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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 10:49

Chapitre important

- C'est important parce que, tu vois la fenêtre du palier, entre la salle de télé et l'amphi... eh bien on croit que c'est là qu'ils disparaissent, nos bons vieux, nos chers bons vieux, nos bons vieux du bon vieux temps jadis...

- Allons c'est pas le moment de s'attendrir, mon vieil ami! Ainsi va la vie... tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse...

Je sais pas si c'est bien un bon proverbe, pour les circonstances...

 Si!...

- C'est par là qu'ils se cassent... t'as compris. Et voilà le problème où il se situe, géographiquement je veux dire.

 Seulement, il suffit pas de le situer géographiquement, le problème, il faut le résoudre. Et il est là, énorme, terrifiant dans sa simplicité rustique, presque incroyable tellement c'est énorme : en 1995, près de Guéret dans la Creuse (23), dans l'Etablissement répertorié au registre du Commerce sous l'appellation "L'Eternel Repos", des vieillards disparaissent. Exactement, huit depuis un mois!

 Une catastrophe!

 Une calamité agricole! Sauf qu'elle est commerciale.

- La terre nourrit plus son homme, ça on le savait depuis longtemps, mais voilà que la crise frappe le tertiaire!

 Arnesse est quasiment sinistré, il a perdu huit clients sûrs, attachés à leurs fauteuils, branchés sur leurs télés.

  Huit. Deux fois quatre. Ou, si l'on préfère, quatre fois deux!

 C'est un chiffre, huit. Si vous le multipliez par huit mille, mettons, qui est le tarif mensuel de la pension, ça fait combien? Ca fait 64000.

 Enorme. A la ligne.

 Arnesse court à la faillite ! Il faut arrêter l'hémorragie, vite, faisons quelque chose!!!... mais quoi ?... Je vous le demande, vous répondez pas. Evidemment, c'est pas facile... D'abord il faut pas prévenir la police, ça énerve les vieux, ça énerve les jeunes, ça énerve tout le monde. Il faut JAMAIS prévenir la police, je le répète dans tous mes polars, même les plus mal foutus, la police au poste de police et les vaches seront bien gardées.

 Il faut agir seuls. En francs tireurs. Que deviennent ces disparus? On n'en sait rien. C'est le propre des disparus, d'ailleurs, inutile de s'attarder, quand un disparu disparaît, on ne sait JAMAIS où il est ! Sinon, ce serait un rescapé, un mort, un blessé, un fou, un amnésique, un insomniaque aveugle qu'a pas vu qu'il faisait jour, mais ce serait pas un disparu. Très bon raisonnement.

 Second point: par où disparaissent-ils ? Par la fenêtre du premier, on l'a déjà dit.

 Comment on le sait  ? On a retrouvé des morceaux de bretelles, des charentaises, des vieilles montres de vieux, des vieux mouchoirs de vieux, à carreaux (les mouchoirs, les vieux sont unis, juste un peu mouchetés à cause des taches qui prolifèrent sur les peaux de vieux, c'est pas grave) à cause du tabac à priser de vieux, à cause des vieilles médailles du travail qu'on a retrouvées, à cause des photos de vieux, jaunies, à cause des cachous Lajaunie, à cause des bandages herniaires de vieux, à cause des cartes d'anciens combattants, c'est pas difficile, un vieux quand ça disparaît par le premier étage, ça laisse échapper plein de souvenirs de vieux, le Petit Poucet à la place c'est un rigolo avec ses caillasses blanches, on voit que c'est un jeune, sans souvenirs de vieux.

 Si vous voulez, on appellera tous ces objets hétéroclites, des indices, ça fera plus polar, tout le monde sera content.

 Nous voilà donc en présence d'indices, nombreux, variés, diversifiés, conduisant tous à des pistes. Mais les pistes c'est une façon de parler, car il faut trouver les messages qui indiquent maintenant la direction à prendre. Et ils sont pas inscrits sur des panneaux, les messages. C'est pas comme le rallye que vous avez fait avec toute la joyeuse équipe des employés du bureau, à la Sécu.

