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6 septembre 2026 7 06 /09 /septembre /2026 16:47

Jusqu’au milieu des années 1990, l’influence de la CIA sur Hollywood était surtout informelle ou secrète (financement de films anticommunistes pendant la guerre froide, comme l’adaptation d’Animal Farm via des fonds détournés, ou interventions d’agents comme Edward Lansdale sur The Quiet American pour inverser le sens anti-américain du roman de Graham Greene).

En 1996, sous l’administration Clinton, l’agence crée officiellement un poste de Entertainment Industry Liaison au sein de son Office of Public Affairs. Le premier titulaire est Chase Brandon, un ancien officier clandestin (cousin de Tommy Lee Jones, ce qui facilite les contacts). Son successeur Paul Barry et les équipes suivantes poursuivent le même travail.

L’objectif déclaré est double : « corriger les misconceptions » (l’image d’une CIA machiavélique, incompétente ou criminelle) et favoriser le recrutement en montrant l’agence sous un jour héroïque, compétent, intègre et indispensable. Sur le site de la CIA (section Entertainment Industry Liaison), on lit explicitement : l’agence aide les créateurs à gagner en authenticité, à « débunker les mythes », et propose même des « inspirations pour de futurs storylines » centrées sur ses succès historiques (tunnel de Berlin, opérations au Laos, etc.).

Observons que ce principe est d’ailleurs reprit par les services en France, à l’image de la valorisation qui va croissante dans le cinéma et les séries, de la police et de son rôle violent et répressif, mais aussi des services secrets et de leurs actions en dehors des cadres formels censés garantir les libertés et la vie humaine.

Contrairement au Pentagone (qui dispose d’un arsenal matériel – porte-avions, hélicoptères, bases – qu’il échange contre un contrôle strict des scripts via des Production Assistance Agreements), la CIA a peu de levier matériel. Elle n’offre que l’accès à ses consultants techniques, à son siège de Langley pour le tournage, à des rencontres avec des agents, et à des informations non classifiées. Son influence est donc maximale en amont, au stade de la préproduction, quand les idées se forment.

La CIA propose des storylines centrées sur ses « succès » et sur des éléments de langage positifs : l’agence comme organisation nécessaire face à un monde chaotique, ses « échecs connus mais ses succès secrets », le patriotisme, l’intégrité, la diversité des talents, le « tradecraft » (techniques d’espionnage). Sur son site, une rubrique « Now Playing » listait des pistes de scénarios. Chase Brandon passait des heures au téléphone à « pitcher » des concepts à des écrivains. Dans certains cas extrêmes, il est allé plus loin : pour The Recruit (2003, avec Al Pacino et Colin Farrell), Brandon a rédigé le traitement original de l’histoire et les premières versions du scénario (il n’est crédité que de « technical advisor »). Le film intègre des répliques sur les « nouvelles menaces post-soviétiques », justifie le budget de défense et réfute l’idée d’un échec de la CIA avant le 11-Septembre. 

Quand un projet est plus avancé, la CIA examine les scripts pour s’assurer qu’ils s’alignent sur son « Strategic Intent » (service, intégrité, excellence, mission de recrutement). Elle demande des changements : suppression d’éléments négatifs (manuels de torture dans Meet the Parents pour le personnage de Robert De Niro), atténuation de critiques, renforcement de l’image héroïque. Pour Zero Dark Thirty (2012), le scénariste Mark Boal a partagé le script et des détails ; des e-mails internes de la CIA montrent qu’il a utilisé des « talking points» approuvés par la Maison-Blanche sur le raid contre Ben Laden, et que l’agence a obtenu la suppression de scènes gênantes (officier ivre tirant en l’air, usage de chiens dans les interrogatoires). Le film met en avant l’efficacité de la CIA et relativise la torture. 

L’accès (tournage à Langley, consultants sur le plateau, information exclusive) est conditionné à une coopération. Les films et séries qui acceptent sortent avec une crédibilité accrue et une image positive de l’agence. Résultat : depuis les années 2000, on observe un basculement net de la CIA « diabolique » des années 1970-1990 vers des portraits de professionnels dévoués, souvent plus compétents que leurs homologues politiques ou militaires. Des films comme Argo, The Sum of All Fears, The Recruit ou des séries post-11-Septembre intègrent ces éléments de langage : la CIA comme bouclier indispensable, les menaces externes (terrorisme, États voyous) comme justification permanente, le secret comme vertu.

