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11 juillet 2026 6 11 /07 /juillet /2026 10:47

Des dizaines, des centaines d’ouvrages paraissent en ce moment même, à l’occasion du bicentenaire de George Sand ! 
On en voit partout, dans les supermarchés, dans les librairies, dans les Mac’Do, dans les boucheries, dans les boulangeries, dans les pressings, dans les épiceries arabes, dans les brocantes berrichonnes, dans les vide-greniers creusois, dans les foires-expositions poitevines, dans les comices agricoles, chez les marchands de tracteurs, de moissonneuses-batteuses, chez les marchands de chaussures, chez les spécialistes en dessous chics, chez les spécialistes en dessous pas chics, à la SPA, à la MSA, à la SNCF, dans les commissariats, à l’Hôtel des Impôts… 
Et moi, pauvre de moi, qui n’ai encore rien écrit sur le sujet ! 
Rien ! Pas l’ombre d’une virgule ! (entre parenthèses, l’ombre d’une virgule, c’est pas grand-chose, pourtant !) 
De quoi j’ai l’air ? Oui, répondez franchement : de quoi j’ai l’air ? 
Je vais vous le dire, de quoi j’ai l’air : d’un attardé mental, tout simplement ! d’un dégénéré ! d’un pas fini ! 
Ça ne peut pas durer, voilà ce que je me suis dit. Et j’ai ajouté en mon for intérieur : « Tant pis, je balance, je lui avais promis le secret, à George, par un vieux souci de galanterie française, mais là je suis trop humilié. Je supporte plus. » 
Alors oui, j’avoue : j’ai été l’amant de George Sand ! 
Ça vous en fout un coup, hein, les gigolos ? les mâles les vrais, avec le brushing, les marques, les voyages exotiques et tout le toutim ! peut-être même le bowling, le branling !…  Et pourtant c’est vrai. 
Même que je suis parti en voyage de noces avec elle ! A Venise. 
Plus exactement, à Argenton-sur-Creuse, la Venise du Berry ! 
J’entends encore, le soir, le chant des gondoliers, le clapotis des eaux limpides derrière la gendarmerie d’Argenton, le doux roucoulement des sifflets des représentants de l’ordre… 
Et puis voilà, je me gondolais sur les eaux de la Creuse et je suis tombé malade, elle est allée chez le médecin, rue Auclert Descottes… J’aurais dû me méfier à cause du nom : Des Cottes, oui, tiens, sans la majuscule ! il s’en est vite débarrassé, des cottes à George… et moi tout seul comme un con avec le gondolier qui gueulait comme un veau ses canzonettas, ses librettos, ses italiâneries… et puis la voilà qui se raboule avec son toubib, et qui m’annonce froidement :

- Ecoute, Roro, faut pas m’en vouloir, mais je préfère le toubib, il connaît des spécialités, lui, il est pas toujours à me faire le coup de la bérouette berrichonne, un coup à l’endroit, deux coups à l’envers… il sait s’y prendre, il a étudié l’anatomie… il connaît même le kamasoutra dans sa version creusoise ! Avec la langue fourchue de Bourganeuf et l’orteil vibromassant de la Souterraine…  
J’essaie de l’attendrir, elle est romantique, après tout : 
- Je t’aime, George, je vais mourir d’amour, d’ailleurs, je cours chez Jardiland m’acheter un saule pleureur, t’auras ma mort sur la conscience… tu sentiras plus rien, avec un poids pareil, les agaceries du toubib, ça te fera plus aucun effet… 
Mais elle a été intraitable, George :
- Ecoute arrête de pleurnicher, tu me rappelles Mumusse, avec le coup du saule… T’as qu’à aller le voir, Alfred, et puis tu te fais pédé, vous filez tous les deux à Venise, en vous tenant par le petit doigt, ça fera pareil…
- Mais il est mort, Alfred de Musset ! et enterré !
- Le salaud ! pourvu qu’ils le coincent pas au Panthéon ! allez tchao Bambino… je retourne à Nohant, après j’irai à Passy, j’ai un pollack qui m’attend… Chaud Pin, il s’appelle, ça doit se mettre au féminin, un nom pareil… 

 

Rolland Hénault

("Articles Volume 3" années 2005-2001 aux Editions de l'impossible)

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11 juillet 2026 6 11 /07 /juillet /2026 10:42

"Valeurs actuelles" consacre ce mois-ci son hors-série à « La France de Gabin », à l’approche des 50 ans de la mort de ce grand acteur. Entretien avec Arnaud Folch, interviewé par Boulevard Voltaire.

