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7 décembre 2025 7 07 /12 /décembre /2025 16:07

Que ceux qui veulent le savoir vraiment lisent " la Société du spectacle " de Guy Debord. Je tiens à préciser que l'étude de ce livre, certes difficile, me paraît indispensable pour quiconque veut savoir dans quel monde il vit ! Le petit résumé qui suit est partiel ; il s'attache surtout à la partie voulue par le pouvoir de l'aspect apparence du spectacle :

Le spectacle est le discours du pouvoir. Il est l'image du monde que le pouvoir cherche à nous imposer avec l'aide des médias, qui sont tous au service de ceux qui les financent (c'est-à-dire, très souvent, les gens du pouvoir). Il est le mensonge destiné à nous faire réagir selon des façons calculées par le pouvoir.

Afin qu'on accepte de prendre le spectacle pour la réalité, le pouvoir va jusqu'à reconstruire la réalité selon le spectacle (ex : faux terrorisme, faux gangsters, etc…). Le spectacle reconstruit la réalité : il est le maître du monde : il est le pouvoir. Il commande aux chefs, même les plus haut placés.

Comment trouver la vérité à partir du mensonge ?

Le plus important, et le plus difficile, pour déjouer un spectacle que l'on a reconnu, c'est encore de penser à se poser ce genre de questions : " Imaginons que ce spectacle ne soit pas un spectacle, comment est-ce que je réagirais ? Si la population prend ce spectacle pour la réalité, que pensera-t-elle consciemment ? Que pensera-t-elle inconsciemment ? et finalement, comment réagira-t-elle ? " Les réponses à ces questions sont généralement assez faciles à trouver. Elles indiquent le but poursuivi par le pouvoir avec la mise en scène de ce spectacle particulier. Une fois connu ce but, le mensonge se démonte tout seul. Il reste seulement à comparer la réaction qu'aura la population si elle tombe dans le piège à celle qu'elle aura si elle n'y tombe pas.

En bref la citation de Debord, "Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux", est une recette pour trouver la vérité à partir du mensonge. En gros, il faut renverser le spectacle (renverser ce qui est dit par le spectacle) pour avoir la vérité.

Ainsi, quand le spectacle nous dit "Poutine veut la guerre contre l'Europe" il faut comprendre que ce n'est pas lui qui veut la guerre, mais les européistes.

 

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7 décembre 2025 7 07 /12 /décembre /2025 15:57

L’annonce, par Emmanuel Macron, d’un service militaire volontaire a été diversement accueillie, dans la classe politique. Si les Français semblent majoritairement en phase, ce dossier brûlant a le mérite de mettre au grand jour les fractures de la gauche sur le sujet de la conscription. Un article du Monde (« À gauche, derrière le service militaire, des fractures toujours vives sur la guerre ») rappelle opportunément que La France insoumise défend toujours un service militaire obligatoire, dans une tradition qui se veut « jauressienne », héritée de la « nation en armes » et de la mythologie de Valmy, probablement. Ce discours est l’un des rares invariants de Jean-Luc Mélenchon, qui s’était opposé, dès 1996, à la suspension du service militaire par Chirac. Mais au juste, Mélenchon, lui, l’a-t-il fait, son service militaire ?

Né en 1951, le chef de file des Insoumis était tout à fait dans les clous, du point de vue de l’âge. Il aurait dû faire un passage sous les drapeaux. C’était d’ailleurs à la fois l’époque de la haine de soi post-coloniale, de l’inactivité des casernes, des corvées de patate… et de l’entrisme communiste dans les armées, celui des « comités de soldats ». Le leader d’extrême gauche aurait donc pu à la fois apprendre « le maniement des armes », comme il l’exige pour la jeunesse dans le programme de LFI, et diffuser sa pensée, qui était alors à la mode jusque parmi les appelés.

Hélas ! Trois fois hélas ! Derrière les postures martiales un peu maoïsantes (« une armée sous contrôle populaire pour défendre le territoire national et le citoyen », selon le député Bastien Lachaud), on découvre que Jean-Luc Mélenchon n’a pas fait son service militaire… et qu’il a donné, à ce sujet, des explications qui ont changé plusieurs fois. « J’ai été blâmé pour avoir été refusé », disait-il à ce sujet en 2022, tentant d’expliquer en creux qu’il était politiquement trop dangereux. Le 18 février 2016, il réclamait une « garde nationale républicaine » obligatoire pour tous les jeunes, mais précisait que lui-même n’avait pas fait son service parce qu’il s’était retrouvé père de famille à vingt-trois ans. Enfin, en 1992, il avait affirmé avoir été « dispensé en 1975. Et furieux de l’être », ajoutant : « J’ai pris ça pour une brimade de la bourgeoisie. » Bref, il ne l’a pas fait, mais on ne sait pas pourquoi.

