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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 09:22

À l’heure où s’ouvre la grand-messe planétaire du ballon rond version « rêve américain », il faut saluer la remarquable cohérence morale du système médiatique occidental. D’un côté, la Russie est bannie des J.O. au nom des « valeurs»; de l’autre, les États-Unis sont promus hôtes d’une Coupe du monde censée célébrer l’unité des peuples. Cherchez l’erreur!

Car enfin, de quelles valeurs parle-t-on ? Celles d’un Empire étasunien qui assiège Cuba socialiste depuis plus de soixante ans ? Celles d’une puissance qui bombarde, sanctionne et déstabilise à tour de bras, de l’Iran au Proche-Orient tout entier, qui méprise ouvertement l’O.N.U. et qui arme et finance sans relâche les massacres en cours à Gaza et au Liban ?

Mais qu’importe, nous dit-on, car « le sport doit rester apolitique ». Belle neutralité à géométrie variable qui exclut certains États tout en déroulant le tapis rouge à d’autres, pourtant lourdement impliqués dans des politiques  susceptibles d’allumer à tout moment la troisième guerre mondiale de la Baltique à la Corée en passant par la mer de Chine! La F.I.F.A., comme le C.I.O., excellent du reste dans cet art subtil : moraliser et sermonner quand cela arrange le maître yanqui désireux de diaboliser ses rivaux systémiques, mais fermer les yeux pudiquement quand cela rapporte gros. Surtout si cela permet en outre de présenter sous un jour « festif » le pays du tyran global Donald Trump!

Et pendant ce temps, le football pro parachève sa mue en industrie mondialisée. Un bizness qui attire les milliardaires, transforme les clubs en marques et les joueurs en actifs financiers. Le supporteur ? Un client que se disputent les politiciens locaux. La passion ? Un produit. La « teuf » ? Un marché qui tourne mal à la première étincelle…

Quant à ses manifestations bien concrètes, elles ont un goût nettement moins festif pour les populations paupérisées. Sans sortir de l’Hexagone, chaque grande compétition footballistique ou presque se traduit par des centres-villes quadrillés, des cortèges encadrés et des milliers de CRS mobilisés à grands frais pour contenir les débordements prévisibles d’un spectacle qui se prétend populaire mais qui s’organise comme une opération de maintien de l’ordre. Drôle de fête, en effet, où la ferveur s’accompagne souvent – on l’a vu deux fois coup sur coup dernièrement à Paris – de vitrines brisées et de déploiements policiers massifs (avec d’énormes coûts pour la collectivité alors qu’il n’y a plus un radis pour nos hôpitaux!).

Alors oui, on peut regarder les matchs, vibrer pour un beau but, s’émouvoir d’un exploit. Encore faut-il ne pas être dupe de ce qui se joue derrière le rideau: un deux poids deux mesures politicien cyniquement assumé et une marchandisation totale du sport.

 

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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 09:16

"Cette semaine, dans mon collège, c’est la Semaine Bonheur. Doit-on en déduire qu’on y est malheureux tout le reste de l’année ?

La journée s’ouvrait, à 7h55, par une activité désopilante intitulée « Tu danses pas, tu rentres pas ». Un baffle diffusait de la musique et les élèves devaient entrer en dansant dans l’établissement. Évidemment, ils ont peu dansé… Pourtant, l’affiche était engageante, et rédigée dans une langue accessible aux élèves : «Au portail, à l’entrée du collège, seul ou en groupe. Montres nous tes talents de danseurs. » (sic) Voilà, voilà. Tout le monde est tenu de trouver tout cela «très sympa ». Aucun manque d’enthousiasme n’est toléré.

Je suis sûre que vous brûlez d’impatience de découvrir les animations de la semaine. Nous allons alterner tournois de baby-foot, chorégraphies, jeux de société, mandalas bonheur, pétanque, football... Demain, nous sommes censés venir avec une « tenue flashy », mercredi avec un sac détourné, jeudi avec des «chaussettes fun », dépareillées par exemple, et vendredi avec des « lunettes originales ». Je crains que les enseignants et surtout les administratifs ne continuent de se décrédibiliser en étant à peu près les seuls à suivre cette feuille de route… La sonnerie a été échangée aujourd’hui contre Happy, de Pharell Williams. La journée va être longue. J’ai hâte de découvrir les sonneries des autres jours de la semaine !