Ah là c'était facile, on monte dans la R5, on fait équipe avec Ginette, celle qu'a les gros seins,  la mini-jupe, et on se dit :

- Comme elle est myope, je vais faire semblant de passer une vitesse, je confondrai sa jambe avec le levier et hop c'est dans la poche!... Elle avec ses binocles, elle fera semblant d'être occupée à chercher les messages, elle me dira : Regarde! Marcel, y a un papier dans l'herbe, là... viens on descend, c'est la piste, et alors la Ginette elle se penche tellement qu'elle tombe à la renverse, je raconte pas la suite, allez vous la faire, la Ginette, moi je la connais, en tout cas, quand vous vous relevez, sur le papier il y a marqué : "continuez, vous êtes sur la bonne voie"...

(On peut raconter ça aussi au féminin, c'est la fille qui pilote la R5, tout d'un coup elle confond les vitesses avec la braguette, elle empoigne l'engin, elle dit: - "Michel, faut descendre, la première passe plus, faut que tu m'arranges ça...."

 Le papier c'est le même, à la fin tout le monde en voiture. Ca vous va, mes biches ?)

 Arnesse a étalé les indices sur une longue table, dans la salle n°62, celle où on met le rabe de cadavres, en hiver, en attendant que l'amphi se désengorge. On est là, les bras ballants, le cerveau en veilleuse. Des indices comme ça, ça sert à rien.

 Je lui dis franchement à Arnesse:

- Tous les vieux ont des saloperies comme ça dans les fouilles... c'est très conservateur, un vieux, ça croit que le paradis est mal achalandé en articles anciens. Ca a toujours peur de manquer. C'est à cause de l'Occupe, qu'ils ont bien connue, du Marché Noir, et puis c'est une manie aussi, ils s'accrochent au temps qui passe. Seulement c'est pas avec une vieille paire de bretelles d'occasion qu'ils vont le retenir, le Temps. Il se laisse pas attraper comme ça !

 Même les plus grands poètes ont essayé. En lui causant directement, des fois, et dans un sacré langage, autrement torché que le patois de la Haute Corrèze ou le baragoin de la Basse Marche !!! J'entends encore Lamartine, Alphonse de, à genoux, suppliant..."Suspends ton vol!..." qu'il lui dit, au Temps.

 Il a mis toutes les chances de son côté, une majuscule grosse comme ça,  le tutoiement noble, des sanglots dans la voix, le "ô" avec le petit chapeau pour que les courants d'air l'envolent pas... Rien! absolument rien. Aucun effet.

 Alors Alphonse, il remet ça, au pluriel du coup!  "...et vous heures propices, suspendez votre cours"...

 Emploi du pluriel, voussoiement, répétition insistante sur la nécessité de suspendre, rien qu'un moment... et le vol qui devient le cours !... il a fait le maximum, Alphonse, et que dalle!...

 Il est passé quand même, le Temps, facile, comme à l'accoutumée !...

 Je vais vous dire, s'il est aussi insensible aux spécialistes en poésie, et s'il s'arrête pas, le Temps, c'est pas devant le père Gustave ou la mère Gusse qu'il va seulement ralentir. Alors ça rime à rien ces vieilleries... Seulement Arnesse, il est coriace :

- Tu raisonnes en nocif... t'es pas en contact tous les jours avec les viocs....

- En novice, tu veux dire?...

- M'interromps pas inutilement... ces objets, à mon avis sont placés là pour embrouiller l'esprit des fins limiers que nous sommes... ils sont interchangeables, certes, et on le sait qu'ils sont passés là, les bi-centenaires... sauf si des fois, c'était une ruse des kidnappistes....

- Kidnappeurs, tu veux dire?... ah ça c'est un élément intéressant...