Alors, Méluche, refusé pour ses opinions politiques ? Pourtant, Maxime Le Forestier, antimilitariste acharné, fit son service au 13e régiment de dragons parachutistes. Refusé pour charge de famille ? Pourtant, le célèbre Marc Bloch, quinquagénaire et père de six enfants, se porta volontaire en 1940. Bref, n’importe quoi. Derrière les coups de menton, en somme, Mélenchon est tout simplement un vieux bonhomme éructant mais trouillard, qui enverrait volontiers les autres au front, faute d’avoir eu le cran d’y aller lui-même. On appelle ça un commissaire politique.

 

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7 décembre 2025 7 07 /12 /décembre /2025 15:51

En milieu de semaine, j’écoutais tranquillement la radio en voiture quand, soudain, je subis un choc. La journaliste évoquait le nouveau ministre de l’Éducation nationale : Édouard Geffray. Comment ? J’étais passée à côté de l’information ? On nomme des gens et on ne me dit rien ? Embuée par l’alchimie obscure des nominations Lecornu 1 puis Lecornu 2, j’avais oublié qu’à chaque fois, on retournait la boule à neige et que tous les petits flocons tombants étaient autant de ministres entourés de leurs innombrables acolytes. 

En découvrant ce nouveau changement de tête, je m’inquiète et vais faire un tour sur le site du ministère. Et là, je reste perplexe. Je suis confrontée aux méandres de la novlangue administrative dont j’ai, je l’avoue, un peu perdu l’habitude à force de vivre dans le monde réel. Il a donc un « directeur du cabinet » et une « directrice adjointe du cabinet ». Vient ensuite une « cheffe de cabinet », elle-même assistée d’un « chef adjoint de cabinet ». L’ordre de présentation sur le site de l’État laisse penser que chef, c’est moins bien que directeur. Ce n’est pas intuitif, mais on valide. Ils sont donc déjà cinq « chefs » à la tête du bazar, entourés de plein de conseillers. Par exemple, Mme Boyard est « conseillère chargée du climat scolaire et des Valeurs de la République ». Mais que fait-elle donc que ne font pas, déjà, les membres du « Conseil des sages de la laïcité et des valeurs de la République » et les EAVR (équipes académiques valeurs de la République )?

Avec toutes ces nominations, on comprend la nécessaire existence d’un « bureau des cabinets », dont la fonction est de gérer les « dossiers des personnels affectés au Bureau des Cabinets (suivi des effectifs, suivi des congés, des congés maladies, des comptes épargne temps, demandes de badges, formations, contrats de travail, etc.) et des membres de cabinets ». Pas moins de dix personnes y travaillent, auxquelles s’ajoutent les indispensables « assistantes des ministres et membres des cabinets (tiens, pas de messieurs, à ces postes ?), huissiers, hôtes d’accueil, chauffeurs, coursiers et personnel d’entretien ».

Sous le cabinet du ministre, il y a la fameuse DGESCO, la Direction générale de l’enseignement scolaire, qui pilote le Secrétariat général dont la mission est très claire : « Le secrétaire général dirige le secrétariat général du ministère de l'Éducation nationale, du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace et du ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative. Il assiste les ministres pour l'administration de leur ministère. » Mais tous ces gens n’arrivent pas, en réunissant leurs énergies, les énergies de plusieurs centaines de personnes tout de même, à élaborer des programmes ni à avoir une vision. Il leur faut, pour cela, l’aide du Conseil supérieur des programmes et du comité scientifique de l’éducation, qu’épaule sûrement parfois, pour autant que la masse de travail sous laquelle chacun est écrasé leur laisse le temps de communiquer, « l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation ». Tout cela se démultiplie à l’échelon académique, puis à l’échelon départemental. C’est vertigineux.
 

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7 décembre 2025 7 07 /12 /décembre /2025 15:44

C'est un terrible coup de tonnerre qui vient d’ébranler l'univers très feutré de l’Union européenne. Mardi 2 décembre, enquêtant sur des soupçons d’utilisation abusive de fonds européens, la police belge a perquisitionné les locaux du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) à Bruxelles, du Collège d’Europe à Bruges ainsi que des domiciles privés. En marge de cette opération, le parquet européen à Bruxelles a indiqué que trois personnes ont été placées en garde à vue, puis remises en liberté après avoir été inculpées : il s'agit de Federica Mogherini, rectrice du Collège d’Europe à Bruges et ancienne responsable de la diplomatie européenne et vice-présidente de la Commission européenne de 2014 à 2019, Stefano Sannino, haut fonctionnaire de l'UE, aujourd’hui directeur général du département Moyen-Orient, Afrique du Nord et Golfe de la Commission (MENA) et ancien secrétaire général du SEAE de 2021 à 2024, et Cesare Zegretti, vice-recteur du Collège d'Europe à Bruges et conseiller de la rectrice.

Les trois inculpés sont soupçonnés de fraude aux marchés publics, de corruption et de conflit d'intérêts. Pour faire court, ils auraient détourné des fonds européens destinés à la formation des diplomates. Selon les informations recueillies par le site euractiv.fr auprès de personnes proches de l’enquête, « l’enquête pénale a été ouverte à la suite d’allégations selon lesquelles le SEAE et le Collège d’Europe — la prestigieuse école qui forme les eurocrates de demain — auraient détourné des fonds publics de l’UE en 2021 et 2022 ». De son côté, l'EPPO a indiqué, dans un communiqué, que les investigations portent sur « l'Académie diplomatique de l'Union européenne, une formation de neuf mois destinée aux jeunes diplomates, attribuée par appel d'offres public au Collège d'Europe en Belgique pour la période 2021-2022 ».