Les objectifs affichés sont « valoriser les comportements positifs et améliorer le climat de l’établissement », et aussi « favoriser la citoyenneté, l’engagement, la coopération et l’autonomie ». Pour cela, on nous demande de supprimer les devoirs à la maison, de ne pas programmer d’évaluation et de tamponner à chaque heure de cours les fiches de classe permettant aux élèves de remporter les « challenges » et les défis collectifs. Quelles récompenses leur propose-t-on? « Choix d’une playlist à la récréation, choix d’un dress-code pour une journée, choix de la sonnerie du jour, choix d’un repas à la cantine. » Évidemment, à toutes les récréations seront vendues des confiseries et la CPE attendait déjà les élèves, ce matin, à la grille, avec le panier en osier des anciennes ouvreuses de cinéma, rempli de paquets de Haribo™.

Outre qu’on n’est pas « sympa » si on n’utilise pas de franglais, quelle leçon tirer de tout cela ?

Quelle image du bonheur offre-t-on à nos élèves ? Le bonheur, ce serait ne pas travailler, ne rien apprendre, danser, manger des sucreries et, surtout, imposer ses choix et ses goûts aux autres. Le bonheur, ce serait donc la tyrannie ?

Bien évidemment, cela ne fait pas l’unanimité parmi la gent enseignante, qui se divise entre béato-enthousiastes, sceptiques et franchement hostiles. Les rangs les plus fournis sont ceux du dernier groupe, mais personne n’a tenu compte, dans le processus pseudo-démocratique qui a été suivi pour l’organisation de cette semaine, des remarques et réticences des enseignants, qui sabordent donc allègrement le projet en sous-main. Quelle hypocrisie que tout cela ! La plupart de mes collègues s’entêtent à essayer de mettre les élèves au travail, au milieu des ballons, des guirlandes, des Dragibus™ et des parties de baby-foot… Nous allons sortir de cette semaine encore plus épuisés nerveusement que d’habitude ! Mais nous serons tellement heureux !

Enfin, ils ont quand même prévu de la langue de bœuf à la cantine, parce qu’il ne faudrait tout de même pas oublier qu’on est à l’école ! On n’est pas seulement là pour rigoler ! On est aussi là pour apprendre à manger équilibré."

 

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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 10:31

Concurremment à ses aspects argotiques, grossiers, brutaux ou scatologiques (bosser, bouffer, baiser, déconner, chier, faire chier, emmerder, s'emmerder, être dans la merde, dégueulasse, etc.), le français contemporain le plus usuel présente aussi - pour compenser, peut-être - de fortes composantes résolument gnangnan, empruntées au vocabulaire des bébés, ou des personnes qui s'adressent aux bébés dans la langue qu'ils sont censés comprendre ou aimer.

Autant que les papas et les mamans, autant que les papys et les mamies, prospèrent entre nous les bises et surtout les bisous, qui jadis étaient réservés aux séances infantiles de guili-guili autour des berceaux populaires, et qui ont sauté de là dans tout le corps social, prolétarisé à la fois et infantilisé.

On n'est plus à l'abri nulle part, de nos jours : bises et bisous s'abattent sur nous au bas de toutes les lettres et toutes les cartes postales, de la part des personnes les plus inattendues, et dont nous ne savions pas que nous étions avec elles dans une intimité si étroite. Les secrétaires envoient de la Guadeloupe des bisous à leurs employeurs, les petits-enfants à leurs grands-mères très distinguées (qui en étaient un peu surprises, forcément, au début), les lecteurs à leurs écrivains favoris et les amoureuses à leurs amoureux, bien sûr, même dans le meilleur monde (ou dans ce qu'il en reste) ; bientôt ce seront les généraux à leurs soldats, les détenus à leurs avocats, les évêques à leurs derniers prêtres, les contribuables à leurs percepteurs. Nous ployons sous la bise et croulons sous le bisou.

"Dérivé régressif" dit de bise l'imperturbable Alain Rey. On jurerait qu'il ne croit pas si bien dire, s'il ne pesait si bien ses mots.

 

Renaud Camus ("Répertoire des délicatesses du français contemporain" -P.O.L Editeur)

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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 10:27

 

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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 10:22

Fin avril, à Londres, une mystérieuse statue est apparue : Pall Mall Avenue. Sur un socle, un homme, aveuglé par le drapeau qu’il porte, fait un pas dans le vide. Une installation rapidement revendiquée par le mystérieux Banksy, célèbre pour ses pochoirs à message politique.