Par osmose narrative, les spectateurs absorbent, film après film, une vision de la CIA (et plus largement de l’État américain) comme force nécessaire, compétente et morale. C’est documenté, assumé par l’agence elle-même, et c’est le quotidien du bain permanent des cerveaux de la jeunesse occidentale, par trempage permanent via Netflix & Cie.
 

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6 septembre 2026 7 06 /09 /septembre /2026 16:44

Le littoral du sud de la Bretagne sera-t-il bientôt encerclé par un vaste champ d’éoliennes géantes en mer ? Un projet a en effet été lancé en 2020 et il est désormais fortement avancé. Mais l’affaire fait grand bruit dans la région et la contestation monte en puissance depuis l’ouverture, le 17 août, de l’enquête publique (qui se tiendra jusqu’au 28 septembre) concernant le tracé des liaisons terrestres et sous-marines, ainsi que la localisation des postes électriques en mer et à terre du second parc du projet, Bretagne Sud 2. Le premier parc, d’une puissance de 250 MW, avait été attribué en 2024 à Pennavel et se situe à 19 kilomètres à l’ouest de Belle-Île-en-mer, faisant face à la presqu’île de Quiberon et à Lorient.

Dans la continuité de ce premier parc, le projet Bretagne Sud 2, qui fait toujours l’objet d’appels d’offres, se situera au sud de l’île de Groix et doit fournir une puissance de 500 MW. RTE France (Réseau de transport d’électricité) a prévu de raccorder les deux parcs puis de les relier au réseau terrestre national via un unique poste électrique en mer.

Les parties prenantes, ainsi que les relais de l’écologisme au sein du gouvernement, espéraient avoir raison, à l’usure, des premières réticences locales. Mais depuis plusieurs mois, et notamment depuis le début de l’enquête publique à la mi-août, la contestation s’amplifie. De nombreuses associations locales, dont certaines créées pour l’occasion, se sont engagées contre le projet, parmi lesquelles on trouve : Gardiens du Large, Génie du Lieu, Gerveur Da Viken, PIEBIEM (Préserver l'identité environnementale de Bretagne Sud et des îles contre l'éolien en mer), Réseau Énergie, Terre et mer, ou encore UBED (Union belliloise pour l'environnement et le développement).

Les élus locaux sont, eux aussi, de plus en plus nombreux à rejoindre le mouvement, mais certains avaient déjà fait savoir publiquement leur opposition au projet, il y a déjà un an. En octobre 2025, consultés par leur préfet, les élus de la Communauté de Belle-Île lui répondaient de façon laconique : « Je vous propose d'indiquer nous opposer au projet compte tenu de l'atteinte paysagère portée par le poste de livraison en mer qui sera visible depuis un ensemble de sites patrimoniaux de Belle-Île […], l'atteinte portée aux paysages maritimes […], alors même que la collectivité a réalisé des aménagements touristiques pour mettre en valeur ce patrimoine. » Depuis, la plupart des communes concernées ont répondu à l’identique, parmi lesquelles Erdeven, Groix, Quiberon, Plouharnel, Plouhinec et Saint-Pierre Quiberon.

Le 14 février 2026, une manifestion anti-éoliennes réunissait plus de 2.000 personnes à Quiberon, dont des élus locaux, avec pour mot d’ordre « nos paysages ne sont pas à vendre ».

Cet été, la contestation a incontestablement connu une montée en puissance. Fin juillet, plusieurs associations ont déposé plusieurs recours contentieux auprès du Conseil d’État sur plusieurs points critiques. Et le 7 août dernier, c’est un renfort de poids qui rejoignait le mouvement. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le président du conseil départemental du Morbihan, David Lappartient, indiquait avoir déposé quatre recours contre le projet. « Le département du Morbihan n’acceptera pas le saccage qui est prévu par l’État et son complice, le conseil régional de Bretagne, pour altérer de manière définitive l’ensemble des paysages emblématiques de Belle-Île-en-Mer et plus largement de l’ensemble des côtes du Morbihan », déclarait l’élu LR, qui faisait par ailleurs remarquer « qu'il s’agit bien de l’argent de tous les contribuables français pour de l’énergie dont aujourd’hui nous n’avons pas forcément besoin, au regard de la baisse de la consommation ».