L’affaire fait d’autant plus scandale que le Collège d’Europe est une institution reconnue au sein de l’Union européenne et dont les frais d'inscription s'élèvent à 30.000 euros par an. Fondé en 1949, il a formé, depuis, des hauts fonctionnaires, diplomates et personnalités politiques, dont nombre d’entre eux sont actuellement à de hauts postes de responsabilité.

Peu connue du grand public, Federica Mogherini a fait ses débuts politiques en 1988, au sein de la Fédération de la jeunesse communiste italienne, puis du Parti communiste italien (PCI). Ayant rejoint le Parti démocrate italien après la dissolution du PCI, elle a été élue députée en 2008, avant d’être nommée ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Matteo Renzi, puis haut représentant des Affaires étrangères au sein de la Commission européenne, aux côtés de Jean-Claude Juncker. C’est à la fin de son mandat qu’elle a été nommée recteur du Collège d’Europe en 2020.

Le petit monde de l’Union européenne a survécu à plusieurs autres scandales, mais se serait sans doute bien passé de cette nouvelle affaire, qui tombe à un moment de fortes tensions, qu’il s’agisse notamment des questions russo-ukrainiennes, de la remise en cause du pacte vert européen ou encore des tentatives contestées d’Ursula von der Leyen de surveiller, museler et censurer les grands médias et les réseaux sociaux.

Mise à jour du 04/12/2025 à 12 heures : Le parquet européen a chiffré à 51 milliards d'euros le total des fraudes au détriment du budget de l'Union européenne depuis 2021.

 

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29 novembre 2025 6 29 /11 /novembre /2025 11:18

À l’heure où les plateformes uniformisent les récits et où les séries captent l’essentiel de l’attention, Philippe-Henri Rambaud prend le contrepied et signe un hommage passionné au polar français.

Avec "Les 100 films policiers à voir absolument" (Mareuil), il revendique une filiation assumée : celle d’un cinéma du verbe, de la langue ciselée, des gueules et des atmosphères, héritier de Clouzot, Melville, Becker ou Verneuil. Il s'en explique dans une interview dont voici les extraits les plus marquants :

"En sélectionnant ces 100 films, l’envie était de brosser un panorama de ce que la France a pu et propose en matière de polar selon les époques. Évidemment, je souhaitais parler des grands classiques du polar français : Quai des Orfèvres, Touchez pas au grisbi, Le Trou, Le Clan des Siciliens... Il est d’ailleurs tout naturel que certaines décennies soient plus représentées que d’autres. Les années 1950, 1960 et 1970 représentent, à elles seules, la moitié des films présentés. En revanche, j’ai fait le choix de ne présenter que des films facilement disponibles sur les plateformes de VOD, en Blu-ray ou DVD. Rien de plus agaçant que de s’entendre parler des mérites d’un film introuvable ! Enfin ces 100 films sont aussi naturellement un choix du cœur, car il est difficile d’évoquer un film avec lequel vous n’avez aucune affinité, malgré des qualités indéniables. Les 100 films que je présente m’ont donc tous ravi d’une façon ou d’une autre.

– La Métamorphose des cloportes (1965) de Pierre Granier-Deferre, une sorte de Tontons flingueurs sous acide. Sorti deux ans après l’immense succès de Lautner, le film présente un casting en or massif : Ventura, Aznavour, Maurice Biraud, Pierre Brasseur, Georges Géret, Françoise Rosay… Les dialogues sont signés d’Audiard. Pierre Granier-Deferre est un très bon metteur en scène. Mais le film ne rencontre pas son public. Le genre du pastiche de films de gangsters lasse un peu. Et puis, il est trop cynique, trop grinçant par rapport aux Tontons flingueurs. Bref, une pépite oubliée ! Et qui mériterait d’ailleurs une belle restauration.

– Un si joli village (1979) réalisé par Étienne Perier, avec Victor Lanoux et Jean Carmet. Un polar chabrolien sur un patron meurtrier qui prend une ville en otage, un formidable duo d’acteurs. Il est récemment sorti dans une version restaurée en Blu-ray. À ne pas louper !

– Symphonie pour un massacre (1963) de Jacques Deray avec Jean Rochefort dans un rôle totalement à contre-emploi. Le film est une mécanique brillante, un jeu de massacre, comme l’indique son titre, réjouissant !

Je pense aussi au Corps de mon ennemi (1976) de Verneuil avec Belmondo. Ce polar sociologique et politique qui se passe dans une ville imaginaire du nord de la France est un très grand film. Là aussi, des dialogues signés Audiard et de très grands acteurs : Belmondo, Marie-France Pisier, Bernard Blier, Daniel Ivernel, Claude Brosset…

Plus récemment, un film comme Braqueurs (2016) de Julien Leclercq est passé sous les radars du grand public, comme Frères ennemis (2018). Pourtant, les deux sont bien fichus, à l’os, et méritent qu’on s’y attarde un peu.