Une allégorie du nationalisme, conduisant l’homme à la catastrophe ? C’est immédiatement le sens qu’on a prêté à la statue. Pour Le Monde, l’interprétation est confirmée par l’endroit choisi, hautement symbolique : « une avenue étroitement associée à la monarchie, à l’armée et à l’establishment britannique ». Non loin, les statues « du roi Édouard VII et de l’infirmière Florence Nightingale, figure de l’histoire de la santé publique britannique, ainsi que le mémorial de la guerre de Crimée ».

Toutes sortes de choses patriotiques dont Banksy se rirait avec sa statue, et c’est probablement le cas. Ses positions politiques sont connues. Même si la presse les qualifie d'insolentes et de provocatrices, elles sont sans risque. Il est pro-migrants et dénonce « les inégalités sociales, les abus de pouvoir et les politiques oppressives ». L’homme aveuglé pourrait l’être par le drapeau européen ou le drapeau trans, mais cette interprétation ne correspondrait pas au gauchisme mondain de notre street artiste.

Être antipatriotique n’a rien d’anticonformiste, et depuis longtemps. C’est même ce qui définit l’appartenance à l’actuel establishment politique, médiatique, culturel et financier. En ce sens, souligner, comme le fait Le Monde, que la statue a été installée dans une avenue liée « à l’establishment britannique » pourrait passer pour une maladresse. Cela souligne combien Banksy en est. Il critique le système mais vit du système, à qui il est nécessaire pour se donner des airs libéraux, comme l’art contemporain lui est utile pour se draper dans le rôle du mécène tout en spéculant.

L’homme est si bien de l’establishment que ses œuvres sont disputées par les galeries et connaissent des croissances de prix remarquables. En 2021, Love Is in the Bin s’est vendue 21,8 millions d’euros. Sa valeur s’est multipliée par 18 après la célèbre scène de « l’autodestruction », lors d’enchères chez Sotheby’s. Cette affaire du Banksy autodétruit avait fait se pâmer les esthètes aisés présents à cette vente.

Prétendument, Banksy — comme il l’a revendiqué avec une vidéo, le lendemain de l’événement — avait dissimulé le dispositif d'explosion dans le cadre, douze ans auparavant. La presse a accepté cela sans sourciller. Complotiste, elle préférait évoquer la présence romanesque d’« un mystérieux homme portant chapeau et lunettes de soleil » qui avait été vu « près de l'entrée de Sotheby's peu après la vente ».

Des ingénieurs se sont penchés sur l’affaire et l'un d'eux a noté que le truc de Banksy relèverait d’« un tour de magie classique ». Un tour de passe-passe commercial au secours d’un tour de passe-passe artistique, en somme.

De même, il serait naïf d’imaginer que Banksy ait installé la statue Pall Mall Avenue sans la connivence des autorités. Même en un matériau léger — fibre de verre ou résine —, la hauteur du socle et de la statue (dans les trois mètres l’un et l’autre) ne permet ni une manipulation aisée ni une installation discrète. Un camion, une échelle, de l’outillage, de la manutention et des bras ont été nécessaires. Il a fallu fixer la chose, le drapeau offrant une prise au vent. Là encore, aucun média ne semble s’être posé de question technique.

Qui est Banksy ? À la fois Pasquin, Lupin et Fantomas, dans ses rêves et ceux de ses thuriféraires. Plus prosaïquement, puisque son incognito aurait été récemment découvert, il s’agirait de Robin Gunningham. Né en 1973, l'artiste serait passé par la Cathedral School de Bristol, aurait changé de nom pour brouiller les pistes, une fois sa notoriété devenue trop encombrante. Il serait aujourd'hui un certain David Jones, patronyme idéal pour se faufiler dans les arcanes administratifs puisqu'on en dénombrait 6000 au Royaume-Uni en 2017... Banksy est une vraie petite multinationale : 12 millions d'euros d'œuvres vendues aux enchères en 2025 selon Artprice, petite année par rapport à 2021, avec ses 1206 lots adjugés, ses 3 œuvres au-dessus de 10 millions d'euros et un total cumulé de 145 millions d'euros !

 

Source1

Source2
 

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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 10:17

C’est un fait connu, le quartier du Château d’Eau, dans le Xe arrondissement de Paris, est dévolu aux coiffeurs et boutiques de cosmétiques afro. D’où son nom de « Champs-Élysées black ». Certes, la gentrification du quartier allant bon train, les bobos qui remontent du canal Saint-Martin gagnent du terrain, mais les rabatteurs sont toujours à la sortie du métro et les boutiques déversent leur trop-plein de clientèle sur les trottoirs.

