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15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 15:22

J’ai cessé durant des années ne serait-ce que de feuilleter Télérama, cet Everest du boboïsme et de tout ce qui accompagne d’ordinaire cette grave affection du coeur et de l’esprit : euro-béatitude, atlantisme subtil, antiracisme postural, néo-féminisme de plateau, fascination jamais démentie pour le monde anglo-saxon (et pour sa langue!). Le tout saupoudré d’anticommunisme « de gôôôche» mâtiné de sinophobie, relevé de Castrophobie et pimenté d’un inusable antisoviétisme de confort…

Il arrive pourtant que, par temps d’interminable canicule, l’honnête retraité gagné par un ennui massacrant n’ait rien de plus excitant à faire que de rechuter dans ses turpitudes les moins avouables. Ayant donc pris soin récemment de constater, ainsi qu’il sied, que nul ne se souciait dans les parages d’épier mes errements, j’ai donc récemment feuilleté subrepticement un exemplaire du célèbre hebdo « culturel » associé au groupe « Le Monde ». Eh bien, qui m’en croira, j’ai presque cru perdre d’un coup mes repères idéologiques habituels! Jugez-en: pour commencer, un écrivain brésilien allait jusqu’à signifier à son intervieweuse sidérée que, sans être lui-même un Rouge (que Dieu l’en garde à jamais!), il n’avait jamais pu s’empêcher de placer au centre de ses romans d’admirables figures de… militants communistes! Comme on dit à Marseille: «Ouche! »…  
 
Et comme si cette évidente faute de goût journalistique ne suffisait pas à provoquer le tournis de l’honnête lecteur, voilà que, quelques pages plus loin, le lecteur avait la stupéfaction de parcourir un entrefilet (la rédaction-en-chef de Télérama connaît décidément de graves manques de vigilance estivale!) où il est à demi-mots expliqué que France-Musique s’est dernièrement vu privée de plusieurs de ses fréquences usuelles au profit de France-Info, dont Télérama indique mine de rien que le pouvoir compte sur elle pour assurer la com du gouvernement par temps de crise… 

Rédacteurs de Télérama, attention, vous filez un mauvais coton: encore un peu et les habitués de vos chroniques pourraient enfin comprendre, eux qui sont d’ordinaire d’autant plus naïfs que nombre d’entre eux se croient des parangons d’esprit critique, que la clique macroniste travaille à liquider France-Musique, cette chaîne que les déçus du « service public de l’audiovisuel » considèrent souvent comme une valeur-refuge par temps de bourrage de crâne massif, le but de Mme Sibyl Veil – que Macron a nommée à la tête de Radio France – étant manifestement de sacrifier Lully et Bach à une chaîne « généraliste » qui, à longueur d’antenne, encense saint « Volodimir Zelensky », crucifie Cuba socialiste, dénigre la Chine populaire, fustige la retraite à 60 ans (la dette, ma bonne dame, l a  d e t t e , la D E T T E on vous dit !) tout en traitant d’ « antisémites » les malséants Insoumis… Tant pis pour les habitués de la Tribune des critiques de disques mais que vive l’union sacrée impérialiste dont les « journalistes » de France-Info savent déjà si bien relayer les imprécations émanant de l’État fédéral européen, postnational, cornu, anti-cosaques et darmano-retailliste…
 
Heureusement pour sa boussole idéologique interne si violemment heurtée, l’auteur de ces lignes aura vite retrouvé le socle rassérénant de l’anticommunisme téléramiste ordinaire. Peu de pages plus loin en effet, l’hebdo de Madame Fabienne Pascault se reprend en recommandant une émission « historique » prometteuse. L’article visé crucifie Nicolae et Elena Ceausescu, ces deux ex-dirigeants de la République socialiste roumaine dont la tombe est continuellement fleurie d’œillets rouges par des gens ordinaires qui ont la sottise de ne pas confondre une révolution avec la CONTRE-révolution de 1989 notoirement copilotée par MM. Bush et Gorbatchev. L’auteur de ce papier sordide s’y réjouit d’un simulacre de « procès » où les dirigeants du PC roumain auraient été «convaincus » (en une heure de temps, sans avocat, sans respect pour la loi roumaine ni instruction contradictoire, les « juges » des Ceausescu opérant à visage masqué y ont prononcé une sentence de mort manifestement téléguidée qui a aussitôt été exécutée… à la kalachnikov, nous dit avec gourmandise l’auteur de cette « critique »…).

