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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 07:52

 

Le 20 février 2012, François Hollande s’est engagé auprès de nos organisations à mettre fin, dès le moisde mai, à la rétention des enfants et de leurs familles,au nom de la protection de l’intérêt supérieur des mineurs et du respect des conventions internationales garantissant les droits humains. Pourtant, un mois et demi après son élection à la présidence de la République, François Hollande n’a pas complètement honoré sa promesse électorale. La semaine dernière, des mineurs, parfois de moins de 10 ans, étaient encore enfermés – avec ou sans leurs familles – à la frontière, comme sur le reste du territoire français, au mépris de leurs droits. Si, depuis dix jours, cette pratique a cessé en métropole, elle reste massive et quotidienne à Mayotte.

Le ministre de l’Intérieur annonce qu’une circulaire va être adressée aux préfets pour mettre un terme à ces pratiques. Mais selon Mediapart, Mayotte risque d’être exclue de cette circulaire, devenant le seul département français où l’enfermement des enfants serait encore possible.

Pourtant, la situation est proprement scandaleuse

dans cette île lointaine, cent unième département français. Pas moins de cinq mille trois cent quatrevingt-neuf enfants y ont ainsi été privés de liberté en 2011, dans un centre de rétention jugé inhumain et dégradant. Cette situation est aggravée par un régime juridique spécifique à l’outre-mer, qui rend quasiment impossible tout recours efficace à un juge pour contester ces décisions administratives. En métropole, nombreuses sont par ailleurs les stratégies de contournement déployées par l’administration pour faire primer la répression sur la protection des enfants : leur minorité, trop souvent contestée par une expertise osseuse approximative, permet ainsi leur renvoi forcé, et des familles sont séparées du fait de la décision de certaines préfectures d’enfermer et d’éloigner un seul parent.

Aussi, l’Observatoire de l’enfermement des étrangers et le collectif Migrants outre-mer appellent le Président nouvellement élu à respecter ses engagements, afin que soit immédiatement et définitivement mis fin à l’enfermement, sous quelque forme que ce soit, de tous les mineurs étrangers et de leurs familles sur l’ensemble du territoire français. Ils demandent également que soit enfin rétablie l’égalité des droits dans l’ensemble de la République, en mettant un terme au régime dérogatoire du droit des étrangers d’outre-mer.

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 09:44

 

Parfois, il faut faire un retour en arrière ! Ce n’est pas du conservatisme. C’est parce que, si l’on croit trop aveuglément aux mirages du progrès technologique, on s’aperçoit vite des ravages qu’il produit ! En effet, plus personne n’a envie de souffrir au travail comme dans les ateliers de confection au 19ème siècle.

 Du coup, on s’aperçoit que, pour la femme, le travail n’était pas forcément une « libération », mais une énorme exploitation. Les filles de 14 ans étaient envoyées à « l’atelier de couture », où l’on « coiffait Sainte Catherine », ce qui était une humiliation supplémentaire pour la jeune femme restée célibataire.

 Est-on sûr également que les travailleurs, à l’usine et surtout aux champs, étaient aussi malheureux qu’on le croit, par rapport à l’an 2012 ? Il n’y avait pas tout l’arsenal de lois sociales, dont beaucoup sont aujourd’hui contournées.

 Sauf dans le domaine médical, je ne vois guère d’amélioration flagrante. Et encore les riches sont-ils infiniment mieux soignés que les pauvres !

 A la campagne, avant la Grande Guerre, on achetait peu, et à l’usine, il existait au moins une fraternité, celle des syndicats. Une solidarité. Alors qu’aujourd’hui, attention je vais dire une grosse connerie très « réac » il n’existe plus guère de lien entre les travailleurs. Et si Marx avait raison de souligner que la « religion, c’est l’opium du peuple », et si Roland Barthes (écoutez prenez un dictionnaire, je ne méprise pas le peuple et vous pouvez lire, par petits chapitres « Mythologies » de Roland Barthes. J’ai bien compris, moi, alors vous pouvez comprendre aussi !). Il opposait, à propos de l’Abbé Pierre, la charité (qui est une vertu individuelle) à la justice (qui est un mode de gouvernement), il avait pleinement raison dans les années 50-60 !