L’ouverture de l’enquête publique, le 17 août, en dévoilant publiquement les détails du projet, a provoqué une amplification du mouvement de rejet à son égard. En cause, notamment, la taille des éoliennes géantes de 340 à 380 m (alors que la tour Eiffel culmine à 330 m), mais aussi la perspective d’une dégradation irréversible du littoral morbihannais, de ses sites emblématiques, de sa faune marine et des oiseaux. Le tracé du raccordement électrique à terre cristallise lui aussi les tensions et plusieurs maires ont signé des chartes rédigées par des collectifs locaux comme Gens de Bretagne.

À Palais (Morbihan), le 21 août au matin, à l’ouverture de l’enquête publique en mairie, plus de 300 personnes se sont mobilisées pour débattre du projet, déposant 275 contributions écrites et trois pétitions. Les acteurs de la contestation ont annoncé multiplier les initiatives dans les semaines à venir, lesquelles s’annoncent agitées, alors que l’enquête publique ne s’achèvera que fin septembre.
 

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6 septembre 2026 7 06 /09 /septembre /2026 16:42

25 millions d’euros. C’est ce qu’auraient rapporté, en 2025, les automobilistes retardataires aux Autoroutes Paris-Normandie, selon Le Canard enchaîné. Sur les portions en « flux libre », les barrières ont disparu, des caméras lisent les plaques et le conducteur dispose de 72 heures pour payer. Un oubli et la facture peut vite grimper.

Le flux libre n’est pas une invention des concessionnaires. Le gouvernement reconnaît que son déploiement a été réalisé à la demande de l’État. Pierre Chasseray, délégué général de « 40 millions d’automobilistes », confirme cette réalité : « Le flux libre n'était pas une demande des sociétés d'autoroutes. » Avant d'accuser les concessionnaires de tous les maux, il faut donc regarder qui a organisé le système.

Les sociétés autoroutières ne sont pas les seules à profiter de la machine à péages. Selon un rapport du Sénat, l’État prélève environ 36 % du chiffre d’affaires des autoroutes concédées, voire 44 %, selon Pierre Chasseray, soit 4 à 5 milliards d’euros de fiscalité chaque année. 

 « L’automobiliste est une cible tellement facile », explique Pierre Chasseray, ajoutant que le problème dépasse largement les sociétés d’autoroutes. Carburant, péages, assurance, achat du véhicule : le conducteur est ponctionné à tous les étages. Et même l’activité autoroutière sert, directement ou indirectement, à financer d’autres politiques publiques. Exemple révélateur : 71 millions d’euros de taxe d’aménagement du territoire acquittés par les sociétés autoroutières avaient été versés à la SNCF en 2018 pour compenser le déficit des trains Intercités.

Pas question de dire que « les péages financent la SNCF », le mécanisme a, depuis, évolué. Mais l’exemple illustre une réalité : l’argent généré par les autoroutes alimente aussi les politiques de transport décidées par l’État.

En 2006, l’État avait vendu ses participations dans les sociétés autoroutières pour 14,8 milliards d’euros. Depuis, concessionnaires et finances publiques ont tous deux largement profité de l’activité. Le Sénat le reconnaît : la hausse du chiffre d’affaires des autoroutes a bénéficié aux sociétés concessionnaires, mais également à l’État, qui en capte une part importante par la fiscalité.

Alors, collusion ? Les chiffres ne permettent pas de l’affirmer. Mais ils mettent en lumière une communauté d’intérêt financière pour le moins troublante : les concessionnaires ont intérêt à la rentabilité des autoroutes, l’État a intérêt aux recettes qu’il en tire.

L’automobiliste, lui, n'a que la facture.

 

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6 septembre 2026 7 06 /09 /septembre /2026 16:40

Deux jours après le rejet, par les Islandais, d’une reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne, Ursula von der Leyen fait face à un nouveau camouflet. La nouvelle est tombée le 31 août, dans la soirée : l’UE a décidé de suspendre, sine die, toute importation de bœuf en provenance du Brésil. La mesure entrera en vigueur jeudi 3 septembre. Elle pourrait s’étendre aux volailles (et à leurs œufs) ainsi qu’au miel, si les audits en cours les concernant, attendus pour vendredi, s’avéraient négatifs. Suspectés de ne pas respecter les règles sanitaires en vigueur dans l’UE, les producteurs brésiliens concernés mettraient notamment sur le marché des produits contenant des antibiotiques.