- Tu vois à mon avis, il y en a trop, des indices. Quand il y a trop d'indices, c'est plus des indices, c'est des objets parmi d'autres. Ca n'a pas de sens. Ou plutôt si. C'est pour nous enduire...

- ... En erreur, tu veux dire?...

- Nous enduire ou nous introduire, c'est l'un ou c'est l'autre, peut-être les deux, en tout cas, y a pas à sortir de là... Raisonnons. Es-tu prêt?

- Absolument...

- Alors voilà ce que j'ai cogité... les vieux  sont pas passés par là...

- Ca change peu de choses dans l'écheveau déjà très emmêlé de cette affaire tordue...

- Si!

- Explique toi, ami!

- Eh bien voilà !... les vieux se sont barrés par la grande porte, un à un, deux par deux, trois par trois, en colonnes, je sais pas, mais ils sont partis par la porte... Sinon, du premier étage, ils se seraient brisé les côtes, rompu les os, ratatiné les rotules...

- qui ondulent...

- Le sternum...

- Qui s'dégomme...

- Les tibias...

- Raplaplas...

- Ecoute, je crois que tout le monde connaît, on va revenir au sujet. Je te fais la note de synthèse, comme au concours de Directeur de Maison de Correction des Vieux. Voilà : huit vieux mettent les adjas, en trois fois, on laisse, trop apparents, des faux indices pour envoyer les flics sur une fausse piste, afin qu'ils fassent fausse route, trouvent de faux arguments pour conclure à de fausses disparitions. Pour moi, c'est la vraie faillite il faudra que je retourne aux faux billets, ça fait trop de faux... Ma conclusion personnelle ? L'ennemi est dans la place. Qui ? c'est à nous de trouver....

- Ne peut-on point imaginer l'espace d'un court instant, d'une brève supputation, disons, que ces créatures aux noms charmants et si court vêtues, en aient eu marre un beau jour, de tous ces vieux salingues qui leur tripotent l'entrecuisses avec leurs grosses pattes poilues pleines de toiles d'araignées, de mites, de pustules...

- Je t'en prie, n'insulte pas le quatrième âge...

- Excuse-moi, tu sais que j'ai mon franc parler. Les filles en ont marre, c'est normal, elles raccourcissent légèrement l'espérance de vie de ces vieux sagouins qui les harcèlent sexuellement...

Arnesse a pris un air soucieux, mais il n'est nullement ébranlé.

- Tu commences à faire fonctionner tes méninges, c'est encourageant, mais vois-tu, il faut aussi expliquer que parmi les huit enlèvements, il y a tout de même quatre vieilles, qui n'ont jamais tripoté les belles infirmières...

- C'était peut-être quand même des chieuses...

- Assurément !... mais l'argument n'est pas suffisant... et puis, ces infirmières sont hautement spécialisées, je t'ai expliqué bac+8, 10 parfois, non, elles ont la vocation, elles aiment les vieux d'un amour profond, essentiel, presque pathologique...

- Alors il faut encore changer de chapitre puisqu'on n'est pas sur la bonne piste.

- Ca me paraît indispensable pour la clarté de la démonstration.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 10:47

 

Selon des chiffres officiels, qu’on peut donc raisonnablement considérer comme sous-estimés, huit millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté. S’ajoute à cette imposante masse de misère celle, non moins importante, qui végète légèrement au-dessus de ce seuil et dont les conditions de vie n’ont sans doute que peu de rapport avec celles du premier depardieu venu. Droit à une vie décente…

Le nombre de sans-abri, difficile à établir précisément, est estimé à 133 000, dans le même temps où l’on dénombre, à des degrés divers, dix millions de mal-logés. Droit au logement…

Parmi les organisations humanitaires, à eux seuls les Restos du cœur en sont à distribuer 115 millions de repas par année à des personnes à qui il serait sans doute indécent de parler de diététique. Droit à se nourrir…

Plus de trois millions d’individus sont inscrits au chômage. Droit au travail…

Garderons-nous de ce temps bien singulier le souvenir de manifestations de rue, avec des ministres, pour soutenir un droit sans doute légitime et d’ailleurs promis à être reconnu bientôt sans problème ? Tous égaux, vraiment ?