Mais aujourd’hui, en 2012, une bande d’escrocs particulièrement roués, des gibiers de potence, des criminels, des assassins dirigent les marionnettes que nous avons élues. Des marionnettes bien payées, complices de crimes permanents contre l’humanité, et elles se pavanent sur nos écrans. Elles nous intoxiquent directement à la maison, où elles pénètrent par effraction, par les émissions crétinisantes de la télévision, qui sont plus sournoises que les armes chimiques.

 Les septuagénaires se souviennent des paysans qui chantaient au travail, qui gagnaient un salaire dérisoire, mais qui vivaient plutôt bien dans les villages et les bourgs. Il y avait des disputes ? oui, mais rarement des drames, et encore moins des tueurs en série !

Parlons-en des tueurs en série ! Les marchands de canons, les responsables des guerres, des atrocités les plus sadiques défilent en silence le 8 mai et le 11 novembre. Ces assassins abondamment médaillés s’entre-décorent. 

Or aujourd’hui, ces deux milliards de personnes qui crèvent de faim, ça existe ! On appelle ça la « guerre économique ». Ces SDF qu’on devrait appeler simplement des « Sans logis », des « Oubliés », des « Victimes », vivent enroulés dans des couvertures sur les trottoirs des grandes villes, et les criminels  qui les ont mis dans cet état ont le culot de les envoyer en prison !

C’est intolérable ! Nous ne devrions jamais faire confiance à la Justice, qui est toujours la justice des riches. Et c’est à l’école que nous devrions apprendre la révolte contre l’injustice !

 Le droit de vote, toujours pris comme exemple de la démocratie, est devenu une sinistre plaisanterie. Regardez Mélenchon. Il attirait les foules, qui se reconnaissaient dans ses propos révolutionnaires. Regardez maintenant les résultats électoraux ! On a réussi à faire peur aux électeurs avec Staline, les « camps soviétiques » et les bavardages sur les « socialo-communistes ». Les électeurs, en l’occurrence, ont « voté utile ». Utile ?…Il y a donc des votes inutiles ?

 Le soi-disant « vote utile » est une escroquerie monstrueuse.

Dès qu’il franchit les portes d’un bureau de vote, le citoyen, le pauvre con de citoyen, se prend immédiatement pour un Prince ! Il aurait enfin le pouvoir !

Je suis bien d’accord : Hollande est moins énervant que Sarkozy, et nous avons échangé un fou furieux contre une motte de graisse ! C’est plus présentable. Hollande ressemble davantage à un être humain. Il en est une image flasque, car il n’est qu’une image, dont on voit vite qu’il n’a pas de pouvoir, même s’il est fondamentalement « honnête ». Et Mélenchon attirait les foules, mais pas les électeurs. Léo Ferré, l’un des prophètes de la chanson, avait noté sur ce qu’on appelait un 33 tours : « Vote connard ! »

Finalement je n’entrevois qu’une solution, celle que sont en train d’inventer les ouvriers des Etablissements Rousselet, dans le Nord : faire sauter l’usine, sans massacrer les gens ! Dynamiter les bâtiments vides et les Etablissements Scolaires où l’on apprend l’obéissance sans la réflexion. Après ?

Il faudra bien réinventer ! Ce vieux monde est pourri. Il craque de partout.

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 09:36

Michel Pinault nous a quittés mais il ne nous a pas faussé compagnie ! C’est ce qu’avait écrit Prévert au lendemain de la mort de Boris Vian. La formule vaut pour Michel Pinault.

Oui, Michel Pinault n’était pas un faussaire ! Au contraire un homme de vérité. Et la vérité il l’assénait avec élégance, parce qu’il était très bien élevé, Michel, mais il n’avait pas une élégance de salon, il avait la délicatesse de la culture humaniste. Et quelle intelligence du monde, un monde, dont il me disait : « Ah mon cher ami ! Je quitterai ce siècle sans regret ! »

Et dans ce jeu sur le langage, il me vouvoyait, puis revenait naturellement au tutoiement. Et parfois, il ajoutait, à l’attention d’une personne médiocrement cultivée et prétentieuse : « C’est une vieille conne ! » Et les mots résonnaient très haut et ils vous frappaient au cœur.

Michel Pinault je le connaissais par ses anciens élèves, qui le révéraient. Par l’effort herculéen qu’il avait fait pour reconstituer le dernier livre de Raymonde Vincent, « Hélène », publié chez Christian Pirot.