B.V. Pourquoi avoir consacré un hors-série à Jean Gabin ?

Arnaud Folch. Si nous avons tenu à être les premiers à commémorer les 50 ans de la disparition de Gabin (1904-1976), c’est parce que celui-ci, en plus d’être, sans doute, notre plus grand acteur, faisant donc partie du patrimoine du septième art, incarne en réalité bien plus que cela : une certaine idée de la France et de ses valeurs. Dans le grand entretien qu’il nous a accordé, son fils Mathias le dit simplement : « Il n’y avait pas plus français que mon père. » Tout, chez Gabin, dans ses films comme dans la « vraie vie », respire en effet cette France enracinée et rabelaisienne en passe de disparaître. À l’heure du mondialisme et du wokisme, célébrer Gabin, c’est aussi, et peut-être d’abord, célébrer cette «France d’avant » qui ne doit pas mourir.

B.V. Quelles sont ces « valeurs » de la France d'avant, incarnée par Gabin ?

A. F. Comme le dirait Barrès, Gabin, dont la vie et la carrière ont traversé le XXe siècle, est un « homme de la continuité française ». Tout ou presque, chez lui, nous ramène à cette France traditionnelle et nostalgique : celle du terroir, du vieux Paris, de la camaraderie, des bistrots et des plats canailles. Comme le dit Clelia Ventura, la fille de Lino, dans un autre entretien que nous publions, c’était aussi, avant tout, un « homme d’honneur ». Ce qu’il était, également, dans la plupart de ses films, quels que soient ses personnages : soldat (La Grande Illusion) ou déserteur (Le Quai des brumes), ancien président du Conseil (Le Président) ou chef mafieux (Le Clan des Siciliens), souteneur (Pépé le Moko), industriel (Les Grandes Familles), ouvrier (La Belle Équipe) ou clochard (Archimède le clochard)…

Au contraire de la plupart des artistes de l’époque, Gabin s’était aussi engagé dans les armées de la France libre…

Gabin était viscéralement patriote. Alors qu’il était au sommet de sa « première carrière », il quitte la France occupée pour les États-Unis, puis intègre comme chef de char la 2e DB de Leclerc. De manière plus anecdotique, il ira jusqu’à se brouiller avec le réalisateur Jean Renoir, aux côtés de qui il avait tourné plusieurs de ses chefs-d’œuvre (La Grande Illusion, La Bête humaine…), après que celui-ci avait pris la nationalité américaine, ce qu’il considérait comme un « reniement ». Dans les deux cas, Gabin a fait passer son amour pour son pays avant sa carrière. Il le paiera, notamment, d’une longue traversée du désert après guerre, ne revenant au sommet qu’à partir de Touchez pas au grisbi, de Jacques Becker, en 1954.

B. V. Peut-on le qualifier, comme son ami Audiard, d'« anar de droite » ?

A. F. Assurément. Lui-même se définissait, en privé, comme un « royaliste anarchiste ». Mais personne – pas même sa famille ! – n’a jamais su pour qui il votait, ou ne votait pas. Il est vrai que l’homme comme l’acteur, toujours indissociables, ont systématiquement refusé de donner des leçons de morale ou de s’afficher. C’est dire si, comme l’a écrit son biographe André Brunelin, il se sentait « comme déraciné dans ce milieu du spectacle qu’il ne considéra jamais tout à fait comme le sien ». Il évoluait d’ailleurs en marge de ce monde…

Ce grand pudique vivait cloîtré, entre ses tournages, dans son domaine agricole de Normandie, au milieu de ses vaches et de ses chevaux, refusant même d’assister aux premières de la plupart de ses films ! Quant à ses enfants, c’est dans une modeste pension de famille en Bretagne, avec salle de bains sur le palier, qu’il les emmenait en vacances en juillet. Non par radinerie – Gabin n’a cessé, caché, de faire preuve de générosité – mais parce que, comme il le disait, « le pognon, ça se gagne. Et on n’est rien tant qu’on n’a pas prouvé par soi-même.»
 