Le polar est un genre qui épouse les évolutions de la société, sa noirceur intrinsèque, ses démons… Sa fabrication nous révèle aussi beaucoup de vérités de l’époque. Je dirai au premier abord que de Clouzot à Marchal, on est passé d’un polar littéraire à un polar de sensations, de l’abstraction au réel (et ce n’est pas forcément une bonne chose). Clouzot, Duvivier, Jacques Becker, Pierre Granier-Deferre, Claude Sautet, René Clément, José Giovanni, Michel Audiard, Francis Veber, Chabrol… pour ne citer qu’eux, tous ces artisans de la pellicule lisaient beaucoup. Ils étaient empreints d’une véritable culture littéraire. Et cette culture littéraire, on la retrouvait dans la construction des intrigues, des personnages, des dialogues. Il est d’ailleurs intéressant de constater que lorsqu’on parle à quelqu’un de film policier français, vient presque instantanément dans la conversation, une réplique de tel ou tel film ! Car le cinéma policier français c’était du verbe, du beau verbe.

Le point de basculement ce sont les années 1980. On a voulu faire du réaliste. Or le réel à l’écran, ça n’existe pas mais c’est un autre débat. Ce réel a fait fortement baisser la qualité des intrigues et surtout des dialogues. Quand Marchal a relancé brillamment le polar en France, il l’a fait avec ses influences : Verneuil, Corneau pour la France et Michael Mann pour les États-Unis. Or Michael Mann, que j’apprécie énormément, point de référence indétrônable (bien avant Scorsese) de tous les cinéastes français de notre temps, n’est pas un cinéaste du dialogue, comme peut l’être Scorsese, c’est un cinéaste de la sensation, du symbolisme. Comme l’était Melville d’ailleurs. Mais lui est un OVNI dans le polar français. Le mal du polar français actuel c’est que tiraillé entre Hollywood et ses origines, il n’arrive pas à retrouver sa singularité littéraire.

Je pense justement que chez nous, le polar est littéraire. La langue est très importante. Cette langue est servie par de très grands acteurs et de très grands réalisateurs. Quai des Orfèvres, Touchez pas au grisbi, Le Trou, Série noire, Garde à vue… sont des polars littéraires. Le matériau de base est souvent un livre, beaucoup de Simenon par exemple (mais quel immense écrivain !) mais pas que : Albert Simonin pour la trilogie de Max le menteur, Steeman pour les premiers Clouzot, Félicien Marceau, Alphonse Boudard, Raf Vallet, Jean-Patrick Manchette, Sébastien Japrisot… Derrière, ce livre est retravaillé par des hommes de lettres. Audiard disait que Simenon était magnifique à lire mais impossible à dire. Il fallait donc retravailler. Et ensuite, des immenses acteurs avaient la capacité technique de dire ce texte. Louis Jouvet est sidérant de justesse technique dans Quai des Orfèvres. C’est une leçon de comédien. Bernard Blier, qui fut son élève, est aussi, dans le film, époustouflant.

Aujourd’hui, dans le cinéma mondial, rares sont les acteurs qui font déplacer les foules. Léonard DiCaprio ? Oui, je pense que c’est un des derniers. Car chacune de ses performances est exceptionnelle. Et ces films sont toujours choisis avec beaucoup de soin. Il ne tourne qu’avec les plus grands. Mais en France, même un Jean Dujardin ne déplace pas les foules. Son dernier film, L’homme qui rétrécit réalisé par Jan Kounen ne marche, malheureusement, pas.

Le polar sous forme de série est un genre d’expression narrative des plus intéressants quand la série s’inscrit dans une forme limitée avec un début et une fin, à la manière, par exemple, de la première saison de True Detective (2014). Quand elle franchit le cap de plusieurs saisons, elle peut pâtir, hélas, de beaucoup de défauts : des intrigues qui n’en finissent pas, des rebondissements mécaniques pour garder le spectateur en piste, des sous-intrigues inintéressantes, un sentiment d’ennui durant cinquante minutes pour que dans les dernières secondes tout s’emballe… Je pense sincèrement que le film de cinéma par ses particularismes est le meilleur lieu d’expression. Le cinéma est une rencontre. Un moment hors du temps dans un lieu à part. La série, par ses conditions de visionnages souvent précaires, ne coupe pas du réel.

Mais peut-être que pour donner à un jeune spectateur le goût du polar français, il peut commencer par L’assassin habite au 21, Maigret tend un piège, Symphonie pour un massacre, Compartiments tueurs, Le clan des siciliens, Le Pacha, …. Des très bons films de facture classique dont certains sont des chefs-d’œuvre.

Parce que le polar français apporte un esprit, une langue, une ambiance résolument française, qui participent à une forme de lutte sous-jacente contre l’uniformisation du monde."