 Mais surtout, j’avais appris à le connaître quand les éditions de la Bouinotte avaient réédité « Le temps d’apprendre à vivre ». Nous avions réalisé ensemble une vidéo, avec William Etiève, vidéo qui accompagnait une exposition sur Raymonde Vincent. Au cours des discussions qui suivaient la projection, il tenait à l’exactitude extrême de ce qu’on prenait pour un détail. Par exemple, il corrigeait : « La famille de Raymonde était pauvre mais pas misérable ! »

 Il tenait à montrer, lui, le germaniste, que Raymonde Vincent avait une connaissance intuitive de la culture allemande, qu’elle apprenait très vite la langue allemande, non pas seulement la lettre mais surtout l’esprit :

« Ce n’est pas les boy scout du Tyrol qui l’intéressaient mais la Prusse…Comment un peuple avait pu sombrer dans le nazisme…Et elle comprenait très vite, en remontant aux origines, aux temps obscurs de la Prusse, à la nuit prussienne, aux vieilles légendes dont ce peuple ne s’était pas encore débarrassé. Elle faisait remonter loin les racines du nazisme, aux vieilles époques des forêts sombres qui hantaient encore le peuple de la Prusse, ce peuple qui essayait de maîtriser son histoire très ancienne par une attitude mécanique, ce peuple qui avait besoin d’une politesse superficielle, ostentatoire, pour tenir en laisse « la bête immonde ». Ce peuple trop bien élevé, trop poli, trop respectueux des marques extérieures de la politesse.

 Cela cachait quelque chose de terrible ! La bête n’était pas morte, le monstre sommeillait seulement ! Michel avait compris que Raymonde Vincent avait senti ce phénomène et qu’elle était, à cause de cette profondeur, un très grand écrivain.

 Michel était un esprit ouvert, sans aucun préjugé. Il avait vite fait de dépister l’imbécile, il ne lui en voulait pas d’ailleurs, il était prêt à toutes les indulgences pourvu qu’on reste dans le cercle de la culture. Je le reverrai toujours, parlant à son chien : « Dis donc, vieux con ! tu pourrais venir me voir !... » Mais la formule était affectueuse.

 Michel aimait les bêtes et les gens. Je finirai par se devise : « Je marche, je bois et je lis. »

Un programme à suivre. Michel tu ne bois plus, tu ne lis plus (bien que…allez savoir !) mais tu marches toujours dans nos têtes !

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 09:31

 

5 mars 1943 et  2 novembre de la même année

 Le 5 mars 1943 ma grand-mère est montée au ciel, depuis la ferme.

 C’était un exploit de premier ordre.

L’industrie aéronautique, c’est très surfait. En 1943, ma grand mère savait monter bien plus haut, et toute seule ! Et sans satellite ni fusée.

 J’ignore quel moyen exact elle a utilisé. Ni d’où elle est partie pour s’envoler aussi haut.

 Modestement, sans faire d’histoires, en fait, elle est partie de sa chambre. Comme on savait le faire à cette époque.

 Ces vieux secrets se sont perdus.

 Je ne me souviens pas de cette scène. On n’a pas voulu que j’y assiste. C’est quand on m’a conduit chez une grand-tante que ça m’a mis la puce à l’oreille. Je parle ainsi aujourd’hui mais cette expression n’a pourtant plus de sens.

 Il n’y a plus guère de puces au village, et pas davantage à la ferme.

 Il ne reste que les Mouches, que Jean-Paul Sartre appelle les Erynnies pour faire l’intéressant !

 Pourtant, c’était bien, les puces. Les femmes portaient des jupes, et tout d’un coup, elles criaient : « J’ai une puce !. » Alors elles relevaient leur jupe très haut sur la cuisse et on voyait leur culotte. On ne bandait pas, enfin je ne crois pas, mais on était très intéressé. Elles portaient des bas, souvent avec un  porte jarretelles. Leur culotte était blanche ou rose.

 Et les puces étaient attirées par le haut des cuisses. Les femmes ne pouvaient pas résister, tellement ça leur faisait mal. Et ça les prenait d’un seul coup. Je ne savais pas ce qui les prenait d’un seul coup. Ni ce qui leur faisait si mal.

 Je ne savais pas à quoi elles ne pouvaient pas résister. Les femmes n’étaient pas très résistantes. Faut pas leur dire, ça les vexerait, elles le raconteraient à Gisèle Halimi (encore elle !) et ça ferait des histoires.