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11 juillet 2026 6 11 /07 /juillet /2026 10:36

La Sécurité sociale soutient une proposition de loi « visant à interdire la vente de tabac à une classe d’âge », qui a été déposée à l’Assemblée nationale. Elle se dit « favorable à la création d’une génération sans tabac, à l’image du Royaume-Uni qui, en 2026, a interdit la vente de cigarettes à toutes les personnes nées après le 1ᵉʳ janvier 2009 ». À l’instant t, cela ne changerait pas grand-chose, puisqu’en France, la vente de tabac est interdite aux mineurs. Après leur majorité, à 30, 40 ou 50 ans, la donne serait en revanche différente, puisque les personnes concernées ne seraient toujours pas libres de fumer si l’envie leur en prenait ou, tout du moins, d'acheter du tabac. La Sécurité sociale se moque du tiers comme du quart de l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », et entend bien priver toute une génération d’un produit légal.

Les trafiquants, contre lesquels les pouvoirs publics semblent tout à fait impuissants, s’en frottent certainement déjà les mains. Mais au-delà du fait que cette interdiction pourrait faire augmenter considérablement la contrebande et le trafic, il convient de se demander s’il est tout à fait normal que l’État s’immisce ainsi dans la vie privée des Français. Cela ne présage, en tout cas, rien de bon, car sous couvert de politique de santé publique, tout est possible. Loin de nous l’idée d’être complotiste, mais il faut tout de même imaginer la suite… Une personne de la génération sans tabac qui fumerait quand même sera-t-elle prise en charge si elle contracte une affection liée à son tabagisme ?

Il en est de même pour l’alimentation, un autre terrain sur lequel l’assurance maladie s’engage. Elle plaide en faveur de la généralisation et de l’obligation de l’apposition du Nutri-Score sur les aliments emballés et préconise d’« ajouter une information sur le caractère ultra transformé du produit ». L’information puis… l’interdiction ? C’est ainsi qu’il en est avec le tabac, alors pourquoi pas avec le reste ?
 

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11 juillet 2026 6 11 /07 /juillet /2026 10:31

Le 26 septembre 2022, trois explosions endommageaient gravement les gazoducs Nord Stream I et II au large de l’île danoise de Bornholm, dans la Baltique. Des fuites massives de gaz sont observées. Les enquêtes menées par l’Allemagne, le Danemark et la Suède concluent rapidement à un sabotage délibéré impliquant des explosifs. Moscou dénonça une attaque terroriste, réclamant une enquête conjointe, en vain. Copenhague et Stockholm annoncèrent en 2024 classer l’affaire sans suite.

Pourtant, un suspect est arrêté en août 2025 en Italie. Il se nomme Serhiy Kuznietsov et il est ressortissant ukrainien. Âgé de 50 ans c’est un ex officier de l’armée ukrainienne et un vétéran du SBU. C’est lui dont l’inculpation vient d’être annoncée ce 2 juillet 2026 par le parquet fédéral allemand, qui a franchi là une étape décisive.

Selon l’acte d’accusation, ce suspect a coordonné l’opération depuis un voilier de location, l’Andromeda. Des plongeurs ont posé des charges explosives sur trois des quatre conduites des pipelines, « à la demande des autorités ukrainiennes ». Suivant « un plan visant à détruire les gazoducs » afin d’empêcher durablement les livraisons de gaz russe et de priver Moscou de revenus destinés à financer son effort de guerre.

Le procès est attendu à l’automne devant le tribunal régional de Hambourg. L’Ukraine a démenti toute implication étatique. Volodymyr Zelensky a indiqué attendre les détails complets avant de réagir officiellement.
Ce rebondissement judiciaire jette une lumière crue sur les dérives du « journalisme d’affirmation » qui domine les plateaux et ne cesse d’asséner ses certitudes sur la tragédie ukrainienne.

Cette affaire révèle plusieurs faiblesses structurelles : d’abord, l’absence de pluralisme réel sur les chaînes principales, permettant au narratif dominant de maintenir sa mainmise sur les esprits. Dans un même temps, la disqualification immédiate des sceptiques, pour les exclure du champ de la parole acceptable. Enfin, le refus de se corriger, notamment après plusieurs enquêtes du Washington Post, du Spiegel ou encore du Wall Street Journal en 2023/2024, qui pointaient déjà les responsabilités de Kiev. Une cécité médiatique qui empêche la France d’avancer vers une issue raisonnable au conflit.
 

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30 juin 2026 2 30 /06 /juin /2026 08:04

Elle n'était pas effacée, elle était même très présente dans cette maison pleine d'objets, de tapisseries, de fleurs, de tissus, sans parler du jardin garni de vasques, perchoirs, bouquets, gravillons... Elle naviguait au milieu comme un capitaine.