 

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15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 15:19

Marxiste orthodoxe mais critique féroce du progressisme culturel, Michel Clouscard (1928-2009) fut l’un des premiers à comprendre que le capitalisme moderne ne prospérait plus sur la discipline et la morale austère, mais sur la libération des désirs, la consommation des plaisirs et la disparition des anciennes limites. Dès les années 1970, il décrit l’avènement d’un système fondé sur la séduction, le désir et la permissivité marchande. Longtemps marginalisé, cet intellectuel austère apparaît aujourd’hui comme l’un des analystes les plus lucides du monde contemporain – de ses plaisirs obligatoires, de ses libertés administrées et de son étrange servitude hédoniste.

Il occupe une place étrange dans la pensée française : invisible et incontournable, marxiste fidèle et dissident permanent, solitaire mais prophète involontaire. Michel Clouscard n’a jamais appartenu au concert intellectuel de son époque. Il n’a jamais été invité à ses dîners, jamais été intégré à ses réseaux, jamais été récupéré par ses émules. Pourtant, c’est lui qui a formulé, dès les années 1970, ce que d’autres n’exprimeront qu’un demi-siècle plus tard : la mécanique interne du capitalisme contemporain, sa capacité unique à intégrer la critique, à recycler la révolte, à faire de la transgression le carburant même de la domination.

À l’heure où les sociétés occidentales semblent se dissoudre dans une sorte de jubilatoire lassitude, Clouscard apparaît comme un témoin majeur – l’un de ceux qui avaient vu, dans le brouhaha de Mai-68, non une promesse, mais une mutation systémique. Il faut le relire aujourd’hui, non en guise de manuel anticapitaliste, mais pour comprendre pourquoi l’époque se pavane dans sa liberté spectaculaire tout en s’enfonçant dans une aliénation sans précédent.

 

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15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 15:07

Le bombardement de deux centres de données d’Amazon à Bahreïn par les Gardiens de la révolution islamique (IRGC), le 21 juillet dernier, hypothèque sérieusement le projet américain de délocaliser ses infrastructures numériques. L’attaque intervient dans un contexte de reprise des hostilités : le cessez-le-feu conclu le 17 juin entre Washington et Téhéran a volé en éclats début juillet, après des frappes iraniennes contre des navires dans le détroit d’Ormuz, puis un raid américain sur le site nucléaire iranien de Darkhovin. Les Gardiens de la révolution ont présenté l’attaque des data centers d’Amazon comme une riposte directe à ce raid.

Contraints de chercher de nouveaux territoires pour installer leurs serveurs, face aux protestations grandissantes aux États-Unis et en Europe, les géants américains avaient cru avoir trouvé leur eldorado dans le grand désert arabique. Il faut s’attendre à ce qu’ils revoient rapidement leurs calculs, après ce coup dur et tout à fait inattendu.

Il faut dire que le ciblage des data centers est un fait relativement nouveau dans cette guerre qui ne veut pas finir au Moyen-Orient. Plusieurs installations d’Amazon aux Émirats et à Bahreïn avaient déjà été touchées en mars 2026, puis de nouveau début avril. Mais c’est bien la première fois qu’une infrastructure de cette envergure a été prise pour cible dans cette région : les deux sites visés le 21 juillet, situés à Zallaq et à Askar, ont subi des dégâts significatifs, confirmés fin juillet par des images satellite relayées par Bloomberg.

Cette attaque donne la preuve que ces installations numériques américaines sont aussi vulnérables que les bases militaires implantées dans les pays du Golfe.