Malheureusement, les hommes ont inventé le DDT. Par jalousie, sûrement. Pour que les autres hommes ne voient pas les cuisses de leurs femmes à eux. Qui leur appartiennent, à eux. Et même s’ils ne les ont pas exactement achetées.

 Si les autres voyaient leurs cuisses, ils connaîtraient le mode d’emploi, et ensuite ils pourraient s’en servir, en douce et gratuitement.

Ils les useraient, sans payer les réparations.

A partir de 1945, je me souviens que le DDT, on en poudrait partout.

On pulvérisait, c’est ça le mot exact.

 Les femmes ont moins relevé leurs jupes. Forcément, ça faisait comme un brouillard, le DDT, alors les puces elles se méfiaient. Les femmes aussi. Les puces se sont perdues dans le brouillard du DDT…

 La vie enfantine, elle, a perdu beaucoup de son charme.

 Les puces, j’ai d’abord cru que Jeanne d’Arc en était recouverte. Pour cette raison, elle devait soulever certainement sa jupe. On disait d’elle que c’était la pucelle.

 Une pucelle, c’est une femme qui a vraiment beaucoup de puces.

 Un élevage.

 Elle était très connue à Orléans et on était originaires de la Beauce. Alors Jeanne d’Arc, c’est dire si on connaissait. Et puis à Issoudun, il y avait la rue des Pucelles. Juste derrière l’église Saint -Cyr.

 Mais Jeanne d’Arc portait une jupe en fer, une armure, ça devait être difficile à soulever. Et c’était moins intéressant, parce que le fer est froid, déjà à cette époque.

En plus le fer est coupant !

Quand une femme était âgée, elle n’avait plus de puces. Les puces n’aimaient pas les vieilles femmes. Les vieilles femmes on les aimait, nous, parce qu’elles nous cajolaient. Elles nous prenaient sur leurs genoux. C’était doux et chaud comme un nid, les vieilles femmes.

Elles étaient caressantes, rassurantes. Pas excitantes. Elles nous grattaient doucement où ça nous démangeait.

Quand on est petit, ça démange toujours à un endroit ou à un autre.

 

Le paradis, c’est pour les gens propres !  (19 octobre 2001)

Arthur Rimbaud a écrit un sonnet sur les chercheuses de poux.

 Les vieilles femmes avec les poux, c’était beaucoup plus agréable que l’instituteur, qui nous faisait tondre, très haut par-dessus les oreilles.

 Les vieilles femmes ne nous excitaient pas, mais c’était bien, elles employaient une autre méthode. Aujourd’hui je dirais simplement : féminine. Ou maternelle. Une femme, surtout une vieille, c’est fait pour gratter doucement la peau. Elles nous parcheminaient la peau pour la renforcer, à cause de la vie qui serait dure, plus tard.

 Il faudrait avoir la peau dure. Pour supporter la vie jusqu’à la fin.

 Et moi je traînais l’idée de la Mort, j’allais pleurer dans les buissons, j’avais honte.

 Pour ma grand-mère, je n’ai pas beaucoup pleuré parce qu’on me disait qu’elle était partie en voyage. Montée au ciel, mais elle reviendrait un jour. Je la cherchais au ciel, par les soirs d’été, surtout.

 Je ne l’ai jamais revue, jamais. Le ciel était trop grand. Je ne regardais pas au bon endroit, mais je savais qu’elle était là-haut. J’en étais sûr.

Le 5 mars on m’avait donc évité les derniers moments de ma grand-mère. On m’avait conduit chez une grand-tante.

 A l’abri de la Mort. Je n’ai donc pas vu les opérations qui ont suivi.

 La toilette notamment.

 On disait la toilette, au singulier. Aujourd’hui on dit les Toilettes au pluriel. Mais c’est pas la même chose. On a d’abord dit les « cabinets » et ça m’étonnait, parce qu’on disait aussi un « cabinet ministériel ». Après on a dit les WC et comme c’était les initiales de Winston Churchill, on a rectifié.

On a dit les « Vécés ».

 

Flash du 20 Février 1951

J’ai bien failli rater une nouvelle qui vient de tomber à l’instant sur nos téléscripteurs. On parle comme ça en 1951.

Donc voilà le flash, il tient toute la première page du Journal.

André Gide est décédé hier soir, à 16h42.

S’il était décédé à 16h43, la face du monde en eût été changée et surtout l’interface du monde, me souffle son ami pédéraste, Ali.