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 10:42

Trois acteurs de la billetterie viennent d'être condamnés à une amende de 9,3 millions d'euros pour avoir notamment tenté d'évincer un concurrent « pure player ».

Selon l'Autorité, « la Fnac, France Billet et Ticketnet ont accordé leurs violons sur le montant des commissions demandées aux producteurs afin qu'elles soient les plus élevées possibles. » Elle donne pour preuve des e-mails échangés entre les différents protagonistes. Ainsi celui d’un responsable de Ticketnet en mars 2007 : « Nous sommes arrivés à augmenter les droits de location pour Aida à Bayonne. Nous avions avec Cathy C. [responsable de la billetterie Fnac/France Billet pour la région Sud-Ouest, NDLR] proposé les mêmes conditions qui ont été acceptées. » Cette pratique s'exerce aussi bien sur des concerts d'artistes internationaux que sur des festivals régionaux.
Des pressions sur les producteurs de spectacles

 

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 10:39

Souvenez-vous ! Le 11 août 1999 avait lieu une éclipse totale de soleil. C’est à cette date que le couturier Paco Rabanne, dans un livre délirant, « 1999, le feu du ciel », avait fixé la fin du monde, provoquée par la chute de la station spatiale Mir, à 11 h 22, sur le château de Vincennes.
Les médias firent alors grand cas des déclarations extravagantes de ce personnage et tentèrent de décrocher, alors que Paco Rabanne restait introuvable, l’interview qui ferait des lecteurs ou de l’audience.
On apprend aujourd’hui que le village de Bugarach (110 habitants), censé survivre à une énième fin du monde prévue vendredi par quelques abrutis, accueille 250 journalistes, venus du monde entier.
Qui va le plus mal, les cinglés de l’apocalypse ou le monde des médias ?

Le Blog

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 10:35

Il y a un an, le gouvernement Fillon a autorisé par arrêté la revente de fréquences mobiles. Une autorisation qui a ensuite permis à SFR d'économiser 163 millions d'euros d'impôts...

Il y a exactement un an, SFR a discrètement fusionné avec Vivendi Telecom International (VTI). Cette holding, filiale à 100% de Vivendi, détenait les investissements de Vivendi dans les télécoms hors de France (Maroc, Pologne, Espagne, Kenya...), qui ont tous été vendus, sauf le Maroc. En pratique, c'est VTI qui a absorbé SFR le 12 décembre 2011.
Visiblement, l'intérêt de cette opération complexe était avant tout fiscal. En effet, SFR engrange de copieux bénéfices, tandis que VTI avait perdu beaucoup d'argent, et donc disposait d'importants déficits fiscaux (452 millions d'euros). Fusionner les deux sociétés a permis d'imputer les pertes de VTI sur les bénéfices de SFR, et par là de réduire les bénéfices du nouvel ensemble, et donc les impôts payés. Selon les comptes de SFR, cette fusion a eu fiscalement "un impact de 163,2 millions d'euros" -autrement dit, elle a permis de réduire d'autant l'impôt payé.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 10:33

> Les guerres auto-génératrices des États-Unis - Peter Dale Scott
> Le grand défi politique : empêcher que la Pax Americana dégénère en conflit mondial majeur.
>

>
Intrigues d'élites : « C'est pas une histoire de sexe, andouille ! » - James Petras
> Quand les pontes de la sécurité US tombent pour des histoires d'adultère.
>

>
Gaza : La stratégie de la terreur - Luc Vancauwenberge
> Quelques faits concrets et effrayants sur la plus grande prison à ciel ouvert.
>

>
Pourquoi la taxe sur les millionnaires est au cour de la démocratie - Marc Vandepitte
> N'en déplaise à Gérard Depardieu...
>

>
La Haye : Les deux derniers clous dans le cercueil de la justice internationale ? - Georges Berghezan
> Tribunal de la justice sélective et de l'impunité ?