L’industrie numérique aux États-Unis traverse une période difficile depuis quelques années. Au premier trimestre 2026, 75 grands projets de centres de données ont été bloqués ou retardés, sous l’effet des protestations citoyennes et écologiques menées par des associations regroupant des citoyens, militants et élus à travers de nombreuses villes du pays.

Ces derniers estiment que de tels projets sont énergivores et constituent une double menace sur l’écosystème et la santé publique. Les altermondialistes ajouteront que de tels projets profitent aux grandes entreprises technologiques au détriment des populations.

Les contestations sont particulièrement bruyantes en Virginie, qui concentrerait 398 data centers opérationnels et 287 autres en projet, et à New York. La gouverneure démocrate de cet État, Kathy Hochul, a signé le 14 juillet 2026 un décret suspendant durant un an les nouveaux projets de data centers dont la consommation est estimée à 50 mégawatts.

L’argument avancé est qu’un centre de cette puissance consommerait autant d’électricité qu’une ville américaine d’environ 50 000 habitants. La mesure vise particulièrement les hyperscalers (grands fournisseurs de services cloud) et les projets associés à l’IA générative.

La multiplication des projets de data centers a donné lieu à des mobilisations encore plus véhémentes en Europe, où les mouvements écologistes sont mieux organisés.

En France, une cartographie non officielle recensait, au début de 2026, environ quinze projets contestés par des pétitions, des regroupements publics ou des actions judiciaires.

Les contestataires brandissent les mêmes mots d’ordre, à savoir : l’artificialisation des terres agricoles, les nuisances sonores, l’épuisement de l’eau… Ils dénoncent, par ailleurs, ce qu’ils qualifient de « gestion opaque » de cette filière.

Exemple récent de cette fronde en France : à Rovaltain, près de Valence, le collectif Assez de Data Centers a introduit une plainte contre la délivrance d’un permis de construire d’un projet de supercalculateur consacré à l’IA. Le 10 juillet 2026, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu ce permis, arguant de l’absence d’étude d’impact environnemental.

Ailleurs en Europe, l’Irlande, considérée comme le premier hébergeur européen en termes de capacité électrique, a longtemps imposé un moratoire de fait sur les nouveaux raccordements de data centers autour de Dublin, face aux risques de saturation du réseau électrique.

Acculées par la montée des contestations en Occident, les grandes firmes de technologie (les fameuses GAFAM) pensaient avoir trouvé refuge dans les pays du Golfe, grâce à la permissivité des autorités locales (inféodées pour la plupart à Washington) et l’absence de tradition militante. Cela ne supprime pourtant pas la surconsommation d’énergie ou d’eau.

Leur cynisme a finalement un prix.

 

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 11:55

L’écrivain et penseur belge Raoul Vaneigem, décédé cette semaine à 92 ans, fut aux côtés de Guy Debord l'une des figures du situationnisme, ce mouvement de contestation radicale du capitalisme et de la « société du spectacle », inspirateur de Mai 68. Paru en 1967, son Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations était l'un des bréviaires des étudiants de 68 à Paris, un éloge de l'émancipation individuelle contre le consumérisme triomphant.

« Vivre intensément, pour soi, dans le plaisir sans fin et la conscience que ce qui vaut radicalement pour soi vaut pour tous. Et par-dessus tout, cette loi : “Agis comme s'il ne devait jamais exister de futur” », écrit-il dans ce manifeste libertaire. Anarchiste, il participe aux occupations de 1968, mais garde une certaine distance avec les activistes trotskistes et maoïstes, se méfiant des idéologies.

Raoul Vaneigem est né en mars 1934 à Lessines, une petite ville francophone du Hainaut occidental chère à l'avant-garde belge du XXe siècle, car elle est aussi celle du peintre René Magritte et du poète Louis Scutenaire. Vaneigem y grandit dans un milieu modeste et anticlérical, bercé par la culture ouvrière de son père, syndicaliste cheminot. Après des études de littérature et de langues anciennes à Bruxelles, il se tourne vers l'enseignement durant une dizaine d'années.