 A l’époque, les Arabes étaient encore instruits. Ca a duré jusqu’en 1970 à peu près. La preuve, ils travaillaient dans les usines métallurgiques et ils fabriquaient des culasses de bagnoles sans jamais faire de mauvais jeux de mots.

A cette époque, les Arabes étaient très bien élevés. Ils se contentaient d’un tout petit salaire.

Les Français étaient déjà grossiers comme des porcs. Ils n’ont pas changé, mais ils sont pourvus d’une sorte de vernis qu’ils appellent l’élégance. Un vernis marin, qui protège du gel et de toutes les autres intempérances. Bon j’arrête, on y reviendra, sinon, mon flash va ressembler aux autres chapitres.

 (Un bon vernis est garanti par une marque : Adidas, par exemple. Ou Nike. Ou simplement Ripolin. Voire « Valentine la bonne peinture ». C’est une parenthèse dans la parenthèse. Ca coupe un peu le rythme ! Déplacez moi ces deux lignes et placez-les à la fin du livre…)

Et les lecteurs vont être déroutés. Retenez l’essentiel : André Gide est mort le 19 février 1951.

Répétez trois fois, ça y est ?

Vous êtes instruit et je vous décerne les Palmes académiques, la Médaille des Epidémies et même, en prime, la Grand Croix de la Légion d’Honneur !

Vous l’équiperez avec des roulettes et un petit moteur électrique, demandez à Bolloré, ce sera une Croix Lib’.

(J’ai vu, un jour de 1991, Place Pigalle à Paris, un type qui tirait un Christ mesurant approximativement 175 centimètres. Il l’avait monté sur roulettes. Cette histoire est authentique.

Ce catholique de bonnes dimensions m’a semblé plein de bon sens. Si le vrai Christ avait eu cette idée il lui aurait suffi d’équiper ce dispositif d’un petit moteur et il serait arrivé au sommet du Golgotha en pleine forme.

Seul inconvénient : les catholiques en 2012 seraient beaucoup plus nombreux, et ils créeraient des embouteillages considérables aux abords des églises. )

 

Mars 1943. Les morts sont propres !

 Je reviens à la toilette du mort. Il faut être propre pour aller au ciel. A l’entrée du paradis, il y a un genre d’instituteur qui vérifie les tours d’oreilles, les cheveux trop longs, la blancheur du cou. Bref, le bon déroulement des opérations.

 Sans compter les mains. Avec les mains sales, on va en enfer.

« Opérations » n’est sûrement pas le mot juste. Je croyais aussi qu’on passait un peu d’eau de Cologne. Un mort qui pue, ça n’entre pas au paradis. Ca provoquerait des maladies nosocomiales, même si le mot n’existait pas en 1943.

Peut-être le cancer du Saint ?

Je préfère ne pas y penser !

Je suis revenu huit jours après l’envol de ma grand mère.

 Je sais qu’il faisait frais mais ce souvenir est confus. Je sais que j’ai été très surpris par l’absence de ma grand mère. Partout où j’allais, elle n’était plus là.

 On m’a fait réciter des prières parce qu’elle était au ciel, et, au ciel, on entend mieux les prières. Forcément, les prières, ça part en montant. Dieu fait pas du rase-mottes ! Ca donnerait lieu à des plaisanteries déplacées. Et puis, surtout, l’acoustique est meilleure ! Dieu a le pognon nécessaire pour se payer du matériel haut de gamme.

Jamais de larsen, au paradis !

Dieu est soutenu par les banquiers de toute la planète. Il est à la tête de la plus grande multinationale du système solaire !

(C’est une réflexion d’aujourd’hui…A l’époque on connaissait que les petites entreprises.)

 Elle nous regardait, ma grand-mère, et elle voyait tout ce qu’on faisait. Elle entendait tout. Elle était drôlement bien planquée (c’est encore un mot d’aujourd’hui) on ne l’apercevait jamais.

Mais je sentais sa présence au-dessus de ma tête. Elle continuait de prendre soin de moi.

 Elle, si loin pourtant.

 

 Du danger de la religion catholique  (11 mai 1951)

 Les premières violettes jaillirent alors dans les allées, dès la fin du mois de mars. Et d’un seul coup ! En 1943, les violettes ont un parfum. J’aurais pu dire « exhalent », je suis pas plus con qu’un autre, mais ça aurait fait prétentieux.

En plus il existe des violettes blanches ! Toutes les plantes et tous les animaux ont un parfum ! C’est obligatoire, sinon on ne pourrait pas faire de vraies rédactions.