 

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29 novembre 2025 6 29 /11 /novembre /2025 11:14

Les adultes s’en souviennent peut-être ; les collégiens à coup sûr : il est fréquent qu’en sixième, on étudie Le Médecin malgré lui. Dans cette comédie de Molière, on retrouve tout le charme de la commedia dell’arte… et à l’époque, on avait parfois du mal à trouver ça drôle. Parmi ces bouffonneries à l’italienne, il y a généralement des quiproquos, des sous-entendus parfois un peu obscènes, des déguisements, des coups de pied au derrière et… des coups de bâton. C’en était trop pour les Éditions Magnard, habituées des livres scolaires : dans la version 2025 du Médecin malgré lui telle que Magnard la publie, la scène d’exposition, dans laquelle Sganarelle donne des coups de bâton à sa femme Martine, parce qu’elle l’insulte, a tout bonnement été expurgée.

Un utilisateur de X, « PhilConte 007 », montre deux photographies du texte de Molière pour rendre son propos encore plus explicite : dans la version Pléiade, Sganarelle « prend un bâton et lui en donne », en disant à Martine « Voilà le vrai moyen de vous apaiser ». Dans la version Magnard, trois lignes de texte et la didascalie en question ont tout bonnement été supprimées.

Comme il ne peut s’agir d’un hasard ou d’une erreur typographique, on est obligé de conjecturer. Est-ce une manière de ne pas glorifier les « violences fetzofam » ? Est-ce une sorte de lutte contre l’institution patriarcale, principal méfait de notre temps, selon une récente déclaration de Sandrine Rousseau ? On l’ignore. On aimerait savoir. Mais en tous les cas, il faut aller plus loin et revoir intégralement la littérature française – et même le cinéma. La gifle de Bourvil dans La Traversée de Paris ? On coupe. Jacquinot qui, dans La Farce du cuvier, menace sa femme acariâtre et dominatrice de la laisser se noyer tant qu’elle ne lui parlera pas correctement ? À la trappe ! Milady, récemment réhabilitée par Adélaïde de Clermont-Tonnerre, mais décapitée dans Les Trois Mousquetaires pour l’ensemble de ses crimes ? On oublie ! À grands coups de ciseaux dans le patrimoine, les féminicides, les « violences fetzofam » et le patriarcat blanc ne passeront pas.

On pourrait, avec un peu d’ironie, dire à ces censeurs stupides que la réponse nous est fournie par Martine elle-même dans la scène qui suit celle-ci. Lorsqu’un voisin, M. Robert, s’interpose en entendant les cris de la pauvre femme, Martine, très remontée, lui dit : « Et s’il me plaît, à moi, d’être battue ? » Amis gauchistes, ne déposez pas de main courante : c’est ce qu’on appelle de l’humour. D’ailleurs, dans cette scène, mari et femme se réconcilient sur le dos, littéralement, du voisin justicier qu’ils bastonnent ensemble pour le punir d’avoir voulu fourrer son nez dans une scène de ménage qui ne regardait qu’eux.

Finalement, nous avions bien tort, en sixième, de trouver Molière inactuel. Il a déjà parlé de tous nos maux contemporains, notamment la chape de plomb hypocrite du rigorisme religieux (Tartuffe) ou les féministes subventionnées (Les Femmes savantes). Quand les Éditions Magnard s’en rendront compte, on n’étudiera plus que Corneille…

 

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29 novembre 2025 6 29 /11 /novembre /2025 11:11

Dans les tuyaux depuis plusieurs mois, le projet se confirme : le CNRS veut étendre sa capacité en singes de laboratoire. Son plateau de Rousset-sur-Arc (Bouches-du-Rhône) utilise déjà « 300 primates non humains » (encore heureux qu’ils ne le soient pas), à savoir babouins olives, babouins de Guinée, macaques rhésus et marmousets. Il va tripler ses capacités, d’ici à 2029. Une décision incompréhensible pour les défenseurs de la cause animale, alors que le Parlement européen lui-même a approuvé, en septembre 2021, une résolution « visant à accélérer le passage à une innovation sans recours aux animaux ».

Pour l’association animaliste One Voice, la décision du CNRS va « à rebours de l’Histoire ». En septembre 2024, Libération a consacré un article à la question. Sa position est alors très claire. Le projet d’agrandissement du Centre de primatologie du CNRS « inquiète les défenseurs de la cause animale ». Muriel Obriet, présidente de l’association Transcience, dénonce « un cumul de souffrances ». Il est d’autant moins compréhensible, ce cumul qui ressemble à un acharnement, à l’heure où « les recherches sur les alternatives à l’expérimentation animale progressent à grands pas », écrit Libération, en particulier « des organes sur puce et des organoïdes, reproduisant certaines fonctions des organes humains». 

Comparée à la grande instance de la recherche française encageant force singes, combien différente est la situation aux États-Unis, qui vient d’annoncer la fin des expérimentations animales sur les primates. Comme vous l’avait raconté BV, l’ère de l’administration Biden avait vu prospérer des expérimentations animales révoltantes, y compris la création et l’exploitation d’animaux transgenres…. Trump donne aux animaux une bouffée d’air frais considérable et, aux États-Unis, une nette avance sur l’Union européenne.