La rencontre avec Guy Debord, à l'été 1961 à Paris, constitue l'un des tournants de sa vie. Ils seront les figures de « l'internationale situationniste », mouvement révolutionnaire et artistique qui mêle théorie politique et culture du détournement, pour mieux combattre l'aliénation du monde du travail.

Le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de Vaneigem paraît la même année - 1967 - que La société du spectacle de Debord, où ce dernier décrit le capitalisme comme une accumulation d'apparences et d'images, qui impose la passivité face à la marchandisation du monde. Vaneigem et Debord, issu lui de la bourgeoisie française, ne viennent pas du même milieu et ne sont pas tout à fait dans la même veine. Plus lyrique, lecteur de Lautréamont et Nietzsche, Vaneigem réclame une révolution de la vie quotidienne par la poésie et la joie.

« Il est vraiment inspiré par le surréalisme originel d'André Breton des années 1920 », avec une « volonté de le dépasser en le transposant dans un autre contexte, dans la société de consommation des Trente Glorieuses », explique l'universitaire Pierre Taminiaux. Vaneigem publiera d'ailleurs une Histoire désinvolte du surréalisme.

Spécialiste des hérétiques au Moyen-Âge, rabelaisien, Raoul Vaneigem n'aime pas les étiquettes. Il quitte l'internationale situationniste en 1970, sur fond de conflit avec Debord qu'il ne reverra plus. Le philosophe belge poursuit une œuvre d'une cinquantaine d'ouvrages, entre essais politiques sur l'autogestion et étude historique de la résistance au christianisme des mouvements hérétiques.

À l’écart des médias traditionnels et du milieu intellectuel parisien, il vivra retiré dans la campagne française, dans l'Yonne, ainsi que dans un petit appartement devant la Méditerranée sur la côte catalane, près de Barcelone. Avec son allure bonhomme, c'était un « beau vieillard », une « personnalité solaire et fidèle à son œuvre dans sa manière d'être, dégageant de la sérénité et de la joie », raconte l'essayiste Adeline Baldacchino, qui l'avait rencontré après lui avoir consacré un ouvrage.

Il a soutenu la révolte du sous-commandant Marcos dans la région mexicaine du Chiapas au milieu des années 1990 ou le mouvement des « gilets jaunes » en France en 2018 et 2019. « La démocratie est dans la rue, non dans les urnes», disait-il dans un rare entretien accordé au Monde, en 2019.
 

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 11:52

Porte-parole aussi cossu que décomplexé du complexe militaro-financier étasunien, inlassable relais parlementaire des jusqu'au-boutistes israéliens, supporteur fanatique de toutes les guerres d'agression passées, présentes et futures, directes ou indirectes, qu'a menées l'Oncle Sam au XXIè siècle, de l'Irak à l'Iran, de l'Afghanistan à la Yougoslavie, de l'Ukraine à la Corée, de la Libye à l'Indopacifique, ennemi juré de la Palestine et de Cuba, le sénateur US Lindsay Graham vient de décéder brutalement. La veille encore il paradait dans une usine militaire d'Ukraine d'où il appelait à côté de Zelensky à escalader la guerre avec Moscou sans le moindre souci du probable conflit nucléaire continental puis mondial qui pourrait mécaniquement en résulter.

Peu importe au fond car tout ce qui est bon pour General Electrics, Boeing et autres trusts de l'armement est réputé bon pour la Caroline du Nord, dont Graham était l'élu, donc aussi pour « l'Amérique ». Et tout ce qui est bon pour l'Amérique, ou du moins pour la ploutocratie multimilliardaire décomplexée et amorale qui la dirige, est ipso facto réputé bon, voire excellent pour le monde. Ou du moins… pour la fortune personnelle et pour la carrière politico-médiatique de feu des « élus du peuple » de l'acabit de L. Graham…

En un mot, le défunt personnifiait à lui seul cette « réaction sur toute la ligne » dont Lénine expliquait déjà en 1916 qu'elle est devenue la marque de fabrique de l'impérialisme.