 Il y a encore mieux que les violettes, c’est les ultra violettes. Des extrémistes ? (c’est vers l’an 1975 que j’apprendrai ce mot.)

Puis celui de la mère Bettencourt, qui fabrique des faux parfums pollués, mais le peuple, qui s’appelle aujourd’hui le « grand public » parce qu’il n’a plus de travail et qu’il est toujours en train de regarder des guignols sur les écrans, le peuple croit que c’est des vrais de vrais garantis pur porc.

 Avec les violettes, j’ajoute les premières fleurs d’épines noires, mais on disait les « prunelliers » ! Oui, vous avez deviné, ici je reprends l’observation de Marcel Proust à propos des premières fleurs d’aubépines. Il voudrait épuiser le parfum de ces fleurs, et il n’y parvient pas. Je crois que ça l’étonne beaucoup, et qu’il voit l’idée d’éternité…Baudelaire dit que le parfum fait appel au plus mystique de nos sens…

Je reprends… Les premières églantines aussi, mais je les ai rajoutées plus tard, pour que ce soit plus complet. J’ai rajouté encore les acacias blancs, sans savoir que c’était des faux robiniers. De toute façon, un paysage avec des fleurs fausses, c’est une tricherie. Et puis les plantes ne savent pas qu’elles ont des noms. Ce sont les imbéciles qui raisonnent ainsi. Ils classent les plantes et les animaux selon des critères à eux. C’est très dangereux.

Ca a même donné lieu à une bataille sanglante : la « Querelle des Universaux. »

 Ces plantes ne fleurissent pas en même temps, mais dans la mémoire, c’est vrai. Et puis je ne les ai pas rajoutées trop brutalement, mais année après année.

 Patiemment.

 Ce n’est donc pas une tricherie. Ca ne se voyait pas. J’ai fabriqué ainsi un super bouquet imaginaire et merveilleusement odorant.

 Après la mort de ma grand-mère, la ferme a été déserte. Déshabitée. Et pourtant ils étaient tous là, les habitants. Mais elle manquait douloureusement, ma grand-mère. Elle s’appelait Albertine, il faut dire.

 A l’époque ça faisait pas vieux, Albertine, et puis les vieux n’étaient pas déshonorants.

 On n’était pas obligés de les cacher dans des camps, comme aujourd’hui. Ils boitaient souvent. Ils bavaient un peu. Ils avaient la goutte au nez. A cause du Grand Air.

 Quand ils fuyaient trop du nez, on disait : « de la morve ». Alors ils sortaient un mouchoir grand comme un drap. Un petit drap, avec des carreaux.

 Ils souffraient mais ils savaient souffrir.

 Un beau jour, ils en avaient marre, alors ils s’allongeaient et ils savaient qu’ils ne se relèveraient jamais. On les transportait dans leur chambre. Ils avaient une croix au dessus de la tête, accrochée au mur, au-dessus de leur lit.

 Une sorte d’épée de Damoclès, mais j’ai appris ça plus tard.

Je trouvais ça dangereux, les croix. Plus tard, quand j’en ai vu d’autres, des morts. Des morts qui ne sont pas de la famille, on a le droit de les voir, avec la croix mal attachée au-dessus de leur tête.

 C’est les morts des autres, c’est pas vraiment grave.

 Avec la croix au-dessus du lit et du buis, accroché aussi.

 Le buis porte bonheur aux morts. Il leur évite les rhumes et les fluxions de poitrine.

 Mais si la croix se décrochait, ça leur portait malheur, et ça leur crevait un œil…C’est arrivé une fois. On disait que c’était un miracle.

 Sans le miracle, le mort aurait eu les deux yeux crevés. Et peut-être une fracture du crâne. La fracture du crâne, c’est pourtant rien qu’un supplément, mais c’est un mauvais miracle.

 Je mélange tout, alors je ne comprends rien…

 

Par-dessus les moulins  (Mars 1942)

 Ma grand-mère portait un bonnet, comme toutes les femmes bien élevées. Elle ne l’avait pas jeté par-dessus les moulins. J’avais entendu cette phrase, une fois, dans une conversation et c’était un signe de mauvaise moralité.

Si je me souviens bien.

 On n’avait pas de moulins, par mesure de précaution. Je le dis ça maintenant parce que je ne savais pas mettre d’ordre dans ma vie.