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 10:30



Cher(e) ami(e),

Je vous ai alerté dernièrement sur le sort des animaux qui n'ont pas trouvé de famille pour les adopter avant les Fêtes !

Ce ne sont malheureusement pas les seuls qui seront plongés dans la détresse durant cette période, et la vague d'abandons qui se prépare me fait craindre le pire.

En effet, juste après les fêtes, comme chaque année, des centaines de propriétaires irresponsables abandonneront les chiots ou les chatons offerts à Noël !

Sans vous, comment pourrons-nous à la fois accueillir ces nouveaux pensionnaires et continuer de nous occuper de nos vieux amis ?

Nous ne pouvons pourtant pas fermer nos portes à ces malheureux ! 

En cette période de partage, je ne peux donc que m'en remettre à votre générosité, car c'est votre don qui nous permettra de Sauver, Protéger et Aimer tous ces petits compagnons en fin d’année !

Mais n'attendez pas pour agir : il y a vraiment urgence !

> Faire un don maintenant

Je vous remercie d'avance.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 10:25

Le fisc français a visiblement les géants de l'Internet dans le collimateur. Après Google, Microsoft, Amazon, eBay..., c'est la filiale française de Yahoo qui fait l'objet d'un redressement fiscal. Le fisc a mené un raid chez Yahoo France -apparemment au printemps 2011-, puis a notifié un redressement portant sur les années 2007 à 2009 à la société, qui le conteste en grande partie.
Il faut dire que, comme ses homologues, Yahoo France paye des impôts microscopiques: 462 665 euros en 2011. Toutefois, contrairement à d'autres, le portail américain déclare un chiffre d'affaires en France (79 millions d'euros en 2011) qui représente apparemment une bonne partie de ses revenus effectifs.
Hélas! Les comptes de Yahoo France sont plombés par des "charges externes" non précisées, qui représentent 83% du chiffre d'affaires. Résultat: la rentabilité est ridicule (1% de marge nette), et donc les impôts aussi.

Lire la suite.

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:33

PloqLe livre de Max Ploquin "Aventures d'un toubib de campagne et accoucheur dans le Berry de George Sand"

sera présenté au public, aux amis, à la presse et aux autres, le VENDREDI 21 DECEMBRE à partir de 18h30 au MAZAGRAN rue de la Poste à Châteauroux.

Si vous ne l'avez pas encore acheté (ici même ou en librairie), je me ferai une joie de vous le vendre sur place pour la modique somme de 21€. Vous aurez de plus l'énorme privilège de le faire bénir par Rolland Hénault, l'éditeur et préfacier du livre. Isabelle Ploquin sera là aussi pour nous rappeler à tous la grande bonté de Max, son enthousiasme et son extraordinaire charisme. Venez nombreux !

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:18

Les gars de la Bouzarde

Nous voilà donc tous les trois réunis, Arnesse, le Père Eugène retrouvé et votre serviteur. Et forcément c'est une scène émouvante, Arnesse, tout à la joie d'avoir récupéré son livret A qu'il croyait perdu pour la vie, se jette sur l'Eugène, l'entoure de ses deux bras musclés, l'autre se débat, il a rien compris à cette effusion:

- Arrête les infusions mon gars, j'seus pas de retour de la nuit des pédés, bas les pattes...

Il y a un mot qu'il a mal compris, Eugène, et il s'est mépris sur le sens de la gestuelle de mon vieil ami. Ca s'arrange, pourtant:

- Je suis content de vous revoir, je vous croyais capturé... comme les autres...

- Y sont pas près de me capter, gars ! Ils connaissent pas l'Eugène, né natif de la Bouzarde... on est des rudes gars à la Bouzarde. Tu connais point le diqueton?