 

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 11:50

Le recruteur de mannequins Daniel Siad, suspecté d’avoir été un rabatteur pour Jeffrey Epstein, a été retrouvé mort à son domicile de Colombes, dans les Hauts-de-Seine, lundi 20 juillet. D’origine algérienne, naturalisé suédois et français, il était suspecté d’avoir entretenu des liens étroits avec le criminel américain en conduisant des jeunes femmes auprès de lui. Cinq femmes avaient porté plainte contre lui en France, l'accusant de viols et de traite d’êtres humains. Des faits qu’il niait catégoriquement. Son nom apparaît 2.090 fois dans les fameux « Epstein Files ». Les fichiers regorgent de courriels entre lui et le financier américain, qui aurait fini par le salarier au mois pour le prix de ses talents d’entremetteur. D’après les échanges entre les deux hommes, il paraissait avoir parfaitement conscience du sort réservé aux jeunes femmes en question.

Avant d’être soupçonné d’avoir servi d’entremetteur à Epstein, il s’était fait connaître comme dénicheur de beautés à travers le globe. Se présentant comme « juif berbère » et multilingue, il parlait notamment l’amazigh, une langue de ce groupe ethnique d’Afrique du Nord, qui lui aurait servi à recruter des jeunes filles dans des villages pauvres du Maroc.

L’homme de 69 ans aurait succombé à un arrêt cardiaque. Selon les informations du Parisien, c’est sa colocataire âgée de 28 ans qui aurait découvert l’individu inerte dans la cuisine et aurait donné l’alerte aux voisins. Malgré l’arrivée des secours et un massage cardiaque réalisé par une voisine, l’homme n’a pas pu être réanimé. Une enquête a été ouverte. Pour l’heure, les véritables causes de sa mort ne sont pas encore connues.

 

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28 juillet 2026 2 28 /07 /juillet /2026 10:43

Monsieur le chien, je présume ?
C'est moi-même.
Monsieur, je suis journaliste et si vous me le permettez, j'aimerais vous poser quelques questions au sujet du livre que vous venez de publier.
Que voulez-vous savoir ?
Tout d'abord si ce livre a bien été écrit par vous-même ou s'il n'est qu'une adaptation ?
Ce livre a été écrit par moi-même et c'est ce qui en fait son prix car jusque-là ce genre d'ouvrage n'était composé que de suppositions humaines sur la philosophie canine.
Très bien ; mais matériellement comment avez-vous pu procéder ? Vous ne l'avez pas écrit à la main, si je puis m'exprimer ainsi ?
Eh ! Con, je l'ai dicté.
Ah ! je comprends. Et vous l'avez dicté à qui ?
A une chienne.
Parfait. Maintenant puis-je vous poser quelques questions d'ordre général ?
Allez-y.
Aimez-vous les os ?
Pas bête votre question et pas conventionnelle pour deux ronds. Je n'aime pas tellement les os mais j'en mange.
Pourquoi ?
Parce que je n'ai pas d'argent pour me payer la tricalcine dont mon organisme a besoin.
Pourquoi n'avez-vous pas d'argent ?
Encore une question stupide ; où voulez-vous que je me le foute le pognon, dans la raie du cul ?
C'est curieux, vous êtes ce qu'il est convenu d'appeler un chien moyen et vous êtes grossier comme un gros chien.
Je tiens ça de mon père.
Monsieur votre père était un chien ?
Non, Con, c'était un dromadaire. Pour quel journal écrivez-vous donc ?
L'Aurore.
Ah ! Bon.

 

Chaval ("Les Gros Chiens", éditions Climat 1990)
 

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28 juillet 2026 2 28 /07 /juillet /2026 10:34

Avec un grand merci à ceux qui nous ont envoyé leurs condoléances.