Cette suspension n’est pas en soi surprenante, et c’est même son intervention tardive qui étonne. Car l’affaire n’est pas nouvelle. En novembre 2025, la Commission européenne avait déjà dû se résoudre à ordonner le retrait du commerce de détail et l’interdiction à la vente de lots de viande de bœuf commercialisés par le géant brésilien JBS. Le ministère de l’Agriculture brésilien avait envoyé des avis au Service d’inspection des produits d’origine animale (SIPOA) à Campo Grande (d’où provenaient les lots) pour l’informer que l’Italie, les Pays-Bas et l’Espagne avaient fait part de leurs soupçons sur la qualité des viandes.

Pourtant, début 2026, Ursula von der Leyen décidait d’appliquer l’accord UE-Mercosur, signé le 17 janvier malgré l’opposition de plusieurs pays dont la France. Elle passait, alors, outre les nombreuses oppositions et mises en garde venant des États, des eurodéputés (qui avaient voté le dépôt d’un recours contre l’accord) et de nombreux Européens, 94 % des Français s’y opposant. L’accord est donc officiellement entré en application provisoire le 1er mai.

On se souvient que dès le 8 mai 2026, l’eurodéputée polonaise Jadwiga Wiśniewska (du groupe Conservateurs et Réformistes européens, ECR) interpellait la Commission européenne avec une question écrite faisant état de découverte de salmonelle dans 80 % des échantillons testés sur un lot de trois tonnes de volaille brésilienne ». L’élue demandait comment, dans ce contexte, Bruxelles comptait « garantir la sécurité sanitaire des citoyens de l'UE face à l'augmentation des importations alimentaires en provenance des pays du Mercosur », si une suspension des importations brésiliennes était prévue, et se demandait pourquoi la Commission faisait pression « pour la libéralisation du commerce avec des pays qui ne respectent pas les normes sanitaires de l'UE, mettant en danger les consommateurs européens tout en sapant la compétitivité des agriculteurs de l'UE ».

Or Bruxelles n’a répondu que le 10 juillet, éludant les questions posées et se contentant de vanter la qualité des contrôles sanitaires de l’UE, « les plus stricts au monde ». Mais, stricts ou pas, Bruxelles ne brille cependant pas par sa rapidité, puisque quatre mois se sont écoulés entre l’interpellation par l’eurodéputée polonaise et la suspension des importations. Et l’UE ne fait, finalement, qu’emboîter le pas de la Chine. L’agence Reuters dévoilait déjà, fin mai dernier, la décision de Pékin de suspendre l’importation de bœuf brésilien venant d’un site JBS, après détection de progestérone (une hormone de croissance) dans les lots contrôlés.

En réalité, tout le monde savait depuis bien longtemps que les producteurs brésiliens de viande en général, et le groupe JBS en particulier, prenaient des libertés avec les règles sanitaires européennes. Début juin, BV alertait, d’ailleurs, sur la réputation sulfureuse du numéro un de la viande brésilienne, le groupe JBS.

Comment expliquer que les frères Batista, dirigeants tout-puissants du cartel JBS, aient été reçus comme des chefs d’État à l’Élysée, en novembre 2025 ? Comment expliquer, depuis, l’acharnement d’Ursula von der Leyen à imposer aux forceps un accord avec le Mercosur, par ailleurs d’autant moins urgent que les producteurs de viande des États européens, et notamment en France, ont largement les moyens d’assurer l’autosuffisance de l’UE pour nourrir les Européens ?

Une forte cécité semble décidément avoir atteint les décideurs - la présidente de la Commission européenne au premier chef. Cet aveuglement est-il le signe d’une incompétence ou d’une stratégie volontaire ? Véronique Le Floch penche pour la seconde option, estimant qu’Ursula von der Leyen « s’accroche, à contre-courant de l’Histoire telle qu’elle est en train d’évoluer, à un schéma mondialiste au sein duquel on segmente le monde en régions économiques spécialisées. Et dans ce schéma, la viande vient du continent américain, comme le pétrole vient des émirats. »

Le scandale sanitaire, qui aboutit aujourd’hui à une suspension, va-t-il pour autant conduire à une remise en cause de l’accord UE-Mercosur dans son ensemble ? Rien n’est gagné d’avance, la cécité bruxelloise étant encouragée par l’inconscience (le plus souvent intéressée) de nombreux pays européens, toujours prompts à sauver le soldat von der Leyen, contre vents et marées…
 

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15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 15:22