Elle a lâché la barre le 16 juillet à midi à l'hôpital de Châteauroux. On nous a rendu ses affaires dans un sac en plastique. Les employés des Pompes funèbres ont serré les boulons du cercueil dans une sorte de balai presque comique, le premier posait la vis, le second tournait ensuite une petite manivelle tandis que le premier passait au trou suivant, tout cela dans une synchronisation parfaite.

Sur le couvercle, il y avait une plaque avec le nom et la date de naissance, mais pas de cédille pas d'accent aigu parce que la machine à l'atelier était neuve et personne n'avait su s'en servir.

Maintenant, le bateau n'a plus de capitaine, il va pouvoir sombrer dans le temps sans faire d'histoires.

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28 juin 2026 7 28 /06 /juin /2026 09:02

 

Jean-Michel Auxiètre est né le 20 juin 1938 à Préveranges (Cher), il est titulaire d'un DESS de Psychologie Clinique et d'un Doctorat en Lettres Modernes, il a déjà publié onze ouvrages chez L’Harmattan, dont quatre dans la collection «Cabaret ».

Amateur de chansons françaises dites « engagées », il ne pouvait être insensible à l’œuvre de Rolland Hénault et Élizabeth Gillet. Son regret : ne pas avoir rencontré ces artistes libertaires quand ils se produisaient sur les scènes berrichonnes et dans les cabarets de Paris.

 

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28 juin 2026 7 28 /06 /juin /2026 08:52

Onfray vient de publier son 147e titre. Il est cette fois-ci consacré à Proudhon, ce vieil adversaire de Marx. À moins cependant que ne manque à notre décompte quelque chef d'oeuvre emporté par le tsunami continu des publications consacrées par Onfray à l'un des sujets que, par extraordinaire, le polymathe caennais n'aurait pas encore, sinon traités, du moins abordés en galopant… 
Étant entendu que, dans la Grande Encyclopédie du Savoir Superficiel et de la Critique expéditive que l'humanité doit à Onfray, on peut passer par pertes et profits l'argumentation (généralement inexistante), la pondération (ordinairement proscrite), et l'érudition (jugée fastidieuse et carrément superflue), il est donc probable que le lecteur de ce billet trouvera trop long le résumé de la Pensée Onfray que nous avons l'audace de lui présenter ci-dessous. Il est méthodologiquement emprunté à Pifou (« Glop, pas-glop, c'est ça la dialectique! », disait-on dans ma jeunesse…), si bien que l'on peut ainsi présenter les choses :

Dans la colonne « Glop, glop, Onfray ! », on placera Camus, les Girondins, Proudhon, de Gaulle, et surtout Onfray lui-même.

Dans la colonne « Pas-glop, pas-glop! », on glissera sans pitié Sartre et Beauvoir, Rousseau, Robespierre, Hegel, Marx, Engels, Lénine, et surtout Freud, ces Affreux Absolus aux yeux de notre Commentateur polygraphe.

Un petit Glop d'honneur cependant est décerné par Onfray à Épicure, Lucrèce et Spinoza. À condition toutefois de détacher soigneusement ces grands matérialistes de l'histoire générale de la rationalité critique…

Ajoutons à cela l'art onfrayiste consommé de l'imprécation, de l'affirmation péremptoire, ainsi que l'extraordinaire faculté de notre auteur à dilater le propos et à noircir le papier sans jamais pour autant préciser la démonstration…

Il n'y a guère présentement sur le marché capitaliste de la philosophie contemporaine que BHL qui puisse rivaliser avec Onfray en matière d'agressive vacuité et il est vrai que, dans un style encore plus martial et anticommuniste (il faut le faire !) que celui de son rival normand, ce Second Grand de la philo médiatico-compatible n'a que mépris lui aussi à l'égard des contributions que les sciences contemporaines pourraient apporter à la réflexion philosophique en physique, en cosmologie, en biologie, en économie, en sociologie, ou, plus simplement, en matière de lecture instruite du corpus philosophique classique : mais prendre appui sur de telles recherches serait sans doute barbant et peu vendeur…

Pourtant le « public cultivé » (?) évoque spontanément Lévy et Onfray quand on lui demande de citer des philosophes contemporains; alors que presque plus personne, y compris nombre de jeunes profs de philo, ne connait seulement le nom du plus grand philosophe marxiste français de l'après-guerre, à savoir Lucien Sève…

Les ténèbres s'épaississent, l'ombre de la guerre s'étend sur le monde, mais, amis et camarades, ne comptons pas trop sur les deux Papes de la philodoxie contemporaine pour y refaire scintiller quelque luciolette que ce soit.
 