- Non, j'en connais quelques uns mais je ne crois pas avoir ouï parler de celui-là...

- Eh ben le v'là coume je le disions tout net :

 «  Les gars de la Bouzarde

 Y l'ont pas la bite qui s'lézarde! »

 (Je prie le lecteur convenable, bien éduqué, d’excuser cette insistance sur le mot « bite », mais je suis sociologue, historien des mœurs, on ne peut pas trahir cette corporation d’élite !)

 Il rigole, Eugène. Plié en deux, il est. Pas en quatre, pour se plier en quatre, il faut être très souple, c'est réservé à la jeunesse. Seulement moi, c'est pas les proverbes qui m'intéressent, c'est un petit détail : "comme les autres" suivi de la réponse d'Eugène. Ainsi, notre noble ancêtre, farouche défenseur de Verdun face aux hordes teutonnes, sait que des vieux disparaissent de l'Etablissement où il réside et il n'en éprouve aucune inquiétude ! Ah ces anciens combattants, c'est pas des poules mouillées ! Peur de rien. Forcément les obus leur ont sifflé autour des oreilles, les shrapnels ont plu sur leur casque, toute la quincaillerie à Krupp a pas suffi à leur rabattre le caquet ! Alors, deux trois peigne zizis qui viennent récupérer des anciens dont tout le monde se fout, ça les impressionne pas. Même si c'est des voisins. Eugène, y a que l'Ernestine qui compte pour lui:

- Ah qu'y touchent pas un cheveu à l'Arnestine, sinon ils s'en mordront la pine!

Toujours ces dictons pittoresques, qui émaillent les conversations les plus banales.

- Mais finissons d'entrer, dit fort poliment Arnesse, en nous poussant sous le portail, dont le digicode ressemble au tableau de bord du Concorde.

Nous voilà donc dans la cour d'honneur. Je sais pas d'ailleurs en quel honneur elle s'appelle la cour d'honneur, ni même ce que c'est exactement une cour d'honneur, surtout dans un établissement destiné au parcage des vieux. Y a-t-il des cours de déshonneur ? Mystère, comme dit ma cousine Georgette qu'est pâtissière à Chambon sur Lignon.

 Cette cour est fort belle.

 Pour une cour.

 Elle est entourée de hauts murs et de hauts bâtiments qui la limitent, et, par cet habile stratagème, la renferment sur elle-même. Disons que la comparaison avec une caserne ne serait pas une approximation trop vague.

 Ce serait même assez précis. Un casernement, voilà ce qu'est l'Eternel Repos. C'est encore ce qu'on a trouvé de mieux pour retenir des êtres humains dans des enclos dont ils ne comprennent pas toujours qu'ils sont là pour faire leur bonheur.

 Après la cour d'honneur, on pénètre vraiment dans le parc à vieux. Des squares sont aménagés grâce à la plantation d'arbustes aux noms latins, mais les vieux s'en foutent, ils s'intéressent même pas au latin!

Ah c'est bien la peine de leur bichonner des espaces verts!... et des cours du soir… Qu'on a fait venir des gars du métier exprès, des bac+2, des bac+4, des fois des bac+15, comme le type qu'on voit là-bas avec le tuyau d'arrosage, qu'est titulaire de trois DEA de Sciences de l'Aménagement des Espaces Verts, plus un Doctorat en plantation de bégonias nains, et qui sait les arroser, les squares de vieux, c'est sûr ! Faut voir comme il le tient, le jet !... Une élégance, une maîtrise de l'outil... c'est pas difficile, il renouvelle l'art d'arroser... ça peut s'apprendre qu'aux écoles, des gestes comme ça.

C'est pas à Tripatouillat-sur-la-Ch'touille, dans le canton de Cornufleix qu'ils sauraient faire ça d'eux-mêmes!