 

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11 juillet 2026 6 11 /07 /juillet /2026 10:47

Des dizaines, des centaines d’ouvrages paraissent en ce moment même, à l’occasion du bicentenaire de George Sand ! 
On en voit partout, dans les supermarchés, dans les librairies, dans les Mac’Do, dans les boucheries, dans les boulangeries, dans les pressings, dans les épiceries arabes, dans les brocantes berrichonnes, dans les vide-greniers creusois, dans les foires-expositions poitevines, dans les comices agricoles, chez les marchands de tracteurs, de moissonneuses-batteuses, chez les marchands de chaussures, chez les spécialistes en dessous chics, chez les spécialistes en dessous pas chics, à la SPA, à la MSA, à la SNCF, dans les commissariats, à l’Hôtel des Impôts… 
Et moi, pauvre de moi, qui n’ai encore rien écrit sur le sujet ! 
Rien ! Pas l’ombre d’une virgule ! (entre parenthèses, l’ombre d’une virgule, c’est pas grand-chose, pourtant !) 
De quoi j’ai l’air ? Oui, répondez franchement : de quoi j’ai l’air ? 
Je vais vous le dire, de quoi j’ai l’air : d’un attardé mental, tout simplement ! d’un dégénéré ! d’un pas fini ! 
Ça ne peut pas durer, voilà ce que je me suis dit. Et j’ai ajouté en mon for intérieur : « Tant pis, je balance, je lui avais promis le secret, à George, par un vieux souci de galanterie française, mais là je suis trop humilié. Je supporte plus. » 
Alors oui, j’avoue : j’ai été l’amant de George Sand ! 
Ça vous en fout un coup, hein, les gigolos ? les mâles les vrais, avec le brushing, les marques, les voyages exotiques et tout le toutim ! peut-être même le bowling, le branling !…  Et pourtant c’est vrai. 
Même que je suis parti en voyage de noces avec elle ! A Venise. 
Plus exactement, à Argenton-sur-Creuse, la Venise du Berry ! 
J’entends encore, le soir, le chant des gondoliers, le clapotis des eaux limpides derrière la gendarmerie d’Argenton, le doux roucoulement des sifflets des représentants de l’ordre… 
Et puis voilà, je me gondolais sur les eaux de la Creuse et je suis tombé malade, elle est allée chez le médecin, rue Auclert Descottes… J’aurais dû me méfier à cause du nom : Des Cottes, oui, tiens, sans la majuscule ! il s’en est vite débarrassé, des cottes à George… et moi tout seul comme un con avec le gondolier qui gueulait comme un veau ses canzonettas, ses librettos, ses italiâneries… et puis la voilà qui se raboule avec son toubib, et qui m’annonce froidement :

- Ecoute, Roro, faut pas m’en vouloir, mais je préfère le toubib, il connaît des spécialités, lui, il est pas toujours à me faire le coup de la bérouette berrichonne, un coup à l’endroit, deux coups à l’envers… il sait s’y prendre, il a étudié l’anatomie… il connaît même le kamasoutra dans sa version creusoise ! Avec la langue fourchue de Bourganeuf et l’orteil vibromassant de la Souterraine…  
J’essaie de l’attendrir, elle est romantique, après tout : 
- Je t’aime, George, je vais mourir d’amour, d’ailleurs, je cours chez Jardiland m’acheter un saule pleureur, t’auras ma mort sur la conscience… tu sentiras plus rien, avec un poids pareil, les agaceries du toubib, ça te fera plus aucun effet… 
Mais elle a été intraitable, George :
- Ecoute arrête de pleurnicher, tu me rappelles Mumusse, avec le coup du saule… T’as qu’à aller le voir, Alfred, et puis tu te fais pédé, vous filez tous les deux à Venise, en vous tenant par le petit doigt, ça fera pareil…
- Mais il est mort, Alfred de Musset ! et enterré !
- Le salaud ! pourvu qu’ils le coincent pas au Panthéon ! allez tchao Bambino… je retourne à Nohant, après j’irai à Passy, j’ai un pollack qui m’attend… Chaud Pin, il s’appelle, ça doit se mettre au féminin, un nom pareil… 

 

Rolland Hénault

("Articles Volume 3" années 2005-2001 aux Editions de l'impossible)

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11 juillet 2026 6 11 /07 /juillet /2026 10:42

"Valeurs actuelles" consacre ce mois-ci son hors-série à « La France de Gabin », à l’approche des 50 ans de la mort de ce grand acteur. Entretien avec Arnaud Folch, interviewé par Boulevard Voltaire.