J’ai cessé durant des années ne serait-ce que de feuilleter Télérama, cet Everest du boboïsme et de tout ce qui accompagne d’ordinaire cette grave affection du coeur et de l’esprit : euro-béatitude, atlantisme subtil, antiracisme postural, néo-féminisme de plateau, fascination jamais démentie pour le monde anglo-saxon (et pour sa langue!). Le tout saupoudré d’anticommunisme « de gôôôche» mâtiné de sinophobie, relevé de Castrophobie et pimenté d’un inusable antisoviétisme de confort…

Il arrive pourtant que, par temps d’interminable canicule, l’honnête retraité gagné par un ennui massacrant n’ait rien de plus excitant à faire que de rechuter dans ses turpitudes les moins avouables. Ayant donc pris soin récemment de constater, ainsi qu’il sied, que nul ne se souciait dans les parages d’épier mes errements, j’ai donc récemment feuilleté subrepticement un exemplaire du célèbre hebdo « culturel » associé au groupe « Le Monde ». Eh bien, qui m’en croira, j’ai presque cru perdre d’un coup mes repères idéologiques habituels! Jugez-en: pour commencer, un écrivain brésilien allait jusqu’à signifier à son intervieweuse sidérée que, sans être lui-même un Rouge (que Dieu l’en garde à jamais!), il n’avait jamais pu s’empêcher de placer au centre de ses romans d’admirables figures de… militants communistes! Comme on dit à Marseille: «Ouche! »…  
 
Et comme si cette évidente faute de goût journalistique ne suffisait pas à provoquer le tournis de l’honnête lecteur, voilà que, quelques pages plus loin, le lecteur avait la stupéfaction de parcourir un entrefilet (la rédaction-en-chef de Télérama connaît décidément de graves manques de vigilance estivale!) où il est à demi-mots expliqué que France-Musique s’est dernièrement vu privée de plusieurs de ses fréquences usuelles au profit de France-Info, dont Télérama indique mine de rien que le pouvoir compte sur elle pour assurer la com du gouvernement par temps de crise… 

Rédacteurs de Télérama, attention, vous filez un mauvais coton: encore un peu et les habitués de vos chroniques pourraient enfin comprendre, eux qui sont d’ordinaire d’autant plus naïfs que nombre d’entre eux se croient des parangons d’esprit critique, que la clique macroniste travaille à liquider France-Musique, cette chaîne que les déçus du « service public de l’audiovisuel » considèrent souvent comme une valeur-refuge par temps de bourrage de crâne massif, le but de Mme Sibyl Veil – que Macron a nommée à la tête de Radio France – étant manifestement de sacrifier Lully et Bach à une chaîne « généraliste » qui, à longueur d’antenne, encense saint « Volodimir Zelensky », crucifie Cuba socialiste, dénigre la Chine populaire, fustige la retraite à 60 ans (la dette, ma bonne dame, l a  d e t t e , la D E T T E on vous dit !) tout en traitant d’ « antisémites » les malséants Insoumis… Tant pis pour les habitués de la Tribune des critiques de disques mais que vive l’union sacrée impérialiste dont les « journalistes » de France-Info savent déjà si bien relayer les imprécations émanant de l’État fédéral européen, postnational, cornu, anti-cosaques et darmano-retailliste…
 
Heureusement pour sa boussole idéologique interne si violemment heurtée, l’auteur de ces lignes aura vite retrouvé le socle rassérénant de l’anticommunisme téléramiste ordinaire. Peu de pages plus loin en effet, l’hebdo de Madame Fabienne Pascault se reprend en recommandant une émission « historique » prometteuse. L’article visé crucifie Nicolae et Elena Ceausescu, ces deux ex-dirigeants de la République socialiste roumaine dont la tombe est continuellement fleurie d’œillets rouges par des gens ordinaires qui ont la sottise de ne pas confondre une révolution avec la CONTRE-révolution de 1989 notoirement copilotée par MM. Bush et Gorbatchev. L’auteur de ce papier sordide s’y réjouit d’un simulacre de « procès » où les dirigeants du PC roumain auraient été «convaincus » (en une heure de temps, sans avocat, sans respect pour la loi roumaine ni instruction contradictoire, les « juges » des Ceausescu opérant à visage masqué y ont prononcé une sentence de mort manifestement téléguidée qui a aussitôt été exécutée… à la kalachnikov, nous dit avec gourmandise l’auteur de cette « critique »…).