Eh bien, c'est malheureux, les espaces verts, les vieux s'en foutent absolument !… complètement, j'allais dire résolument. On leur a installé des bancs, pour qu'ils passent leur vie dessus, tranquillement, sans faire chier les autres, ils s'en foutent aussi!...

- On se demande à quoi ils ont la tête, me dit Arnesse. Même les toilettes pour handicapés, avec les deux poignées pour s'agripper, ça les intéresse pas ! ils y restent dix minutes et puis ils se taillent, les bretelles pendantes... tiens je te fais visiter...

On a laissé l'Eugène vaquer à ses occupations, qui consistent essentiellement à butiner l'Ernestine, ça fait de mal à personne.

- Viens voir un peu le schéma directeur de l'établissement... regarde. Toutes les chambres sont au premier étage. Les fenêtres du rez-de-chaussée sont équipées de barreaux.

On a rencontré deux octos, qui jouaient aux osselets sur un banc, trois nonas retombés en enfance, qui lançaient des billes :

- C'est fini la récré, j'vons n'fait nous engueuler par el' maître...

- J' te dis que non, cré nom dé diou c'est jeudi mon yeu...

- A c't'heure j'vons aller z'au catéchisse...

Arnesse me lance un regard qu'on plisse (ou complice?... les deux à la fois?):

- Y en a quatre dans le bac à sable ! Avec des pelles et des seaux tout neufs... une subvention de la DASS....

Nous montons maintenant l'escalier, je dis l'escalier, mais c'est un plan incliné à 5% en réalité, comme ça les vieux, ils voient pas qu'il y a des marches et ça leur fait pas mal aux jointures. La fatigue c'est souvent psychologique.

- "C'est même psychosomatique", m'a confié la fille à Gaston, qui en est à Bac+16, en Psychologie du Sénescent, et qui commence à lire couramment.

- Ils s'aperçoivent pas qu'ils montent. Sauf ceux qui sont dans les chariots, il faut passer la première... et puis c'est en sens unique!... tiens, regarde-moi la salle de télé.

 Alors là, je suis étonné!... Etymologiquement étonné!... Frappé comme de la foudre!!!

Imaginez. Vous affolez pas, c'est facile à imaginer. Une immense salle tout en longueur, disons cinquante mètres et n'en parlons plus. Un fauteuil tous les deux mètres. En face un téléviseur. Les vieux leur sont reliés par des fils, ils ont un casque sur le crâne. Y a même une télé en braille pour les non voyants. Un vieux, un peu lubrique, tripote l'écran, il retire vite la main :

- C'est Danièle Gilbert!...

Il croyait avoir reconnu Sophie Marceau, à l'oreille. Une infirmière lui vient en aide:

- Z'êtes trompés de chaîne, l'Ancien!...

- Et ta chaîne à toi, ma grousse salope... a l'est bin poilue...

- Allons, enlevez-moi vos grosses pattes pleines de vermicelle... sinon demain je prends une culotte...

Le vieux a compris la punition.

 Arnesse m'explique :

- C'est des nanas qui sont spécialisées... des Bac+9 pour la plupart... DEA et tout le toutim... surtout le toutim... C'est avec leur toutim qu'elles les calment... Elles sont nues sous leur blouse, évidemment, comme toutes les autres infirmières... mais en plus, on a un spécialiste en communication, un bac+8, il a saisi tout de suite la spécificité du métier.

- Faut leur donner une nouvelle identité à ces filles.. .le vrai prénom, ça resitue dans le vécu du quotidien usuel et ça provoque des troubles psychomoteurs avec lésions irréversibles.

- C'est grave?...

- Il s'ensuit une apathie autistique circonvoisine de l'anorexie mentale, avec perte progressive de l'appétit... pratiquement, le vieux se néglige, crache au sol, renifle, se racle la gorge et refuse de fermer sa braguette... Il faut agir en souplesse, sur la psychologie du vieillard, qui n'a rien à voir avec l'être humain... il faut le faire phantasmer un max, le dab, qu'il sorte plus bite au vent, c'est des coups à s'enrhumer le plexus, avec les joyeuses qui s'attristent et qui pendent jusqu'aux genoux...