B.V. Pourquoi avoir consacré un hors-série à Jean Gabin ?

Arnaud Folch. Si nous avons tenu à être les premiers à commémorer les 50 ans de la disparition de Gabin (1904-1976), c’est parce que celui-ci, en plus d’être, sans doute, notre plus grand acteur, faisant donc partie du patrimoine du septième art, incarne en réalité bien plus que cela : une certaine idée de la France et de ses valeurs. Dans le grand entretien qu’il nous a accordé, son fils Mathias le dit simplement : « Il n’y avait pas plus français que mon père. » Tout, chez Gabin, dans ses films comme dans la « vraie vie », respire en effet cette France enracinée et rabelaisienne en passe de disparaître. À l’heure du mondialisme et du wokisme, célébrer Gabin, c’est aussi, et peut-être d’abord, célébrer cette «France d’avant » qui ne doit pas mourir.

B.V. Quelles sont ces « valeurs » de la France d'avant, incarnée par Gabin ?

A. F. Comme le dirait Barrès, Gabin, dont la vie et la carrière ont traversé le XXe siècle, est un « homme de la continuité française ». Tout ou presque, chez lui, nous ramène à cette France traditionnelle et nostalgique : celle du terroir, du vieux Paris, de la camaraderie, des bistrots et des plats canailles. Comme le dit Clelia Ventura, la fille de Lino, dans un autre entretien que nous publions, c’était aussi, avant tout, un « homme d’honneur ». Ce qu’il était, également, dans la plupart de ses films, quels que soient ses personnages : soldat (La Grande Illusion) ou déserteur (Le Quai des brumes), ancien président du Conseil (Le Président) ou chef mafieux (Le Clan des Siciliens), souteneur (Pépé le Moko), industriel (Les Grandes Familles), ouvrier (La Belle Équipe) ou clochard (Archimède le clochard)…

Au contraire de la plupart des artistes de l’époque, Gabin s’était aussi engagé dans les armées de la France libre…

Gabin était viscéralement patriote. Alors qu’il était au sommet de sa « première carrière », il quitte la France occupée pour les États-Unis, puis intègre comme chef de char la 2e DB de Leclerc. De manière plus anecdotique, il ira jusqu’à se brouiller avec le réalisateur Jean Renoir, aux côtés de qui il avait tourné plusieurs de ses chefs-d’œuvre (La Grande Illusion, La Bête humaine…), après que celui-ci avait pris la nationalité américaine, ce qu’il considérait comme un « reniement ». Dans les deux cas, Gabin a fait passer son amour pour son pays avant sa carrière. Il le paiera, notamment, d’une longue traversée du désert après guerre, ne revenant au sommet qu’à partir de Touchez pas au grisbi, de Jacques Becker, en 1954.

B. V. Peut-on le qualifier, comme son ami Audiard, d'« anar de droite » ?

A. F. Assurément. Lui-même se définissait, en privé, comme un « royaliste anarchiste ». Mais personne – pas même sa famille ! – n’a jamais su pour qui il votait, ou ne votait pas. Il est vrai que l’homme comme l’acteur, toujours indissociables, ont systématiquement refusé de donner des leçons de morale ou de s’afficher. C’est dire si, comme l’a écrit son biographe André Brunelin, il se sentait « comme déraciné dans ce milieu du spectacle qu’il ne considéra jamais tout à fait comme le sien ». Il évoluait d’ailleurs en marge de ce monde…

Ce grand pudique vivait cloîtré, entre ses tournages, dans son domaine agricole de Normandie, au milieu de ses vaches et de ses chevaux, refusant même d’assister aux premières de la plupart de ses films ! Quant à ses enfants, c’est dans une modeste pension de famille en Bretagne, avec salle de bains sur le palier, qu’il les emmenait en vacances en juillet. Non par radinerie – Gabin n’a cessé, caché, de faire preuve de générosité – mais parce que, comme il le disait, « le pognon, ça se gagne. Et on n’est rien tant qu’on n’a pas prouvé par soi-même.»
 

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