Loin de publier un article enthousiaste sur cette victoire américaine de la cause animale, Libération sombre dans l’aigre-doux. La question sur la souffrance animale n’est tout simplement pas mentionnée — ce qui relève du tour de force. Libé cite la revue Science, qui entrevoit dans la décision de Trump « un sérieux coup d’arrêt à l’avancée de la recherche sur les maladies infectieuses ». Mais ne cite pas, par exemple, une responsable du « Comité des médecins pour une médecine responsable », qui se réjouit que, « pour la première fois, une agence américaine choisit une science moderne et pertinente pour l'humain plutôt qu'un système d'expérimentation sur les singes qui a échoué ».

L’investissement « dans les puces organiques et le développement de l’intelligence artificielle », donné précédemment en exemple au CNRS ? Il est maintenant entaché de suspicion, puisque promu par « le vaccino-sceptique ministre de la Santé Robert Kennedy Jr. » Sans rappeler que ce scepticisme est celui d’un ancien militant écologiste très remonté contre l’industrie chimico-capitaliste, nommé à ce titre parmi « les héros de la planète » en 1999 par le Time Magazine… La décision du ministre est, explique Libération, « une ingérence », voire « un cheval de Troie visant à freiner plus globalement l’avancée de la recherche aux États-Unis sur le SIDA » ! Ça tourne au complotisme.

À la différence quasi philosophique que Les Inconnus avaient établie entre le « bon » et le « mauvais » chasseur s’ajoute, désormais, celle de Libération entre le bon et le mauvais singe de laboratoire — selon que sa cage est chez Trump ou au CNRS. La contradiction est totale. Pour une étude des effets de l’anti-trumpisme sur les intelligences, pas besoin d’expérimentation animale : l’homme suffit. Et pour examiner un cas de mauvaise foi flagrante, deux articles de Libération.
 

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29 novembre 2025 6 29 /11 /novembre /2025 11:06

François Guizot a été le premier ministre à mandater un enquêteur pour parcourir le territoire et dresser un état des lieux précis des conditions matérielles d’accueil des élèves dans les écoles primaires. Il demanda à Paul Lorain, un de ses proches collaborateurs, professeur au collège royal Louis-le-Grand, d’envoyer des enquêteurs pour voir sur le terrain quelle était la situation après le vote de la loi de 1833 qui donnait une forme nouvelle à l’enseignement primaire et encadrait le statut et la formation des instituteurs. Ce tour de France nous donne un panorama instructif de l’état préoccupant des bâtiments scolaires. « Les inspecteurs n’ont poussé partout qu’un cri de détresse », nous dit son rapport, « et si les récits de quelques-uns d’entre eux n’étaient capables d’émouvoir jusqu’aux larmes, en songeant à ces pauvres enfants qu’on entasse dans des foyers d’infection et d’épidémie, qui pourrait garder son sérieux à la lecture de ces combinaisons comiques, de ces réunions contre-nature, inventées par la plus extrême misère ou par le plus sordide intérêt pour reléguer l’instituteur primaire dans un repaire qui ne coûte rien à personne ? »

« Dans la France de l’Ancien Régime, le plus fréquent, ce n’est pas l’école qui loge le maître mais le maître qui accueille chez lui l’école »[1]. Cette situation est celle que retrouva Lorain lorsqu’il dépouilla tous les comptes rendus de sa grande enquête. Lorain rapporte que, dans un village de la Meuse, « l’habitation se compose d’une seule salle d’école où le maître, sa femme et deux enfants habitent ». Lors du passage de l’inspecteur, « sa femme était accouchée de la veille dans le local de la classe »… En Saône-et-Loire, « la salle sert en même temps de grange, de chambre à coucher et de poulailler ». Comme le salaire versé à l’instituteur reste souvent misérable et qu’il est forcé, par ce fait, d’exercer plusieurs métiers de complément, cette situation présente pour lui quelques avantages : « Il lui est plus commode, dit Lorain, en faisant réciter le catéchisme, de verser une chopine aux buveurs, ou de battre sur la forme la semelle de chaussure qu’il débite pour le voisinage, ou de surveiller son pot-au-feu »[2]. Lorain signale nombre d’écoles où « les enfants sont entassés, serrés, de manière à ne pouvoir faire aucun mouvement ; un grand nombre est obligé de rester debout ou de s’asseoir par terre ». À Simiane, dans les Basses-Alpes, l’école est « une cave humide et basse, à peine éclairée par une étroite fenêtre». Une classe visitée par Lorain, dans l’Yonne, est « un affreux cloaque, petit, sombre, enfumé, où les enfants sont entassés ; les poutres et les solives vermoulues, qui menacent ruine, sont étayées de tous côtés. Il y a pour éclairer ce lieu infect une fenêtre, ou mieux, un trou de deux pieds ou un peu plus. » L’hygiène pâtit grandement de ces aménagement sommaires. Lorain cite nombre d’écoles dans lesquelles « les enfants sont obligés de faire leurs nécessités dans une rue adjacente ».