 

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15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 15:19

Marxiste orthodoxe mais critique féroce du progressisme culturel, Michel Clouscard (1928-2009) fut l’un des premiers à comprendre que le capitalisme moderne ne prospérait plus sur la discipline et la morale austère, mais sur la libération des désirs, la consommation des plaisirs et la disparition des anciennes limites. Dès les années 1970, il décrit l’avènement d’un système fondé sur la séduction, le désir et la permissivité marchande. Longtemps marginalisé, cet intellectuel austère apparaît aujourd’hui comme l’un des analystes les plus lucides du monde contemporain – de ses plaisirs obligatoires, de ses libertés administrées et de son étrange servitude hédoniste.

Il occupe une place étrange dans la pensée française : invisible et incontournable, marxiste fidèle et dissident permanent, solitaire mais prophète involontaire. Michel Clouscard n’a jamais appartenu au concert intellectuel de son époque. Il n’a jamais été invité à ses dîners, jamais été intégré à ses réseaux, jamais été récupéré par ses émules. Pourtant, c’est lui qui a formulé, dès les années 1970, ce que d’autres n’exprimeront qu’un demi-siècle plus tard : la mécanique interne du capitalisme contemporain, sa capacité unique à intégrer la critique, à recycler la révolte, à faire de la transgression le carburant même de la domination.

À l’heure où les sociétés occidentales semblent se dissoudre dans une sorte de jubilatoire lassitude, Clouscard apparaît comme un témoin majeur – l’un de ceux qui avaient vu, dans le brouhaha de Mai-68, non une promesse, mais une mutation systémique. Il faut le relire aujourd’hui, non en guise de manuel anticapitaliste, mais pour comprendre pourquoi l’époque se pavane dans sa liberté spectaculaire tout en s’enfonçant dans une aliénation sans précédent.

 

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15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 15:07

Le bombardement de deux centres de données d’Amazon à Bahreïn par les Gardiens de la révolution islamique (IRGC), le 21 juillet dernier, hypothèque sérieusement le projet américain de délocaliser ses infrastructures numériques. L’attaque intervient dans un contexte de reprise des hostilités : le cessez-le-feu conclu le 17 juin entre Washington et Téhéran a volé en éclats début juillet, après des frappes iraniennes contre des navires dans le détroit d’Ormuz, puis un raid américain sur le site nucléaire iranien de Darkhovin. Les Gardiens de la révolution ont présenté l’attaque des data centers d’Amazon comme une riposte directe à ce raid.

Contraints de chercher de nouveaux territoires pour installer leurs serveurs, face aux protestations grandissantes aux États-Unis et en Europe, les géants américains avaient cru avoir trouvé leur eldorado dans le grand désert arabique. Il faut s’attendre à ce qu’ils revoient rapidement leurs calculs, après ce coup dur et tout à fait inattendu.

Il faut dire que le ciblage des data centers est un fait relativement nouveau dans cette guerre qui ne veut pas finir au Moyen-Orient. Plusieurs installations d’Amazon aux Émirats et à Bahreïn avaient déjà été touchées en mars 2026, puis de nouveau début avril. Mais c’est bien la première fois qu’une infrastructure de cette envergure a été prise pour cible dans cette région : les deux sites visés le 21 juillet, situés à Zallaq et à Askar, ont subi des dégâts significatifs, confirmés fin juillet par des images satellite relayées par Bloomberg.

Cette attaque donne la preuve que ces installations numériques américaines sont aussi vulnérables que les bases militaires implantées dans les pays du Golfe.

L’industrie numérique aux États-Unis traverse une période difficile depuis quelques années. Au premier trimestre 2026, 75 grands projets de centres de données ont été bloqués ou retardés, sous l’effet des protestations citoyennes et écologiques menées par des associations regroupant des citoyens, militants et élus à travers de nombreuses villes du pays.

Ces derniers estiment que de tels projets sont énergivores et constituent une double menace sur l’écosystème et la santé publique. Les altermondialistes ajouteront que de tels projets profitent aux grandes entreprises technologiques au détriment des populations.

Les contestations sont particulièrement bruyantes en Virginie, qui concentrerait 398 data centers opérationnels et 287 autres en projet, et à New York. La gouverneure démocrate de cet État, Kathy Hochul, a signé le 14 juillet 2026 un décret suspendant durant un an les nouveaux projets de data centers dont la consommation est estimée à 50 mégawatts.