Son spécialiste, il est très instruit, mais comme bac+8 ça nourrit plus son homme, il travaille également à l'INA, à la restauration des films anciens. En ce moment il est dans Lautner et Michel Audiard, d'où ce langage typé, peu académique.

 Arnesse, alors, appelle une fille :

- Nichonina, s'il vous plaît, l'pé Gustave est-il encore attaché sur sa chaise ?

Une jeune bac+12 ondule, la poitrine avantageuse :

- Je vais le détacher pour la promenade du matin, Monsieur le Directeur...

- Est-ce que Nombrila est arrivée?...

- Oui, Monsieur le Directeur, elle est avec Clitorissa, elle s'occupe des deux vieux cochons de Couillardon-le-Magneux, vous savez les deux séminaristes que vous avez connus en Maison...

- C'est très bien, les filles, continuons notre oeuvre sociale et humanitaire.

 Et nous poursuivons la visite. Nous voici dans la salle de jeux ... tennis de table.

- On réalise ici une belle économie...pas de raquettes, pas de balles... ils arrivent pas à les attraper...

J'aperçois six vieux attachés à des fauteuils ma foi fort confortables....

- Et ceux là, ils sont punis?

- Non ! exposition de centenaires... que des volontaires... la télé vient les filmer... ils veulent pas lâcher leur tour, surtout le petit, là, il a peur qu'on le voie pas, à l'écran... je lui ai conseillé d'enlever la casquette... il veut pas... il dit qu'on verra qu'il est chauve... il pense que ça fera mauvais effet si sa belle soeur le voit sur l'écran... J'ai beau lui dire que sa belle soeur est au royaume des ombres depuis 1972, il s'obstine :

- De toute façon, si elle est dans un royaume, c'est le Royaume des Carnes...

Il dit ça, parce qu'il n'a jamais pu coucher avec, sa belle soeur... ce qui est vexant, c'est qu'il est le seul dans ce cas, dans un rayon de 25km autour de son village...

Je lui fais observer qu'il est fatigué :

- Ouais... et il est troisième sur la liste, si FR3 vient pas trois fois avant l'hiver, il y passera pas, aux régionales, casquette ou pas... Regarde comme il s'enfonce malgré les harnais qui le retiennent aux épaules...

 Et effectivement, il s'enfonce, le centenaire, il se laisse aller. J'essaie de le réconforter :

- Allons grand père, courage, un peu de nerf, le record est pas loin, les caméras sont en place.

 Mais il m'écoute pas :

- Tu finiras bin par y passer, à la câsserole, à ma câsserole à moué non dé diou d'cré nom...

Mais il dit ça très faiblement, peut-être même vous avez pas entendu. (Si c'est le cas relisez la phrase qui précède... vous voyez, je raconte pas des conneries!)

Et précisément, cette scène pittoresque nous sert de transition car Arnesse annonce fièrement en faisant coulisser une porte aux magnifiques peintures représentant des anges qui tournoient dans le beau ciel pur :

- Et maintenant l'amphithéâtre...

En fait c'est une pièce comme les autres.

 Mais si on disait "morgue", les vieux se méfieraient. Amphithéâtre, ils croient qu'ils sont étudiants pour ceux qui ont bac+4, c'est à dire à peu près tout le monde depuis que le Ministère a décrété que le Bac serait acquis d'autorité pour tous ceux qui ont au moins 12 de QI. Les autres, ceux qui signent d'une croix, même catholique, et qui n'ont donc que le Bac simple, sans le signe +, croient qu'ils vont à une représentation théâtrale spécialement organisée pour le troisième âge. Tout le monde y trouve son compte.

Mais Arnesse m'appelle, urgemment:

- On s'attarde pas. Il faut que tu passes au chapitre suivant. C'est important.

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