Un rapport de 1860, donc très tardif, décrit une école dans laquelle « une vieille écurie sans toiture, reste d’une loge à cochons, servait de water-closet. Le fond, couvert de détritus innommables, était heureusement traversé par une énorme poutre, jadis tombée du toit, et sur laquelle, à tour de rôle, venaient s’installer les gamins. Mais quand, sous les pluies d’orage, les cataractes du ciel faisaient du sol un étang boueux, et de la poutre un pont dangereux et glissant… Je n’insiste pas sur les désastreux plongeons qui en résultaient pour les écoliers. » Ces scènes cocasses nous laissent pantois, tant elles nous sembleraient absolument inconcevables, aujourd’hui. Et l’on peut quand même se demander quelle pouvait être la qualité d’un enseignement dispensé dans de telles conditions.


[1] R. Chartier, D. Julia, M. Compère, L’Éducation en France du XVIe au XVIIIe siècle, Sedes, 1976
[2] P. Lorain, Tableau de l’instruction primaire en France, Hachette, 1837

 

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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 10:23
Alors que le patrouillotisme* sévit un peu partout (même l'expert-comptable-chanteur Jean-Jacques Goldman a cru bon de rendre hommage aux militaires), il serait peut-être utile de rappeler les notions de base de la liberté individuelle : le pacifisme et l'ironie. Merci Rolland.

Une nouvelle que la presse locale a qualifiée de stupéfiante est tombée mardi soir sur tous les téléscripteurs : le drapeau tricolore avait disparu la veille même du 8 mai dans la petite commune de Saivres, à deux pas de Saint-Maixent, cité honorablement connue pourtant pour son école de sous-officiers de l’armée de terre ! Une véritable provocation que ressentirent cruellement tous les adjudants encore à jeun en cette matinée anniversaire de victoire. Le pénible spectacle d'un monument aux morts mis à nu s'offrait donc, tristement, indécemment, au passant ! 

Pire encore : la presse nous porte au comble de l'émotion en nous apprenant que le 14 juillet dernier des événements similaires s'étaient produit lors de la célébration du Bicentenaire ! A l'époque, un seul drapeau avait disparu, mais c'était un signe. 

La population de Saivres, nous dit le journal, s'était contentée de hausser les épaules ! Tout un village haussant les épaules, que voilà de bien piètres patriotes, qui se rendent au bistro sans autre forme d'indignation, alors que le symbole même de leur identité nationale a été proprement volé par un ennemi narquois !... Mais cette fois c'en est trop ! Finie la coupable indulgence ! « Maintenant on s'interroge », nous assure le quotidien local, et il est vrai qu'il y a de quoi ! Un drapeau volé, en pleine paix, la veille d'une telle commémoration, ça frise l'ultimatum, même pour ceux qui ne connaissent pas le latin. Du coup, voilà que dans ce Poitou profond dont les habitants ont arrêté les Arabes dès 732, on se souvient qu'il y a six ans « des vandales avaient arraché et replanté la tête en bas les croix des tombes ! » (sic). 

Ah ! les salauds !... ainsi on se donne de la peine à produire des cadavres patriotiques, présentables, qu'on enterre correctement, avec les croix dans le bon sens pour le cas où la grâce de Dieu viendrait à s'abattre providentiellement sur eux, et des vandales viennent sournoisement la nuit les retourner à l'envers pour qu'ils échappent aux récompenses auxquelles leur sacrifice leur a donné droit ! 

Je n'insiste pas sur l'ignominie de la chose : le maire a porté plainte. Notre ami Raymond Rageau, Poitevin originaire de la région et particulièrement pointilleux sur les questions d'honneur, est tellement indigné qu'il nous a fallu deux bouteilles complètes pour le remettre sur pied ! 

J'ai essayé de lui remonter le moral. Le poète Georges Fourest**, dans son immortel « Négresse blonde », envisageait lui aussi de « planter les fleurs des morts à l'envers », ayant remarqué que les chrysanthèmes ne produisaient de l'effet dans les cimetières que sur ceux qui les déposaient, et pouvaient donc voir les fleurs à l'endroit, tandis que les vrais destinataires étaient condamnés à n'en sentir que les racines. 

Il est vraisemblable que les drapeaux offrent la même particularité : ceux qu'ils émeuvent ne sont peut-être pas ceux dont les noms sont inscrits sur les monuments. En tout cas, et c'est ce que je viens d'écrire au maire de Saivres, il est peu probable que ceux de ses administrés qui gisent sous les croix à l'envers, en l'absence de tout drapeau, viennent se plaindre de ses services. 

Peut-être même, finalement, auraient-ils aimé qu'on le leur vole, le drapeau. Avant qu'ils ne se fassent descendre, de préférence, et quels que soient les vandales qui se fussent livrés à ce larcin. En tout cas, aux dernières nouvelles, ils n'ont, jusqu'à ce jour, émis aucune protestation. 