L’argument avancé est qu’un centre de cette puissance consommerait autant d’électricité qu’une ville américaine d’environ 50 000 habitants. La mesure vise particulièrement les hyperscalers (grands fournisseurs de services cloud) et les projets associés à l’IA générative.

La multiplication des projets de data centers a donné lieu à des mobilisations encore plus véhémentes en Europe, où les mouvements écologistes sont mieux organisés.

En France, une cartographie non officielle recensait, au début de 2026, environ quinze projets contestés par des pétitions, des regroupements publics ou des actions judiciaires.

Les contestataires brandissent les mêmes mots d’ordre, à savoir : l’artificialisation des terres agricoles, les nuisances sonores, l’épuisement de l’eau… Ils dénoncent, par ailleurs, ce qu’ils qualifient de « gestion opaque » de cette filière.

Exemple récent de cette fronde en France : à Rovaltain, près de Valence, le collectif Assez de Data Centers a introduit une plainte contre la délivrance d’un permis de construire d’un projet de supercalculateur consacré à l’IA. Le 10 juillet 2026, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu ce permis, arguant de l’absence d’étude d’impact environnemental.

Ailleurs en Europe, l’Irlande, considérée comme le premier hébergeur européen en termes de capacité électrique, a longtemps imposé un moratoire de fait sur les nouveaux raccordements de data centers autour de Dublin, face aux risques de saturation du réseau électrique.

Acculées par la montée des contestations en Occident, les grandes firmes de technologie (les fameuses GAFAM) pensaient avoir trouvé refuge dans les pays du Golfe, grâce à la permissivité des autorités locales (inféodées pour la plupart à Washington) et l’absence de tradition militante. Cela ne supprime pourtant pas la surconsommation d’énergie ou d’eau.

Leur cynisme a finalement un prix.

 

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 11:55

L’écrivain et penseur belge Raoul Vaneigem, décédé cette semaine à 92 ans, fut aux côtés de Guy Debord l'une des figures du situationnisme, ce mouvement de contestation radicale du capitalisme et de la « société du spectacle », inspirateur de Mai 68. Paru en 1967, son Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations était l'un des bréviaires des étudiants de 68 à Paris, un éloge de l'émancipation individuelle contre le consumérisme triomphant.

« Vivre intensément, pour soi, dans le plaisir sans fin et la conscience que ce qui vaut radicalement pour soi vaut pour tous. Et par-dessus tout, cette loi : “Agis comme s'il ne devait jamais exister de futur” », écrit-il dans ce manifeste libertaire. Anarchiste, il participe aux occupations de 1968, mais garde une certaine distance avec les activistes trotskistes et maoïstes, se méfiant des idéologies.

Raoul Vaneigem est né en mars 1934 à Lessines, une petite ville francophone du Hainaut occidental chère à l'avant-garde belge du XXe siècle, car elle est aussi celle du peintre René Magritte et du poète Louis Scutenaire. Vaneigem y grandit dans un milieu modeste et anticlérical, bercé par la culture ouvrière de son père, syndicaliste cheminot. Après des études de littérature et de langues anciennes à Bruxelles, il se tourne vers l'enseignement durant une dizaine d'années.

La rencontre avec Guy Debord, à l'été 1961 à Paris, constitue l'un des tournants de sa vie. Ils seront les figures de « l'internationale situationniste », mouvement révolutionnaire et artistique qui mêle théorie politique et culture du détournement, pour mieux combattre l'aliénation du monde du travail.

Le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de Vaneigem paraît la même année - 1967 - que La société du spectacle de Debord, où ce dernier décrit le capitalisme comme une accumulation d'apparences et d'images, qui impose la passivité face à la marchandisation du monde. Vaneigem et Debord, issu lui de la bourgeoisie française, ne viennent pas du même milieu et ne sont pas tout à fait dans la même veine. Plus lyrique, lecteur de Lautréamont et Nietzsche, Vaneigem réclame une révolution de la vie quotidienne par la poésie et la joie.

« Il est vraiment inspiré par le surréalisme originel d'André Breton des années 1920 », avec une « volonté de le dépasser en le transposant dans un autre contexte, dans la société de consommation des Trente Glorieuses », explique l'universitaire Pierre Taminiaux. Vaneigem publiera d'ailleurs une Histoire désinvolte du surréalisme.

Spécialiste des hérétiques au Moyen-Âge, rabelaisien, Raoul Vaneigem n'aime pas les étiquettes. Il quitte l'internationale situationniste en 1970, sur fond de conflit avec Debord qu'il ne reverra plus. Le philosophe belge poursuit une œuvre d'une cinquantaine d'ouvrages, entre essais politiques sur l'autogestion et étude historique de la résistance au christianisme des mouvements hérétiques.

