tous les contribuables français pour de l’énergie dont aujourd’hui nous n’avons pas forcément besoin, au regard de la baisse de la consommation ».

L’ouverture de l’enquête publique, le 17 août, en dévoilant publiquement les détails du projet, a provoqué une amplification du mouvement de rejet à son égard. En cause, notamment, la taille des éoliennes géantes de 340 à 380 m (alors que la tour Eiffel culmine à 330 m), mais aussi la perspective d’une dégradation irréversible du littoral morbihannais, de ses sites emblématiques, de sa faune marine et des oiseaux. Le tracé du raccordement électrique à terre cristallise lui aussi les tensions et plusieurs maires ont signé des chartes rédigées par des collectifs locaux comme Gens de Bretagne.

À Palais (Morbihan), le 21 août au matin, à l’ouverture de l’enquête publique en mairie, plus de 300 personnes se sont mobilisées pour débattre du projet, déposant 275 contributions écrites et trois pétitions. Les acteurs de la contestation ont annoncé multiplier les initiatives dans les semaines à venir, lesquelles s’annoncent agitées, alors que l’enquête publique ne s’achèvera que fin septembre.
 

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6 septembre 2026 7 06 /09 /septembre /2026 16:42

25 millions d’euros. C’est ce qu’auraient rapporté, en 2025, les automobilistes retardataires aux Autoroutes Paris-Normandie, selon Le Canard enchaîné. Sur les portions en « flux libre », les barrières ont disparu, des caméras lisent les plaques et le conducteur dispose de 72 heures pour payer. Un oubli et la facture peut vite grimper.

Le flux libre n’est pas une invention des concessionnaires. Le gouvernement reconnaît que son déploiement a été réalisé à la demande de l’État. Pierre Chasseray, délégué général de « 40 millions d’automobilistes », confirme cette réalité : « Le flux libre n'était pas une demande des sociétés d'autoroutes. » Avant d'accuser les concessionnaires de tous les maux, il faut donc regarder qui a organisé le système.

Les sociétés autoroutières ne sont pas les seules à profiter de la machine à péages. Selon un rapport du Sénat, l’État prélève environ 36 % du chiffre d’affaires des autoroutes concédées, voire 44 %, selon Pierre Chasseray, soit 4 à 5 milliards d’euros de fiscalité chaque année. 

 « L’automobiliste est une cible tellement facile », explique Pierre Chasseray, ajoutant que le problème dépasse largement les sociétés d’autoroutes. Carburant, péages, assurance, achat du véhicule : le conducteur est ponctionné à tous les étages. Et même l’activité autoroutière sert, directement ou indirectement, à financer d’autres politiques publiques. Exemple révélateur : 71 millions d’euros de taxe d’aménagement du territoire acquittés par les sociétés autoroutières avaient été versés à la SNCF en 2018 pour compenser le déficit des trains Intercités.

Pas question de dire que « les péages financent la SNCF », le mécanisme a, depuis, évolué. Mais l’exemple illustre une réalité : l’argent généré par les autoroutes alimente aussi les politiques de transport décidées par l’État.

En 2006, l’État avait vendu ses participations dans les sociétés autoroutières pour 14,8 milliards d’euros. Depuis, concessionnaires et finances publiques ont tous deux largement profité de l’activité. Le Sénat le reconnaît : la hausse du chiffre d’affaires des autoroutes a bénéficié aux sociétés concessionnaires, mais également à l’État, qui en capte une part importante par la fiscalité.

Alors, collusion ? Les chiffres ne permettent pas de l’affirmer. Mais ils mettent en lumière une communauté d’intérêt financière pour le moins troublante : les concessionnaires ont intérêt à la rentabilité des autoroutes, l’État a intérêt aux recettes qu’il en tire.

L’automobiliste, lui, n'a que la facture.

 

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