 

Rolland Hénault

("Articles 2001-1996" aux Editions de l'impossible)

 

* Arthur Rimbaud

** Georges Fourest (mort en 1945, qui se présentait avec le titre suivant : avocat loin la Cour d'Appel !) 

 

 

Fleurs des morts

 

Ô Chrysanthèmes, fleurs d’or,

fleurissez les pauvres morts ;

chrysanthèmes, fleurissez

pour les pauvres trépassés…

 

Mais, sous la terre enfermés,

ils ne connaîtront jamais

vos pétales embaumés (*)

dans leurs tristes monuments,

las ! Ils verront seulement

vos racines : c’est pourquoi,

sentimental, à part moi,

je songe, ô vivants pieux,

que peut-être il vaudrait mieux

planter sous les cyprès verts

les fleurs des morts à l’envers !

 

________________

* Il est bon de faire observer que les chrysanthèmes sentent plutôt mauvais. (Note de l’Auteur)

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1 novembre 2025 6 01 /11 /novembre /2025 10:28

Par nature, le terme de « con » est subjectif. Ce qui se vérifie devant les tribunaux, surtout ceux spécialisés dans le droit de la presse. Ainsi, dire de quelqu’un qu’il est un « gros con » peut valoir une double condamnation en cas de plainte. « Gros », c’est de la diffamation, mais cela peut encore se prouver, le surpoids demeurant une notion plus ou moins subjective. Mais « con », c’est de l’injure. Et il n’y a rien à plaider ; juste à demander combien on devra payer.

Bruno Fuligni, qui n’est pas la moitié d’un maluche, n’évoque donc, dans son dernier ouvrage, Les Politiciens les plus cons de l’Histoire, que des cons morts ; ceux qui ne risquent pas de le traîner devant les tribunaux. Mais ce pourrait être le cas de leurs descendants. Dans l’absolu, oui. Mais on voit mal ceux d’Ala ad-Din Muhammad II (1169-1220) venir lui envoyer du papier bleu. En effet, ce brave homme, accessoirement empereur du Khwarezm, en Asie centrale, faillit bien devenir un second Alexandre le Grand. En 1218, il conclut un traité d’alliance avec Gengis Khan en personne. Au premier la domination sur l’Occident et celle sur l’Orient pour le second. Du « win win », comme on dirait aujourd’hui. Sauf que cette andouille d’Ala ad-Din ne trouve rien de plus finaud d’aussitôt attaquer une caravane de Gengis. Ce dernier, pantois devant une telle boulette, lui envoie trois ambassadeurs, histoire de mettre l’affaire au clair. Et l’autre andouille en tue un et tond les deux autres, humiliation suprême. Résultat ? Le sens de l’humour de Gengis Khan étant singulièrement limité, il mobilise son armée et, deux ans plus tard, rase l’embryon d’empire khwarezmien. Avouez que c’est ballot.

Si on laisse le mot "con" de côté, avouons qu’il existe, malgré tout, des crétins objectifs ne pouvant que forcer l’admiration, tel Pierre-François Gossin (1754-1794), député conventionnel si légaliste qu’il n’hésite pas à travailler pour le compte des Prussiens occupant alors la Meuse. Plus tard condamné à la peine de mort pour haute trahison par ses amis révolutionnaires, il a la chance d’échapper à l’appel des suppliciés. Respectant l’autorité de la chose jugée, il descend de la charrette et monte tout seul comme un grand à l’échafaud. C’est ça, d’avoir le légalisme chevillé au corps, quitte à ce qu’il soit coupé en deux.

Pourtant, la bêtise n’exclut pas le manque de logique, tel qu’en témoigne l’entêtement d’un certain Ernie Chambers, élu du Nebraska, né en 1937 et athée militant. À tel point qu’il assigne Dieu en justice pour être responsable de « la mort, la destruction et la terreur généralisée de millions et de millions d’habitants de la Terre ». Mais la plainte n’est pas recevable, le tribunal faisant remarquer que le Tout-Puissant ne possède pas d’adresse officielle à laquelle faire parvenir l’assignation. Qu’à cela ne tienne, rétorque cet esprit fort : « S’il est omniscient, il aura forcément connaissance du courrier. » L’affaire est, depuis, au point mort. Surtout que personne n’a jamais compris pourquoi quelqu’un qui ne croyait pas en Dieu voulait lui intenter un procès. C’est-à-dire qu’il croyait à une entité dont, par ailleurs, il niait l’existence. Faudrait savoir.

Dans un registre similaire, l’entêtement idéologique n’est pas toujours bon conseiller, à en croire le funeste destin de Péter Vàlyi (1919-1973), ministre des Finances de la République de Hongrie. Voulant vanter les réussites de l’industrie locale, c’est en grande pompe qu’il visite le combinat sidérurgique Lénine, sis à Miskolc, trébuche sur une passerelle et se vautre dans un creuset empli de fonte en fusion. « Un confondu », note l’auteur, malicieux.

Et une petite dernière, pour la route. Qui se souvient encore d’Adolphe Pédebidou (1854-1925), député républicain des Hautes-Pyrénées ? Hormis son patronyme rigolo, il est connu pour avoir été le passager d’un train s’étant vautré dans le Clain, jolie rivière poitevine. Ce qui fait écrire à Bruno Fuligni : « Il est le seul parlementaire de l’Histoire mort noyé en chemin de fer. »

Ne reste plus qu’à attendre un prochain volume, consacré à notre actuel personnel politique. Il y a de quoi faire.
 

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