À l’écart des médias traditionnels et du milieu intellectuel parisien, il vivra retiré dans la campagne française, dans l'Yonne, ainsi que dans un petit appartement devant la Méditerranée sur la côte catalane, près de Barcelone. Avec son allure bonhomme, c'était un « beau vieillard », une « personnalité solaire et fidèle à son œuvre dans sa manière d'être, dégageant de la sérénité et de la joie », raconte l'essayiste Adeline Baldacchino, qui l'avait rencontré après lui avoir consacré un ouvrage.

Il a soutenu la révolte du sous-commandant Marcos dans la région mexicaine du Chiapas au milieu des années 1990 ou le mouvement des « gilets jaunes » en France en 2018 et 2019. « La démocratie est dans la rue, non dans les urnes», disait-il dans un rare entretien accordé au Monde, en 2019.
 

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 11:52

Porte-parole aussi cossu que décomplexé du complexe militaro-financier étasunien, inlassable relais parlementaire des jusqu'au-boutistes israéliens, supporteur fanatique de toutes les guerres d'agression passées, présentes et futures, directes ou indirectes, qu'a menées l'Oncle Sam au XXIè siècle, de l'Irak à l'Iran, de l'Afghanistan à la Yougoslavie, de l'Ukraine à la Corée, de la Libye à l'Indopacifique, ennemi juré de la Palestine et de Cuba, le sénateur US Lindsay Graham vient de décéder brutalement. La veille encore il paradait dans une usine militaire d'Ukraine d'où il appelait à côté de Zelensky à escalader la guerre avec Moscou sans le moindre souci du probable conflit nucléaire continental puis mondial qui pourrait mécaniquement en résulter.

Peu importe au fond car tout ce qui est bon pour General Electrics, Boeing et autres trusts de l'armement est réputé bon pour la Caroline du Nord, dont Graham était l'élu, donc aussi pour « l'Amérique ». Et tout ce qui est bon pour l'Amérique, ou du moins pour la ploutocratie multimilliardaire décomplexée et amorale qui la dirige, est ipso facto réputé bon, voire excellent pour le monde. Ou du moins… pour la fortune personnelle et pour la carrière politico-médiatique de feu des « élus du peuple » de l'acabit de L. Graham…

En un mot, le défunt personnifiait à lui seul cette « réaction sur toute la ligne » dont Lénine expliquait déjà en 1916 qu'elle est devenue la marque de fabrique de l'impérialisme.

 

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 11:50

Le recruteur de mannequins Daniel Siad, suspecté d’avoir été un rabatteur pour Jeffrey Epstein, a été retrouvé mort à son domicile de Colombes, dans les Hauts-de-Seine, lundi 20 juillet. D’origine algérienne, naturalisé suédois et français, il était suspecté d’avoir entretenu des liens étroits avec le criminel américain en conduisant des jeunes femmes auprès de lui. Cinq femmes avaient porté plainte contre lui en France, l'accusant de viols et de traite d’êtres humains. Des faits qu’il niait catégoriquement. Son nom apparaît 2.090 fois dans les fameux « Epstein Files ». Les fichiers regorgent de courriels entre lui et le financier américain, qui aurait fini par le salarier au mois pour le prix de ses talents d’entremetteur. D’après les échanges entre les deux hommes, il paraissait avoir parfaitement conscience du sort réservé aux jeunes femmes en question.

Avant d’être soupçonné d’avoir servi d’entremetteur à Epstein, il s’était fait connaître comme dénicheur de beautés à travers le globe. Se présentant comme « juif berbère » et multilingue, il parlait notamment l’amazigh, une langue de ce groupe ethnique d’Afrique du Nord, qui lui aurait servi à recruter des jeunes filles dans des villages pauvres du Maroc.

L’homme de 69 ans aurait succombé à un arrêt cardiaque. Selon les informations du Parisien, c’est sa colocataire âgée de 28 ans qui aurait découvert l’individu inerte dans la cuisine et aurait donné l’alerte aux voisins. Malgré l’arrivée des secours et un massage cardiaque réalisé par une voisine, l’homme n’a pas pu être réanimé. Une enquête a été ouverte. Pour l’heure, les véritables causes de sa mort ne sont pas encore connues.

 

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