À l’intérieur de ces commerces ethniques – comme chez les Chinois de Belleville, les Pakistanais de la gare de l’Est ou les Africains de Château Rouge –, on est peu regardant sur le droit du travail. Et pourquoi le serait-on, puisque l’administration française semble s’en désintéresser ? Il suffit en effet (d’essayer) de circuler, un samedi, dans la rue du Château-d’Eau, pour constater combien les questions d’hygiène, même, semblent le plus souvent ignorées.

En avril, les treize grévistes du 65 boulevard de Strasbourg s’étaient confiées à Mediapart, dénonçant leurs conditions de travail inhumaines : pas de congés (deux ont failli accoucher sur place), des journées de travail jusqu’à 23 heures, pas d’aération dans la boutique alors qu’elles utilisent des produits toxiques, le racket de 250 euros par mois pour des cotisations qui n’ont jamais été versées à l’URSSAF et, pour finir, des salaires impayés. L’une des employées, arrivée de Côte d’Ivoire en 2018, se rapproche alors de la CGT qui va prendre l’affaire en main. Avec succès.

Soudainement, l’inspection du travail, la police et l’URSSAF se sont réveillées. La préfecture a suivi. L’avocat de la CGT, Me Cessieux, a en effet obtenu que soit retenue la qualification du dossier pour « traite d’êtres humains ». Un classement qui permet d’obtenir, de droit, un titre de séjour temporaire tant que dure la procédure pénale et, en cas de condamnation définitive de l’employeur, une carte de résidence d’une durée de dix ans.

C’est ainsi que, ce mardi 19 mai, les neuf travailleuses sans papiers ont obtenu de la préfecture de Paris leur titre de séjour. Reste un point que ni Mediapart, ni Radio France dans son compte rendu, ni la CGT n’ont envie d’aborder : qui sont les propriétaires de ces commerces, exploiteurs d’êtres humains ?

C’est une question étrangement sans réponse. Qu’il s’agisse de marchands de sommeil ou, dans le cas présent, d’esclavagistes, on préfère ne pas la poser. Et pour cause : cela se fait généralement au sein de la communauté. Les données du ministère de l’Intérieur en témoignent, le laxisme français en matière d’immigration nuit, d’abord, aux immigrés eux-mêmes.
 

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9 mai 2026 6 09 /05 /mai /2026 09:16

Il est frappant de constater que la question des nuisances des rave-parties sur les animaux (mammifères, oiseaux, insectes…) est constamment minimisée.

Tout propriétaire de chat sait combien une fête à la maison, avec des invités, des discussions bruyantes et de la musique, stresse l’animal qui, en général, prend la poudre d’escampette et court se cacher. Alors imaginons l’apeurement, pour ne pas dire l’épouvante, que peut ressentir la faune sauvage, mais aussi les animaux d’élevage, lorsqu’une « teuf » s’installe pendant plusieurs jours et plusieurs nuits.

Trois nuisances sont indubitables. Le bruit continu, tout d’abord, de 100 à 120 dB - sachant qu’un trafic routier engendre 85 dB, un moteur de jet 130 dB. Les lumières, ensuite : spots, stroboscopes, néons de lumière noire. Que bruit et lumière soient une source de stress pour les animaux est un fait établi, étudié dans l’environnement urbain. Ces nuisances deviendraient minimes, dès lors que transposées dans un environnement rural ?

Autre nuisance, le piétinement discontinu. Il abîme « les biotopes et les habitats », témoigne, en Suisse, Laurent Gogniat, chef adjoint à l’Office jurassien de l’environnement. En mai 2025, France Nature Environnement a gagné un procès où a été reconnue (entre autres motifs) « la culpabilité du principal organisateur de la rave-party, pour dégradation illicite de l’habitat de plusieurs espèces végétales et animales fragiles et protégées ». La fête s’était déroulée dans la réserve naturelle nationale de la plaine des Maures !