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 09:30

Et les chiens se taisaient

(Tragédie)

 

Bien sûr qu’il va mourir le Rebelle, la meilleure raison étant qu’il n’y a plus rien à faire dans cet univers invalide : confirmé et prisonnier de lui-même…Qu’il va mourir comme c’est écrit en filigrane dans le vent et dans le sable par le sabot des chevaux sauvages et les boucles des rivières…

 

Aimé Césaire    (Les armes miraculeuses)

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 09:27

 

Nous apprenons que la masse totale des avoirs des super-riches planqués dans les paradis fiscaux pour éviter l'impôt atteint au moins £13.000 milliards (ou trillions), et peut-être jusquà £20.000 milliards (chiffre que certains ont préféré, pour transcrire en $31.000 milliards, alors que £13.000 milliards correspond à $21.000 milliards) ; soit, comme chacun peut le calculer, au moins autant que les PIB des USA et du Japon additionnés. Le Guardian (dans sa version The Observer), abandonnant un moment sa croisade pour libérer la Syrie et lui donner accès à notre Système, nous donne effectivement, ce 22 juillet 2012 tous les détails sur cette situation. Sur les £13.000 milliards, près de la moitié, soit £6.300 milliards, vont à 92.000 personnes, soit 0,001% de la population mondiale; le reste, ce sont les 99,999% comme vous et moi. (Ces deux derniers chiffres en arrondissant quelque peu, mais sans gravité, on concédera que l'esprit de la chose s'y trouve.)

£13.000 milliards  = 16.250 milliards d'euros

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 09:22

 

L'huile d'olive de Provence ou du Languedoc

Rare et chère, l'huile d'olive est certainement le produit qui compte le plus d'étiquetages frauduleux. En 2006, seulement 56% des échantillons analysés  étaient «conformes» à la réglementation, certaines bouteilles contenant jusqu'à 50% d'huile de tournesol ou présentant une  fausse indication d'origine ou de variété d'olive. 

Le symbole de la cuisine  méditerranéenne ne comptant que sept appellations d'origine protégée et une AOC «Huile de Provence», de nombreux producteurs  jouent en effet sur la confusion en ajoutant sur les étiquettes des paysages évoquant le Sud ou des origines non reconnues comme «Huile de Provence Côte d'azur». Sans parler de l'une des  fraudes les plus courantes qui consiste à remplacer l'huile d'olive par l'huile de grignons d'olive, un résidu de la pâte  d'olives difficile à détecter pour le simple amateur.  Bonne journée quand même. De plus, la circulation des fruits étant totalement libre en Europe, des camions entiers d'olives espagnoles ou italiennes arrivent de préférence de nuit dans les moulins à huile provençaux et languedociens pour faire de la bonne huile «de chez nous» !

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 09:16

 

Un document de la RIAA, qui défend les intérêts de l'industrie musicale aux Etats-Unis, montre que les téléchargements illégaux ne comptent pas beaucoup dans les fichiers musicaux « impayés ». Lire la suite

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 09:06

 

Samedi 28 juillet 20H30,

Dimanche 29 juillet 16H00

Le Théâtre de La Closerie reçoit  Jean Sé

 pour un Hommage à Allain Leprest

Allain Leprest “...le Rimbaud du XXème siècle...” Jean d'Ormesson

D’autres artistes et  témoins  participeront pour dire un  texte, chanter, témoigner... aux côtés de Jean-Sé.  

( Evelyne Neuvelt, Anna Desreaux, Gérard-André. )

 et Samedi 4 août 20H30, Dimanche 5 août 16H00  Des contes russes et médiévaux

par Claudine Créac’h  ( Les enfants peuvent assister aux deux spectacles avec un prix spécial )

Théâtre Rural De La Closerie
17 route de Clamecy 89480 Etais La Sauvin

 

 

VARIATIONS ENIGMATIQUES

au Festival de Sigy le Châtel (Bourgogne)

VENDREDI 3 AOÜT 2012 à 21 H

avec Alain MEILLAND et Jean-Claude DASSONNEVILLE

 

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 09:01

Prête moi ton bras

Pour remplacer ma jambe

les rats me l'ont mangée

A Verdun

A Verdun (bis)

J'ai mangé beaucoup de rats

Mais ils ne m'ont pas rendu ma jambe

C'est pour cela qu'on m'a donné la croix de guerre

Et une jambe de bois

Et une jambe de bois (bis)

 

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