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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 09:22

À l’heure où s’ouvre la grand-messe planétaire du ballon rond version « rêve américain », il faut saluer la remarquable cohérence morale du système médiatique occidental. D’un côté, la Russie est bannie des J.O. au nom des « valeurs»; de l’autre, les États-Unis sont promus hôtes d’une Coupe du monde censée célébrer l’unité des peuples. Cherchez l’erreur!

Car enfin, de quelles valeurs parle-t-on ? Celles d’un Empire étasunien qui assiège Cuba socialiste depuis plus de soixante ans ? Celles d’une puissance qui bombarde, sanctionne et déstabilise à tour de bras, de l’Iran au Proche-Orient tout entier, qui méprise ouvertement l’O.N.U. et qui arme et finance sans relâche les massacres en cours à Gaza et au Liban ?

Mais qu’importe, nous dit-on, car « le sport doit rester apolitique ». Belle neutralité à géométrie variable qui exclut certains États tout en déroulant le tapis rouge à d’autres, pourtant lourdement impliqués dans des politiques  susceptibles d’allumer à tout moment la troisième guerre mondiale de la Baltique à la Corée en passant par la mer de Chine! La F.I.F.A., comme le C.I.O., excellent du reste dans cet art subtil : moraliser et sermonner quand cela arrange le maître yanqui désireux de diaboliser ses rivaux systémiques, mais fermer les yeux pudiquement quand cela rapporte gros. Surtout si cela permet en outre de présenter sous un jour « festif » le pays du tyran global Donald Trump!

Et pendant ce temps, le football pro parachève sa mue en industrie mondialisée. Un bizness qui attire les milliardaires, transforme les clubs en marques et les joueurs en actifs financiers. Le supporteur ? Un client que se disputent les politiciens locaux. La passion ? Un produit. La « teuf » ? Un marché qui tourne mal à la première étincelle…

Quant à ses manifestations bien concrètes, elles ont un goût nettement moins festif pour les populations paupérisées. Sans sortir de l’Hexagone, chaque grande compétition footballistique ou presque se traduit par des centres-villes quadrillés, des cortèges encadrés et des milliers de CRS mobilisés à grands frais pour contenir les débordements prévisibles d’un spectacle qui se prétend populaire mais qui s’organise comme une opération de maintien de l’ordre. Drôle de fête, en effet, où la ferveur s’accompagne souvent – on l’a vu deux fois coup sur coup dernièrement à Paris – de vitrines brisées et de déploiements policiers massifs (avec d’énormes coûts pour la collectivité alors qu’il n’y a plus un radis pour nos hôpitaux!).

Alors oui, on peut regarder les matchs, vibrer pour un beau but, s’émouvoir d’un exploit. Encore faut-il ne pas être dupe de ce qui se joue derrière le rideau: un deux poids deux mesures politicien cyniquement assumé et une marchandisation totale du sport.

 

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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 09:16

"Cette semaine, dans mon collège, c’est la Semaine Bonheur. Doit-on en déduire qu’on y est malheureux tout le reste de l’année ?

La journée s’ouvrait, à 7h55, par une activité désopilante intitulée « Tu danses pas, tu rentres pas ». Un baffle diffusait de la musique et les élèves devaient entrer en dansant dans l’établissement. Évidemment, ils ont peu dansé… Pourtant, l’affiche était engageante, et rédigée dans une langue accessible aux élèves : «Au portail, à l’entrée du collège, seul ou en groupe. Montres nous tes talents de danseurs. » (sic) Voilà, voilà. Tout le monde est tenu de trouver tout cela «très sympa ». Aucun manque d’enthousiasme n’est toléré.

Je suis sûre que vous brûlez d’impatience de découvrir les animations de la semaine. Nous allons alterner tournois de baby-foot, chorégraphies, jeux de société, mandalas bonheur, pétanque, football... Demain, nous sommes censés venir avec une « tenue flashy », mercredi avec un sac détourné, jeudi avec des «chaussettes fun », dépareillées par exemple, et vendredi avec des « lunettes originales ». Je crains que les enseignants et surtout les administratifs ne continuent de se décrédibiliser en étant à peu près les seuls à suivre cette feuille de route… La sonnerie a été échangée aujourd’hui contre Happy, de Pharell Williams. La journée va être longue. J’ai hâte de découvrir les sonneries des autres jours de la semaine !