Les protestations des associations écologistes et animalistes se comptent sur les doigts de la main. En mai 2018, trois associations avaient porté plainte pour « destruction d’habitat », après une teuf à Marigny (Marne), un site classé Natura 2000. En Bretagne, en 2017, l'association Bretagne vivante et la Direction départementale des territoires et de la mer avaient convaincu un organisateur d’annuler une rave prévue dans un site classé « zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique ». Encore heureux…

Plus grave : des gens dont l’écologie est le métier se montrent étonnamment compréhensifs. Une écologue du CNRS expliquait cyniquement, à France 3 Bretagne (enquête relayée par France Info) : « Le bruit dérange ces mammifères, mais en général, ils s'en vont avant que leurs tympans n’explosent. » C’est être une fameuse écologue que d’envisager comme anodine la fuite d’un mammifère sous l’effet de la terreur.

Quand même on s'étonne. Ces organisateurs qu'on peut contacter pour leur demander d'annuler des rassemblements illégaux, c'est un peu comme un cambrioleur qu'on solliciterait pour remettre à plus tard son effraction.
Et ces tonnes de matériel qu'on décharge sur un terrain de l'Armée et qu'on installe pendant plusieurs heures sans que les gardiens du lieu interviennent, c'est pas rassurant pour les guerres à venir.

Et ces organisateurs de rave-parties qu'on verbalise symboliquement sans jamais dévoiler leur identité, d'où sortent-ils ? Des langues malveillantes m'ont rapporté qu'il s'agissait de très gros bourgeois très intouchables. Surprenant ?
 

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9 mai 2026 6 09 /05 /mai /2026 09:11

"Et l’on nous dit que les caisses de l’État sont vides ? Pourtant, il y a encore des fonds pour financer une foule d’associations et de programmes dans le sillon de la loi EVARS (Éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité). Une partie de mes élèves étaient absents, vendredi matin, car ils étaient convoqués à une session d’éducation à la vie affective. Un Vendredi saint, ça ne pouvait mieux tomber.

Déjà en 2023 j'avais dénoncé la diffusion dans les établissements scolaires de la brochure « Tomber la culotte », promue par un certain nombre d’associations, au premier rang desquelles SOS Homophobie, qui a ses entrées partout et qui multiplie les partenariats et, donc, les sources de financement : ministère de l’Éducation nationale, ministère de la Justice, Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), Fonds pour le développement de la vie associative, mais aussi des départements et des acteurs privés comme la MGEN, Uber ou la LFP (Ligue de football professionnel). La nouvelle mouture est sortie en 2025 et reprend sa tournée. Je vous laisse découvrir ce régal de bon goût et de délicatesse.

Les financements de l’État permettent à cette nébuleuse d’associations de produire une quantité pharaonique de matériel « pédagogique » : plaquettes, vidéos, jeux de cartes, jeux de plateau, peluches, maquettes… On peut, ainsi, avoir un puzzle en 3D en forme de pénis ou de vulve, à monter.

Évidemment, on s’adapte au niveau de langue des nouveaux publics, puisque aujourd’hui, il importe davantage de savoir trouver son point G que de savoir conjuguer ses verbes. Les jeux pédagogiques s’intitulent donc « Jdiwi Jdinon » (« un outil pédagogique pour aborder le consentement »), « Sexplikons’nous », « Place2Be », « Consentement t’en dis quoi ? », « Game of Porn », « SéduQ »… Peut-être ne me croyez-vous pas. Elle affabule, for sure ! Je vous invite à aller consulter la liste de ressources pédagogiques du CoDEPS 13 (Comité départemental d’éducation et de promotion de la santé des Bouches-du-Rhône). Cela fera des cadeaux sympas pour les prochains anniversaires dans votre famille !"

 

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9 mai 2026 6 09 /05 /mai /2026 09:05

Dans la nuit de mercredi à jeudi, après la victoire du PSG sur le Bayern, Paris a une nouvelle fois offert le spectacle désormais classique des « débordements ». Pudeur lexicale de rigueur. Résultat : 127 interpellations, des dizaines de blessés, dont plusieurs policiers. Au matin, la France se réveille avec la gueule de bois et l’on nous explique doctement que « cela aurait pu être pire ». Comme toujours.

Mais le plus savoureux — ou le plus tragique — s’est joué place de la Concorde. Les émeutiers, refoulés des Champs-Élysées, se sont rabattus sur une exposition de Yann Arthus-Bertrand intitulée Vivre ensemble. Tout un programme. Une exposition montée avec le démographe Hervé Le Bras, celui-là même qui expliquait, encore récemment, qu’« il n’y a pas de Grand Remplacement ».