Les objectifs affichés sont « valoriser les comportements positifs et améliorer le climat de l’établissement », et aussi « favoriser la citoyenneté, l’engagement, la coopération et l’autonomie ». Pour cela, on nous demande de supprimer les devoirs à la maison, de ne pas programmer d’évaluation et de tamponner à chaque heure de cours les fiches de classe permettant aux élèves de remporter les « challenges » et les défis collectifs. Quelles récompenses leur propose-t-on? « Choix d’une playlist à la récréation, choix d’un dress-code pour une journée, choix de la sonnerie du jour, choix d’un repas à la cantine. » Évidemment, à toutes les récréations seront vendues des confiseries et la CPE attendait déjà les élèves, ce matin, à la grille, avec le panier en osier des anciennes ouvreuses de cinéma, rempli de paquets de Haribo™.

Outre qu’on n’est pas « sympa » si on n’utilise pas de franglais, quelle leçon tirer de tout cela ?

Quelle image du bonheur offre-t-on à nos élèves ? Le bonheur, ce serait ne pas travailler, ne rien apprendre, danser, manger des sucreries et, surtout, imposer ses choix et ses goûts aux autres. Le bonheur, ce serait donc la tyrannie ?

Bien évidemment, cela ne fait pas l’unanimité parmi la gent enseignante, qui se divise entre béato-enthousiastes, sceptiques et franchement hostiles. Les rangs les plus fournis sont ceux du dernier groupe, mais personne n’a tenu compte, dans le processus pseudo-démocratique qui a été suivi pour l’organisation de cette semaine, des remarques et réticences des enseignants, qui sabordent donc allègrement le projet en sous-main. Quelle hypocrisie que tout cela ! La plupart de mes collègues s’entêtent à essayer de mettre les élèves au travail, au milieu des ballons, des guirlandes, des Dragibus™ et des parties de baby-foot… Nous allons sortir de cette semaine encore plus épuisés nerveusement que d’habitude ! Mais nous serons tellement heureux !

Enfin, ils ont quand même prévu de la langue de bœuf à la cantine, parce qu’il ne faudrait tout de même pas oublier qu’on est à l’école ! On n’est pas seulement là pour rigoler ! On est aussi là pour apprendre à manger équilibré."

 

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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 10:31

Concurremment à ses aspects argotiques, grossiers, brutaux ou scatologiques (bosser, bouffer, baiser, déconner, chier, faire chier, emmerder, s'emmerder, être dans la merde, dégueulasse, etc.), le français contemporain le plus usuel présente aussi - pour compenser, peut-être - de fortes composantes résolument gnangnan, empruntées au vocabulaire des bébés, ou des personnes qui s'adressent aux bébés dans la langue qu'ils sont censés comprendre ou aimer.

Autant que les papas et les mamans, autant que les papys et les mamies, prospèrent entre nous les bises et surtout les bisous, qui jadis étaient réservés aux séances infantiles de guili-guili autour des berceaux populaires, et qui ont sauté de là dans tout le corps social, prolétarisé à la fois et infantilisé.

On n'est plus à l'abri nulle part, de nos jours : bises et bisous s'abattent sur nous au bas de toutes les lettres et toutes les cartes postales, de la part des personnes les plus inattendues, et dont nous ne savions pas que nous étions avec elles dans une intimité si étroite. Les secrétaires envoient de la Guadeloupe des bisous à leurs employeurs, les petits-enfants à leurs grands-mères très distinguées (qui en étaient un peu surprises, forcément, au début), les lecteurs à leurs écrivains favoris et les amoureuses à leurs amoureux, bien sûr, même dans le meilleur monde (ou dans ce qu'il en reste) ; bientôt ce seront les généraux à leurs soldats, les détenus à leurs avocats, les évêques à leurs derniers prêtres, les contribuables à leurs percepteurs. Nous ployons sous la bise et croulons sous le bisou.

"Dérivé régressif" dit de bise l'imperturbable Alain Rey. On jurerait qu'il ne croit pas si bien dire, s'il ne pesait si bien ses mots.

 

Renaud Camus ("Répertoire des délicatesses du français contemporain" -P.O.L Editeur)

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