Le projet, soutenu par l’État et la mairie de Paris, se voulait « artistique, culturel et citoyen ». Des centaines de portraits avenants d’une nouvelle France (Hervé Le Bras déclare d’ailleurs, au sujet de ces photos : « Yann et moi avons été saisis de la rapidité avec laquelle la France change. » Pas de Grand Remplacement, donc, mais un grand changement. On avance). La France des plaquettes institutionnelles et des éditos de Télérama.

Et voilà que cette utopie trop lisse finit éventrée, renversée par ceux-là mêmes qu’elle célèbre. On aurait voulu écrire une allégorie qu’on n’aurait pas osé aller si loin : place de la Concorde (!), le « vivre ensemble » détruit en direct par les acteurs mêmes de cette France festive et multiculturelle dont on nous vante chaque jour les mérites. On pourrait en faire un tableau, façon Delacroix (pardon, « Delacroissant », plus adapté pour le sujet) : après La Liberté guidant le peuple, « La Vérité détruisant l’utopie ».

Le plus fascinant reste la réaction de Yann Arthus-Bertrand lui-même. Très affecté, d’abord, il a ensuite expliqué qu’il préférait retenir « la gentillesse » de ceux qui étaient venus aider à réparer et que cet épisode démontrait finalement… que le vivre ensemble existait. À ce degré-là, ce n’est plus de l’optimisme, c’est une foi mystique.

 

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18 avril 2026 6 18 /04 /avril /2026 08:16

Quand je pense à Raymonde Linossier, et Dieu sait si je pense à elle, à chaque instant, entre toutes sortes d’événements et de paysages, elle a si bien tenu sa place dans notre vie à tous, une place singulière, où elle s’amusait avec tant de bon sens, avec un si gai savoir, une place que ne gagnera personne, une place retenue, défendue pour toujours, eh bien, quand je pense à elle, elle ne m’arrive pas de l’autre côté. Ceux que j’ai aimés, ceux que j’ai perdus ne se lèvent pas avec tristesse d’entre des rangées de chaises et de grilles, serrés et brouillés comme elles, dans des pays de ciels fumés, de voûtes basses et de ronds-points noirs. Ils ne remontent pas des mines de la mort. Non, je pense à eux, je pense à Raymonde comme à quelqu’un qu’on peut voir le lendemain, le jour même. 

Elle va venir avec son air juste, avec sa gravité secrète, avec ses yeux sensés et tendres. C’est alors qu’il se passe un instant sans mesure, une seconde sans bornes, avant que je ne m’adapte aux ténèbres. Enfin, je ne sais pas ce qui s’est passé, c’était si court, cette immense blessure imperceptible…

J’étais parti pour me dire : « Qu’est-ce qu’elle fait donc en ce moment ? Elle pourrait bien me faire signe. Est-elle à Paris ? Je vais lui écrire. A-t-elle fait mes commissions à sa sœur, à Chanvin ? Nous devrions faire un tour à l’exposition des Inquiets, des Pires, des Irréparables. Il faut aussi que je l’emmène voir, un de ces soirs, les Grands Moulins de Pantin, ce dessin du père Hugo ravalé par Piranèse… » Bref, un tas de choses que nous aimons faire. 

Hop ! Le tour de clef du temps m’a serré le cœur. Chaque fois que je me sens en difficulté, que j’hésite sur la base, que je ne tamise pas la chose, que j’ai besoin d’un témoin dans un scrupule, je pense à vous, Raymonde, comme je pense à Charles-Louis Philippe. Enfin, j’ai besoin de vous en parler.

Je travaille, sans travailler, je lis un livre à l’envers, je reprends ce qui ne peut pas se reprendre, je poursuis ce qui ne peut pas se revivre, et je sens le chagrin se rouvrir en grand, lentement, le chagrin qui n’a pas séché, qui n’a pas durci pour moi. 

Si nous nous retrouvons ailleurs, et je ne peux pas m’empêcher d’y penser, comme un enfant, quand il m’est trop dur de me soumettre, et que nous puissions nous traduire l’un à l’autre, vous me ferez entendre raison, j’en suis sûr. 

Si nous nous retrouvons ailleurs, nous chercherons un mur qui ressemble à ce mur, boulevard de Port-Royal, que nous avons longé, où vous me consoliez quand j’étais malheureux. 

Nous tâcherons aussi de trouver un chemin pareil à ce chemin, tout au bout de Neuilly, où nous nous promenions un jour de vacances, avec Adrienne Monnier, et où vous avez dit, en vous tournant vers nous d’un air si sage : « Je suis heureuse… »

 

Léon-Paul Fargue (« D’après Paris » 1932)
 

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